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Chère lectrice, Cher lecteur,

Dans le cadre du défi littéraire organisé par le Fil rouge, en octobre, il fallait lire un classique de la littérature québécoise. J’ai regardé dans ma bibliothèque pour trouver un bouquin que je n’avais pas encore lu et dont je n’avais pas parlé sur ce blogue. Mon choix s’est porté sur Marie Calumet de Rodolphe Girard, roman publié pour la première fois en 1904, inspiré par une chanson folklorique grivoise. Lors de sa sortie, ce livre a fait scandale et a attiré la foudre du clergé car il rompait avec le roman du terroir (genre littéraire québécois qui vantait, entre autres,  la vie des colons ou des paysans à la campagne. Ces derniers étaient présentés comme des habitants heureux et en harmonie avec Dieu et la nature). Rodolphe Girard a même perdu son emploi de journaliste à La Presse à cause de son bouquin.

Que raconte Marie Calumet?  Dans ce livre, le lecteur suit l’arrivée de Marie Calumet dans le village imaginaire de Saint-Ildefonse. Elle s’installe au presbytère à titre de gouvernante. Cette dernière n’a pas la langue dans sa poche et elle possède un physique rustique. Très vite, elle est remarquée par le bedeau du village et par l’homme à tout faire du curé Flavel. Entre les deux hommes s’installe une rivalité car ils veulent conquérir le cœur de la ménagère.

Entrer dans cet univers, c’est aller à la rencontre de situations très drôles. Rodolphe Girard décrit d’une façon très réaliste la vie des habitants de la paroisse agricole. Il faut lire ce chapitre  où  Marie Calumet, après une escapade à Montréal pour aller se faire photographier, décide de porter une crinoline pour la fête du village et il lui arrive un malheur…Elle montre malgré elle ses atouts les plus secrets… Pas facile pour une honnête femme comme elle dont la fonction sociale est d’être la ménagère du curé… Il semblerait qu’à l’époque cette scène aurait choqué l’archevêque de Montréal…

Un autre moment mémorable est sans aucun doute l’utilisation d’un laxatif lors du repas de mariage de Marie Calumet. L’amoureux rejeté décide de se venger en mettant du laxatif dans le repas de noce et les invités quittent un par un la table pour se rendre à l’extérieur…

Lire ce récit c’est aussi aller à la rencontre de québécismes… Je dois vous dire que j’avais une édition avec des explications des termes pour me faciliter la compréhension de ces derniers. Voici des exemples de québécismes :

-C’te pintocheux, c’te lôfeur-là, répétait-elle cent fois le jour à Suzon, est ainque bon qu’à brosser avec des pas plus drôles que lui. Le fignoleux, i faraude toutes les filles du village et des paroisses d’en haut et d’en bas. Avec des gens comme ça, i a pas de fiatte à avoir et, si j’étais de m’sieu le curé, je l’laisserais seulement pas aborder le presbytère. (p. 51)

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Donc, si vous voulez lire ce récit, il faut posséder une édition avec des définitions car vous serez sans aucun doute déstabilisé…

Mais encore, cette histoire s’avère riche en vocabulaire. Rodolphe Girard savait manier sa plume pour amener son lecteur au cœur de la vie des gens à la campagne en décrivant leurs repas, leurs animaux ou encore leurs mœurs et leurs coutumes. Par exemple, voici comment il parle de l’émotion habitant les gens du village lors de l’arrivée de l’évêque du diocèse.

La visite pastorale, c’est l’une des grandes fêtes religieuses du calendrier ecclésiastique du village, et malheur à l’imprudent dont l’audace chercherait à en amoindrir l’importance. Jamais empereur victorieux rentrant à Rome, sur son char de triomphe traîné par des chevaux de neige; jamais roi franc, revenant dans sa bonne ville de Paris d’une bataille heureuse, monté sur son destrier, tout caparaçonné d’or; jamais thaumaturge, mettant le pied sur une plage hospitalière précédé par le bruit de ses miracles, ne furent acclamés avec l’exaltation qui accueille dans nos campagnes un évêque en tournée pastorale.

À l’aube de ce grand jour, Marie Calumet fut la première villageoise à mettre la tête à la fenêtre.  Elle voulait s’assurer qu’il allait faire beau. (p. 54-55).

Donc, si vous voulez lire un classique de la littérature québécoise qui a marqué l’histoire en rompant avec le style traditionnel du roman du terroir, je vous encourage à plonger dans cette histoire qui m’a fait beaucoup rire… et pour cette langue qui jongle par souci de réalisme avec des anglicismes, des québécismes, des canadianismes et des expressions populaires de l’époque. Mais encore, Rodolphe Girard n’a pas hésité à employer l’ironie pour dénoncer peut-être l’emprise du clergé ou pour dévoiler le côté pathétique de certaines situations de la vie à la campagne.

Aimeriez-vous lire un récit avec des expressions québécoises?

Bien à vous,

Madame lit

Girard, R. (2007). Marie Calumet. Montréal : Beauchemin, Chenelière Éducation.