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Chère lectrice, Cher lecteur,

Ceux qui restent de Marie Laberge raconte l’histoire de Vincent, Charlène, Stéphane, Mélanie-Lyne et Muguette qui ont été marqués par le suicide de Sylvain. Ce dernier s’est pendu en avril 2000 dans la maison de son enfance sans avoir laissé un mot, une explication… Il n’avait pas 30 ans… Pourtant, il était bien entouré… Il avait des parents aimants, un petit garçon, une femme assez discrète, une maîtresse, un travail. À cet égard, les gens de son entourage essayent de comprendre son geste.  Est-ce qu’ils auraient pu faire quelque chose ? Est-ce qu’ils ont raté un signe ? Ainsi, un père apparaît blessé et il se réfugie dans le silence des bois pour échapper à la souffrance, une maîtresse lutte pour réapprendre à aimer, un fils s’avère en mal d’amour car il en vient à exercer le plus vieux métier du monde, une épouse abandonnée transfert son affection sur son enfant et vit dans la peur que ce dernier s’enlève la vie comme son père, une mère est incapable d’affronter la réalité… Ce sont ces êtres qui composent ce récit. Trois prennent la parole pour relater leur histoire, pour parler à ce disparu, pour cracher leurs émotions, pour survivre après ce départ tragique… Les autres, un narrateur omniscient les décrira…

Il y a la mort, il y a la vie… Comment survivre après le silence, l’absence, l’innommable, l’incompréhension? Nous entendons souvent parler du geste de celui qui se suicide… Mais ceux qui restent? En parle-t-on? C’est ce qu’a tenté de présenter Marie Laberge avec cet émouvant récit. Elle donne la parole à ceux qui ont connu l’atrocité, qui ont perdu un être aimé à la suite d’un suicide.

Une fois Sylvain enterré, rien n’a plus subsisté du passé. Tout a éclaté en morceaux. La révolution apportée par la mort passe par la mort de quelque chose en soi. Il faut vraiment consentir au temps pour trouver une issue, une sorte de fissure au mur étouffant qui nous emprisonne. Consentir à se perdre. Consentir à perdre ou à avoir perdu. Consentir à passer à travers tous les anéantissements et tenir bon, sans savoir pour qui, pour quoi on tient bon. (p. 89)

Ceux qui restent doivent retrouver le goût de vivre, le goût d’aimer. Il faut qu’ils réapprennent à apprécier la vie et qu’ils vivent avec ce mort… Comme le mentionne Vincent, le père de Sylvain :

La vie est plus vaste que ce que j’en vois. La vie est plus forte que tout ce que je perçois. La vie est bien supérieure à la piètre interprétation que j’en fais. Que ce soit dans le bonheur ou dans le malheur. Et c’est parfait comme ça. (p. 419)

Vous l’aurez compris, c’est de survivance dont il est question au fil des pages de ce récit. J’ai eu envie d’aller boire un «shooter» avec cette barmaid tantôt en colère, tantôt véritable repaire pour les êtres blessés, j’ai eu envie d’encercler ce fils abandonné et surprotégé, j’ai eu envie de déguster une tasse de café en silence en compagnie de ce père meurtri, j’ai eu envie d’écouter cette épouse prisonnière d’un mal de vivre… Et pourtant, chacun fini par trouver une paix, car la vie est plus forte que tout dans cet univers…

Si vous détestez les expressions en joual, je ne vous recommande pas ce roman. Ce n’est pas pour vous. Mais, si vous souhaitez accompagner ces personnages dans leur réappropriation du goût de vivre, je vous convie à tendre la main à ces endeuillés du suicide… En tous les cas, cela m’a fait du bien car je comprends ce que l’expression ceux qui restent veut dire… Elle est gravée dans les tréfonds de mon âme…

Pour entendre Marie Laberge parler de son roman, n’hésitez pas à cliquer sur Ceux qui restent.

Avez-vous déjà lu un livre abordant les endeuillés du suicide ?

Bien à vous,

Madame lit

Laberge, M. (2015). Ceux qui restent. Montréal : Québec Amérique.