Étiquettes

Alexis_le_TrotteurChère lectrice, Cher lecteur,

En guise de citation cette semaine, permettez-moi de vous présenter encore une figure importante de Charlevoix qui fait partie désormais du patrimoine : Alexis Lapointe dit Alexis le Trotteur (1860 -1924). Cet homme est devenu une légende grâce à ses exploits. Il est dit de ce dernier qu’il courait plus vite que les chevaux et c’est pour cela qu’on lui a donné des surnoms tels «le Centaure», «le cheval du Nord» ou «le Surcheval». Il est également connu que cet homme courait plus vite que le train!

Comme Charlevoisienne, dès l’enfance, on m’a raconté la légende d’Alexis le Trotteur, à l’école ou encore en famille. Les gens d’ici en parlent, sont fiers des performances de cet homme! D’ailleurs, Félix-Antoine Savard, un autre grand écrivain de la région, a mentionné à propos d’Alexis le Trotteur :

Il est entré dans la légende. Et certains soirs de pains parfumés et tièdes, on croit que, Centaure, il galope sur nos sillons. (Félix-Antoine Savard, L’Abatis)

De surcroît, Félix-Antoine Savard faisait un petit clin d’œil au fait qu’Alexis le Trotteur construisait également des fours à pain.

Mon professeur de sixième année, Jean-Yves Belley, lui a consacré une chanson sur son album. De plus, le groupe de musique Mes Aïeux a aussi été inspiré par la légende du Trotteur sur son album En famille avec «Train de vie». Voici comment le groupe a raconté l’histoire du célèbre charlevoisien!  

Alexis Lapointe était un bien drôle d’animal
Y’avait des springs dans ses runnings, c’tait un athlète phénoménal
Allez faire un tour au Lac St-Jean pis trouvez-vous un centenaire

Il vous le dira tout-de-go : « Bruny Surin c’est d’la p’tite bière »
À p’tite école et au village, quand on l’traitait de cabochon
Son père disait, tel un vieux sage : « C’est avec tes jambes que tu vas t’faire un nom »
Il galopait soir et matin en faisant swigner ses grandes cannes
Tout l’monde s’installait su’l’perron pour assister à ses shows d’boucane

Un jour, un riche investisseur s’intéressa au phénomène
Se dit qu’en l’exploitant un peu, il pourrait faire une couple de cennes
Et à partir de ce jour-là, on l’exhiba dans des foires
Et des quatre coins du royaume tout l’monde se pressait pour le voir
Sur le plus rapide des pur-sang, il l’emportait haut la main
Pas essoufflé, l’air innocent, il distançait même les trains
Sa légende gagna du terrain, franchit les frontières du pays
Trouva l’oreille d’un promoteur quelque part aux États-Unis

Alexis, ralentis
La gloire est un train qui file à vive allure
La crinière au vent, le pied dans l’tapis
C’est sûr, tu vas finir par frapper ton mur
Tu t’essouffles pour épater la galerie

N’acceptant pas d’être second, comme tout bon américain
Le promoteur défia notre homme de v’nir affronter son poulain
Piqués à vif dans leur orgueil, toutes les bonnes gens du canton
Cassèrent leur cochon pour payer un billet d’train à leur champion
Non seulement du gros cash en jeu mais notre fierté nationale
Pour qu’Alexis performe mieux, il eût droit au service quatre étoiles
Dans l’hôtel le plus luxueux, on lui paya la meilleure chambre
Et en cadeau un quarante onces pour qu’il se frictionne les jambes

Mais si notre athlète possédait du cheval tous les attributs
Y’avait la jugeote d’un mulet, l’génie c’tait pas sa plus grande vertu
La veille d’la grande compétition, l’trotteur partit sur la rumba
Cala son alcool à friction en compagnie de filles de joie
Le lendemain d’brosse, son beau carrosse s’était transformé en citrouille
La gueule de bois, les yeux dans l’beurre, il a eu l’air d’une vraie picouille
De r’tour au royaume du bleuet, la défaite fut dure à avaler
Devant une telle déconfiture, tout le canton l’laissa tomber

Alexis, ralentis
Hey, tu cours après quoi, tu cours après qui?
À c’t’heure qu’y’a pus personne sur la galerie
Hey, tu te prends pour quoi, tu te prends pour qui?
T’as pogné ta débarque, où sont tes vrais amis?

