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Présentation_une écrivaine ou un écrivain par mois-aril_2017!

Chère lectrice, Cher lecteur,

Pour avril, j’ai décidé de vous présenter un grand auteur du Québec : Michel Tremblay. Ce dernier s’avère un incontournable de la littérature québécoise. Il est né à Montréal, au Québec, en 1942. Sa deuxième pièce de théâtre Les Belles-Sœurs lui permet d’obtenir un grand succès en 1968. Cette dernière bouleverse le Québec d’alors au prise avec une rigidité tributaire de la bourgeoisie et de la religion. Les Québécois étaient habitués aux œuvres classiques. Michel Tremblay, par le biais de sa plume, rompt comme nul autre avant lui avec ce modèle en osant mettre en scène des personnages vrais s’exprimant en joual (équivalent de l’argot en France). Il offre ainsi au public des êtres fictifs drôles, attachants, empreints d’humanité. Ces derniers sont inspirés de son enfance. Il expose des femmes ordinaires de la classe ouvrière, des prostituées, des travestis, des homosexuels, des paumés, des alcooliques, etc. Le Québec lui doit énormément car il a su, grâce à son génie, donner la parole autrement à ses gens…

Le voici d’ailleurs dans un intéressant reportage où il aborde :

  • Son rapport avec les musées
  • Son rapport avec les objets
  • Son rapport avec les autres
  • Les Belles-Sœurs
  • La grosse femme d’à côté est enceinte
  • Bonbons assortis au théâtre
  • Cinéma : Il était une fois dans l’est
  • Le roman
  • La traduction
  • La musique
  • La télévision
  • La radio
  • Internet
  • Les Belles-Sœurs à Paris
  • Les femmes
  • Les acteurs
  • Les lecteurs
  • Des lieux

https://www.youtube.com/watch?v=khbiy5DK1zY

Cette entrevue a été réalisée par le Musée de la civilisation.

Madame lit et Michel Tremblay

Ma première rencontre avec l’univers de Michel Tremblay remonte à mes années au secondaire. Le professeur d’art dramatique avait décidé de présenter la pièce de théâtre Les héros de mon enfance avec des collègues de classe. J’avais adoré retrouver sur scène le Petit Chaperon rouge, le prince charmant, Peau d’Âne, etc., mais avec des caractéristiques différentes. Tremblay exploite une seconde nature chez ces derniers. Par exemple, le prince charmant s’avère homosexuel, la Belle au bois dormant apparaît nymphomane, etc…

Ma deuxième rencontre avec l’univers de Michel Tremblay est rattachée à mes années en tant qu’étudiante au collégial. J’avais à lire la pièce de théâtre À toi, pour toujours, ta Marie-Lou. Ensuite, il a fallu que j’aille la voir au théâtre. Quelle émotion pour la jeune étudiante que j’étais ! Dès le rideau levé, je suis tombée sous le charme, emporter ailleurs, dans un lieu où les personnages oscillaient entre le désespoir et l’espoir. C’est grâce à cette dernière que j’ai découvert la cellule des tu-seuls, thème récurrent dans l’univers de Tremblay. Comme le mentionne Marie-Louise, la mère :

MARIE-LOUISE- Nous autres, quand on se marie, c’est pour être tu-seuls ensemble. Toé, t’es tu-seule, ton mari à côté de toé est tu-seul, pis tes enfants sont tu-seuls de leur bord… Pis tout le monde se regarde comme chien et chat… Une gagne de tu-seuls ensemble, c’est ça qu’on est ! (…) Pis tu pars… Pis tu fondes une nouvelle cellule de tu-seuls.

C’est aussi grâce à cette pièce que j’ai rencontré le personnage de Carmen. Cette dernière contrairement à sa mère Marie-Louise, à sa sœur Manon, à son père Léopold, souhaite s’évader de cet univers familial marqué par le désespoir en cherchant à rendre les autres heureux en chantant dans un bar country : Le Rodéo. Elle veut être libre en acceptant qui elle est.

CARMEN- (…) Chus v’nue au monde dans’marde comme toé Manon, mais au moins j’essaye de m’en sortir ! Au moins j’essaye de m’en sortir !

MANON- En chantant des chansons de cowboy, au Rodéo !

CARMEN- Oui, en chantant des chansons de cowboy au Rodéo ! Pour moé, être libre c’est de chanter des chansons de cowboy au Rodéo, pis après ! C’est toujours ben mieux que de rester gommée dans son passé, un chapelet à la main pis les yeux dans le beurre !

Ensuite, notre professeur avait projeté en classe la pièce Sainte Carmen de la Main. On y retrouvait le personnage de Carmen, cette femme souhaitant changer le sort des mal-aimés, ceux de la rue par le biais de ses chansons de cowboy. Elle désire communiquer de l’espoir et aider son entourage encore dans cette pièce. Toutefois, Carmen, le soleil, apprend que la loi de la rue est parfois plus forte que le rêve… Encore aujourd’hui, je repense à ces deux pièces et je deviens émotive. Je garde un souvenir fort de Carmen qui voulait tellement rendre heureux les autres le temps d’une chanson…

J’ai aussi lu un peu plus tard Les Belles-Sœurs. Je vous convie à regarder cet extrait :

  • Contes pour buveurs attardés

Dans ces contes rédigés à 20 ans, Michel Tremblay exploite le fantastique pour offrir des êtres attachants. On y retrouve un vampire, un diable, une sorcière, etc. Je garde un beau souvenir d’ «Angus et la lune vampire» et de «Maouna» la sorcière morte sur un bûché, assoiffée de vengeance.

