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Chère lectrice, Cher lecteur,

Dans son premier roman, Anaïs Barbeau-Lavalette exploite le thème de la survivance chez trois enfants de 12 ans du quartier Hochelaga-Maisonneuve de Montréal, un quartier reconnu pour son milieu axé sur la prostitution et la pauvreté. Ces êtres vivent dans le même immeuble. Ils se croisent sans jamais trop communiquer. Chacun a une vie déjà marquée par les adultes…D’abord, il y a Roxane, la « mésadaptée socio-affective». Elle fuit la réalité dans des livres sur la Russie… Elle se réfugie dans un ailleurs lointain pour s’échapper de son foyer où règnent la violence et l’alcoolisme.

Kevin de son côté doit prendre du Ritalin et il joue aux jeux vidéo. Il adore aller voir son père affronter des lutteurs dans le sous-sol de l’église. Son père, c’est son super héros car sa mère l’a abandonné. C’est sa force, son point de repère.

Mais encore, dans cet édifice, on retrouve Mélissa qui doit s’occuper de ses deux petits frères car sa mère est une prostituée toxicomane qui a reçu l’ordre de la Cour de ne plus approcher de ses enfants. Mélissa doit les nourrir, les laver, les amener à l’école. Elle affronte également celui qui récolte le montant des loyers, etc. Elle devient mère malgré elle à 12 ans.

C’est un récit poignant que nous offre l’écrivaine. Le lecteur referme ce livre frappé par la force de ces jeunes êtres qui tentent par toutes les manières de survivre. Par exemple, pour échapper aux cris de sa mère qui se fait battre, Roxane écoute de la musique classique.

Chostakovitch, les violons. Plus fort, plus fort encore. Les violons la fenêtre la neige snieg qui tombe comme des lignes du ciel à l’eau comme des lianes pour s’agripper, pour monter très haut, jusqu’en haut, les flocons tombent en lianes du sol au ciel, le violon de Chostakovitch coule sur elle, puis coule en elle. Roxane est une corde, stridente sous l’archet, Roxane vibre, Roxane explose, vole par-dessus la rue, par-dessus les corps morts, par-dessus la marde, jusqu’aux bateaux, jusqu’au fleuve, jusqu’en Russie. Roxane est une symphonie.

C’est un tout petit livre de 11 chapitres numérotés en russe pour faire écho au paradis imaginaire de Roxane que nous présente l’auteure. Ce qui est terrible, c’est que l’écrivaine nous fait vivre de l’intérieur le drame de ces enfants délaissés. Ils ont à peine les mots pour communiquer. Alors, la solitude et l’imaginaire imbibent leur existence. Nous le savons, ces enfants existent. Ils déambulent dans nos rues avec des clefs autour du cou. Victimes souvent de leurs parents, ils ne demandent rien, mais ils nous offrent pourtant un portrait bien triste de notre réalité…

J’ai beaucoup aimé l’amour se dégageant des trois. Roxane, pour fêter le premier anniversaire de sobriété de son père, lui remet un cadeau.

Ainsi, elle lui donne un bateau qu’elle a confectionné. Il lui répond :

-Un bateau ! C’est beau…
-Pour te rappeler la Gaspésie.
-…Merci. Merci, ma belle… J’oublierai pas. J’oublierai pas, promis.

Il la serre dans ses bras forts.

Faut qu’tu t’rappelles de tes rêves pour pas t’noyer dedans.

Je vous recommande fortement ce premier bouquin d’Anaïs Barbeau-Lavalette… C’est beau, c’est triste, c’est vrai.

Aimez-vous ces livres mettant en scène des enfants ?

Bien à vous,

Madame lit

Barbeau-Lavalette, Anaïs. Je voudrais qu’on m’efface. Montréal : Bibliothèque québécoise, 144 p.

ISBN : 978-2-89406-330-9