Lessing

Chère lectrice, Cher lecteur,

Ce court roman de Doris Lessing met en scène deux personnages féminins dont l’amitié s’avère inébranlable. Roz et Lil ont fait connaissance lorsqu’elles étaient des enfants et elles ont grandi dans une petite ville au bord de la mer sous le chaud soleil au son du clapotis des vagues, dans un «monde bleu».  L’une est forte, pleine de joie de vivre, l’autre est plus effacée. Elles se complètent à merveille. Elles vieillissent, se marient à des hommes spectateurs, habitent l’une en face de l’autre et elles ont chacune un fils. L’amour entre les deux femmes apparaît fusionnel. Elles se suffisent. D’ailleurs, l’une divorcera et l’autre deviendra veuve. Un jour, l’une devient la maitresse du fils de l’autre et vice versa. Entre ces deux couples, un amour profond se développe. Mais, inévitablement, la rupture survient, celle qui blesse, celle qui fait mal. Il faut laisser la place aux belles-filles pour devenir des grand-mères.

C’est le premier roman que je lis de cette grande dame qui a remporté le prix Nobel de littérature en 2007. J’avais vu le film d’Anne Fontaine avec Robin Wright et Naomi Watts, toutes les deux magnifiques à l’écran en bikini.  Je gardais un souvenir de ces deux femmes qui aiment malgré elles le garçon qu’elles ont vu grandir dans un cadre paradisiaque…Donc, j’avais envie de voir comment cette histoire était développée par son auteur. Je dois dire que j’ai été surprise. Il n’y a pas de jugement de la part du narrateur. Au contraire, il a un regard neutre, froid sur la situation. Il  n’explique rien, il présente ces relations comme si elles étaient normales, banales. Il soulève simplement la beauté du sentiment et la douleur que ce dernier peut engendrer.

-Comment est-il possible qu’il puisse exister quelque chose d’aussi magnifique? […]

Ce qu’elle voulait dire, c’était-et Roz le savait bien- qu’un bonheur aussi intense devait forcément entraîner son châtiment. (p. 68)

Il y a beaucoup de non-dits dans cette histoire, ce qui peut laisser la place à l’imagination du lecteur. À cet égard, le narrateur s’efface derrière des signes de ponctuation.

Il se montrait tranquillement possessif avec elle, ce qui l’amusait… elle adorait ça. (p. 68)

Pendant tout ce temps, il avait vaguement pensé qu’un jour il rencontrerait une fille de son âge et puis… Mais ça avait été si vague. Lil avait toujours été dans sa vie. (p. 88)

Je me suis laissée porter par ce récit, un peu comme les personnages se couchant au soleil sur un radeau dans la baie de Baxter’s Teeth et grâce au narrateur, j’ai pu élaborer mon scénario de cette histoire passionnelle, sulfureuse dans un cadre paradisiaque. Un retour au paradis perdu? Peut-être…

En ce sens, un roman où la trame narrative est distante, où le mythe du paradis perdu est abordé, où le concept des âmes sœurs ne se retrouve peut-être pas où l’on pense…

Un court roman glacial (119 p.) dans un cadre où le soleil éclate dans toute sa splendeur…

Avez-vous déjà lu un récit de Doris Lessing?

Bien à vous,

Madame lit

Lessing, Doris. Les grand-mères, Paris : Flammarion, 2005, 119 p.