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Tremblay.JPGChère lectrice, Cher lecteur,

Permettez-moi aujourd’hui de vous partager un extrait de Douze coups de théâtre de Michel Tremblay. J’ai lu ce livre lors de mes études universitaires et je dois avouer que ce dernier est probablement celui que me touche le plus de notre dramaturge et écrivain. Pourquoi? Tout simplement parce que Tremblay nous ouvre la porte de son enfance, de son adolescence. Il se livre en explorant ses souvenirs les plus touchants, les plus marquants… Il réussit à nous émouvoir, à nous faire sourire, à nous expliquer la vie… Il nous décrit son existence sur le plateau Mont-Royal, à Montréal, dans les années cinquante. Donc, je vous présente ce passage où le père de Michel lui parle de sa surdité et du fait qu’il continue de regarder la télévision malgré tout. Le père explique à son fils qu’après avoir visionné Un simple soldat de Marcel Dubé à la télévision, il ne souhaite plus renouveler l’expérience. C’est sans aucun doute le moment que j’affectionne le plus dans ce récit… Un instant d’une rare intensité….

Au cas. Au cas où j’en entendrais des bouts. On sait jamais. Avant, quand y montraient pas le personnage qui parle, je finissais par comprendre pareil, j’entendais des petits bouts pis je devinais le reste… Mais là… Tout ce que je peux faire c’est lire sur les lèvres des acteurs à condition qu’on les voye parfaitement de face. Quand y sont de profil ou ben donc quand on les voit pas pantoute…. J’ai pas compris grand-chose à la pièce de théâtre, à soir, Michel. C’est la première fois. C’est la première fois que je réussis même pas à suivre l’histoire. Comment ça se fait que c’était un soldat, lui, y’a  pas de guerre! Pis ça se passait pas dans les années quarante, y disaient dans les journaux que ça se passait aujourd’hui… De quelle guerre y’arrivait? Pis pourquoi sa mère l’aimait pas? Pis pourquoi y’avait des problèmes avec son père? Pis Béatrice Picard, là, c’tait-tu sa sœur? Pourquoi y vargeait comme ça dans la porte de la chambre de ses parents?

Il leva la tête brusquement. Comme un enfant qui sursaute devant une injustice particulièrement cuisante.

J’pourrai pus jamais regarder la télévision. Vous pourrez baisser le son complètement, si vous voulez, demain.  (p. 117-118).

Connaissez-vous l’univers romanesque ou théâtral de Michel Tremblay?

Comment avez-vous trouvé cet extrait?

Bien à vous,

Madame lit

Tremblay, M. (1992). Douze coups de théâtre. Montréal : Leméac.