Triste, comme une bête de cirque ne connaissant que son numéro
S’accrochait à sa gloire passée pendant qu’on riait dans son dos
Sans public, sans chapiteau, a ben fallu s’trouver une job ordinaire
Alexis s’engagea au CNR pour y bâtir des chemins d’fer
Il usa c’qu’il lui restait de santé à piocher au bruit des moteurs
En revivant dans ses pensées, toutes ses courses contre des chevaux-vapeurs

Un jour qu’il breakait pour le lunch, en janvier 1924
Comme d’habitude, vers la cantine, il marchait lentement sur la track
Une ombre noire le suivait, s’en était-il seulement aperçu?
Le chauffeur d’la locomotive à sa démarche l’a reconnu
« Hey ! On va rire, j’vas faire une farce au fameux Alexis le Trotteur
J’y envoye deux p’tit coups de sifflette et je pousse à fond les moteurs »
Mais Alexis était rendu sourd, y’a pas entendu venir le train
La machine lui passa sur le corps comme une jambette du destin
Le train lui broya les deux jambes, ses deux seules fidèles amies
Il traversa le fil d’arrivée et ce jour-là personne n’a ri

Alexis, ralentis
Assis sur la galerie du Paradis
Toi tu r’gardes d’En Haut ceux qui te r’gardaient de haut
On court pis on s’énerve comme des p’tites fourmis
On s’épivarde, on s’éparpille comme des vraies queues d’veaux
Hey, on court après quoi, on court après qui?
On s’essouffle pour épater la galerie
Hey, on se prend pour quoi, on se prend pour qui?
On court après nos vies, ça en vaut-tu le prix ?

HUE, POPÉE, HUE !

Par ailleurs, j’ai trouvé sur Youtube cette vidéo de la chanson :

 

 

Mais encore, j’ai découvert dans le beau livre de contes pour les enfants de Martine Latulippe Julie et les légendes une histoire consacrée à Alexis le Trotteur. Comme quoi, les enfants peuvent découvrir cette légende charlevoisienne! Voici un extrait :

Grâce à toutes les histoires qu’on raconte sur lui, même si Alexis Lapointe est mort, Alexis le Trotteur vivra toujours dans la mémoire des gens d’ici. Depuis son décès, tout le monde vante les exploits de cet athlète extraordinaire… Pourtant, de son vivant, on s’est beaucoup moqué de lui, paraît-il… Il a souvent été vu comme une sorte de bête de cirque, parfois même un peu comme un fou du village. Mais à sa mort, c’est devenu un héros, un personnage légendaire. La vie est drôlement faite, parfois. (p. 308-309)

Julie_légendes_cadre

Dans la photo ci-dessous, vous pouvez apercevoir la sculpture du Centaure réalisée par M.  Léonce Émond. Nous pouvons l’admirer à l’entrée du parc Les Berges à Clermont. C’est également dans cette municipalité que nous retrouvons la petite pierre tombale d’Alexis le Trotteur au cimetière paroissial…

Sculpture_alexis_cadre

Au Québec, nous sommes bien chanceux d’avoir de belles légendes comme celle présentée aujourd’hui…

Aimez-vous les contes et les légendes? Aviez-vous entendu parler d’Alexis le Trotteur?

Bien à vous!

Madame lit

CRQW. (2009, 30 nov.). Mes Aieux Train de vie [Vidéo en ligne]. Récupéré de https://www.youtube.com/watch?v=KmEex2aQd7c

Latulippe, Martine. (2015). Julie et les légendes. Montréal : Québec Amérique.