  • Le cœur découvert et Le cœur éclaté

J’ai aussi lu ces deux romans… Une belle histoire d’amour entre un professeur de littérature et un homme marié, père de famille 15 ans plus jeune qui découvre son homosexualité.

Dix ans plus tard, la relation entre les deux hommes éclate. Jean-Marc, le professeur, se réfugie à Key West en Floride où il vit la douleur de sa séparation.

J’ai beaucoup aimé cette histoire d’amour… Michel Tremblay a créé deux magnifiques hommes qui osent se remettre en question. Ils s’aiment profondément… Et cet amour pousse parfois à comprendre l’autre et à accepter son départ malgré la peine…

J’aimais assez Mathieu pour laisser cette situation s’étirer, ou plutôt, ma peur d’une explication définitive, d’une rupture due à autre chose que la perte du sentiment était telle que j’aurais laissé les choses s’éterniser si Mathieu, plus jeune que moi de quinze ans, n’avait pas fini par trouver une autre passion, un autre corps à aimer. C’était prévisible, je l’avais vu venir, j’avais su à l’avance ce que je ressentirais ; je l’avais même à ce point senti que j’avais l’impression de le vivre pour la deuxième fois : même sensation de vide, le cœur qui vient d’éclater, l’absence de larmes parce que je suis incapable de pleurer depuis trop longtemps, la prostration qui tue toute envie, surtout celle de survivre…

  • Douze coups de théâtre

Tout d’abord, j’ai eu le plaisir de rencontrer Michel Tremblay lors d’une séance de dédicace après la parution de ce livre. Dans ce dernier, Michel Tremblay raconte son enfance à travers le souvenir de douze pièces de théâtre. Il y a des moments très tendres dans ce bouquin. Pour moi, la façon dont Michel Tremblay raconte la relation qu’il avait avec son père sourd apparaît tout simplement sublime… C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus touchée. Son père aimait tellement regarder la télévision, mais à un moment, il se rend compte qu’il ne pourra plus…

Au cas. Au cas où j’en entendrais des bouts. On sait jamais. Avant, quand y montraient pas le personnage qui parle, je finissais par comprendre pareil, j’entendais des petits bouts pis je devinais le reste… Mais là… Tout ce que je peux faire c’est lire sur les lèvres des acteurs à condition qu’on les voye parfaitement de face. Quand y sont de profil ou ben donc quand on les voit pas pantoute…. J’ai pas compris grand-chose à la pièce de théâtre, à soir, Michel. C’est la première fois. C’est la première fois que je réussis même pas à suivre l’histoire. Comment ça se fait que c’était un soldat, lui, y’a pas de guerre! Pis ça se passait pas dans les années quarante, y disaient dans les journaux que ça se passait aujourd’hui… De quelle guerre y’arrivait? Pis pourquoi sa mère l’aimait pas? Pis pourquoi y’avait des problèmes avec son père? Pis Béatrice Picard, là, c’tait-tu sa sœur? Pourquoi y vargeait comme ça dans la porte de la chambre de ses parents? Il leva la tête brusquement. Comme un enfant qui sursaute devant une injustice particulièrement cuisante. J’pourrai pus jamais regarder la télévision. Vous pourrez baisser le son complètement, si vous voulez, demain. (p. 117-118).

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Un ange cornu avec des ailes de tôle

Dans ce bouquin, Michel Tremblay présente les livres qui ont marqué sa vie de lecteur jusqu’à sa première publication en 1966. On y retrouve, entre autres, des références à Saint-Exupéry, Gabrielle Roy, Jules Verne ou le grand Victor Hugo. On est amené au cœur de ses souvenirs…. Il décrit à merveille les émotions habitant un être et un livre…

On dit que désirer est plus jouissant que posséder. C’est faux pour les livres. Quiconque a senti cette chaleur au creux de l’estomac, cette bouffée d’excitation dans la région du cœur, ce mouvement du visage – un petit tic de la bouche, peut-être, un pli nouveau au front, les yeux qui fouillent, qui dévorent – au moment où on tient enfin le livre convoité, où on l’ouvre en le faisant craquer mais juste un peu pour « l’entendre », quiconque a vécu ce moment de bonheur incomparable comprendra ce que je veux dire. Ouvrir un livre demeure l’un des gestes les plus jouissifs, les plus irremplaçables de la vie.

Extrait du livre Un ange cornu avec des ailes de tôle 

J’ai adoré cette plongée dans l’univers de Tremblay ! Cette lecture vaut le détour surtout pour retrouver le lien entre l’auteur et sa mère… On voit un petit garçon d’un milieu défavorisé ouvrir ses ailes et prendre connaissance du monde l’entourant grâce à la littérature… Un bel hommage aux livres, à la vie, à la famille, au Québec…  Du grand Tremblay !

Donc, voici ma présentation de Michel Tremblay !

Nina du blogue Rest’O Littéraire présente aussi des auteurs. En avril, elle a parlé de son lien avec Frédéric Beigbeder. N’hésitez pas à cliquer sur le nom du blogue de Nina pour lire son billet !

Quel ouvrage avez-vous préféré de Michel Tremblay ?

Bien à vous,

Madame lit