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Chère lectrice, Cher lecteur,

Station Eleven a comme toile de fond une épidémie qui décime 99% de la population humaine par le biais de la grippe de Géorgie. Avant le déclenchement de la catastrophe, un acteur, Arthur Leander, s’effondre sur scène en jouant Le Roi Lear de Shakespeare. Des êtres gravitent autour de cet homme, ses ex-femmes, son fils, son ami, une fillette figurant dans la pièce, un paparazzi reconverti en secouriste paramédical, etc. Ainsi, il y a la mort d’un homme un soir et de la population de la Terre deux semaines plus tard…

Vingt ans après, que reste-t-il du genre humain? Comment les survivants réussissent-ils à exister sans la technologie?  Dans ce monde post-apocalyptique, l’art a-t-il encore sa place? Les humains sont-ils encore capables de compassion, d’entraide ou d’amour?

Voilà autant de thèmes à découvrir tout au long de cette lecture… Je ne suis pas une grande lectrice de science-fiction, mais j’ai été conquise par ce bouquin. Envoûtée dès le début, je me suis laissé séduire par la plume de cette jeune et brillante écrivaine. Les éléments dans ce livre sont tissés les uns aux autres et le lecteur réussit à assembler les morceaux d’un casse-tête pour avoir devant lui un merveilleux univers oscillant entre le passé et le présent. Parfois, je me pose la question à savoir pourquoi un récit est-il meilleur qu’un autre? Et bien, il faut parvenir, entre autres, à émouvoir, à créer un monde empreint d’intelligence et de cohérence et à permettre au lecteur de vivre une belle aventure grâce aux personnages auxquels il s’attache. Avec Station Eleven, Emily St-John Mandel réussit avec brio à entraîner son lecteur dans une histoire remplie d’humanisme où le monde s’avère une perte, mais l’art assure un certain salut… À cet égard, dans ce récit, il y a de la musique, du théâtre, une bande-dessinée, des poèmes et des gens qui savent encore apprécier la magie des mots, des accords, des couleurs et surtout, ils se servent de leur imagination…

Ce qui a été perdu lors du cataclysme : presque tout, presque tous. Mais il reste encore tant de beauté : le crépuscule dans ce monde transformé, une représentation du Songe d’une nuit d’été dans un stationnement, dans la localité mystérieusement baptisée St. Deborah by the Water, avec le lac Michigan qui brille à cinq cents mètres de là. Kirsten dans le rôle de Tatiana, une couronne de fleurs sur ses cheveux ras, la cicatrice irrégulière de sa pommette atténuée par la lumière des bougies. Le public est silencieux. (p. 78)

Alors, il ne faut pas hésiter à lire ce roman… à comprendre le cheminement intérieur d’Arthur, à vous promener sur les routes avec la Symphonie Itinérante, à détester les méchants car il y en a, et à saisir le texte se retrouvant sur la caravane de tête de la troupe : Parce que survivre ne suffit pas.

L’édition que propose Alto à son lectorat est très belle. Le papier apparaît de qualité et la typographie facilite la lecture. Le lecteur hésite à écrire dans son livre car cela lui semble un sacrilège. De surcroît, je tiens à remercier la maison d’édition de m’avoir accordé sa confiance en me faisant parvenir une copie en service de presse.

Je sais, on a beaucoup parlé de ce roman, de son écrivaine qui a été finaliste au prestigieux National Book Award, de cette trame narrative hors du commun… que puis-je ajouter de plus si ce n’est que ce bel extrait :

Il savait, depuis longtemps déjà, que les changements intervenus dans le monde étaient irréversibles, mais cette prise de conscience n’en jetait pas moins une lumière plus crue sur ses souvenirs. La dernière fois que j’ai mangé un cornet de glace dans un parc ensoleillé. La dernière fois que j’ai dansé dans une boîte de nuit. La dernière fois que j’ai vu un bus circuler. La dernière fois que je suis monté dans un avion qui n’avait pas été converti en habitation, un avion qui décollait vraiment. La dernière fois que j’ai mangé une orange. (p. 297-298)

De plus, je tiens à remercier M. Robert Benoit d’avoir lu ce roman en même temps que moi. Ses commentaires sont toujours précieux et ces derniers m’aident à comprendre encore plus ma lecture!

Station Eleven, un livre à lire pour se faire plaisir…

J’espère que le prochain roman d’Emily St-John Mandel sera aussi formidable que Station Eleven. Une écrivaine à suivre!

Aviez-vous entendu parler de ce récit? Vous tente-t-il?

Bien à vous,

Madame lit

St. John Mandel, E. (2016). Station Eleven, traduit de l’anglais par Gérard de Chergé. Québec : Alto.