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Le voyageur et le clair de lune

Chère lectrice, Cher lecteur,

Je viens de terminer ma lecture du bouquin d’Antal Szerb Le voyageur et le clair de lune, roman que j’ai découvert grâce à la belle chronique de Goran du blogue Des livres, des films et autresTout d’abord, que raconte ce récit? Mihály et Erzi viennent de se marier après avoir vécu une période marquée par l’adultère car Erzi était la femme d’un riche homme d’affaires. Les deux amoureux sont à Venise pour leur lune de miel. Mihály rencontre par hasard un ami d’enfance. Ces retrouvailles font naître en lui des émotions rattachées à son passé. Ainsi, il parle à Erzi de sa relation d’amité avec Tamás et la mystérieuse Éva, son amour de jeunesse. Mihály s’est adonné à des jeux cruels et morbides avec le frère et la soeur. Après cette discussion avec son épouse, il se trompe de train et il décide soudainement de partir sur les routes de l’Italie. Il commence alors un périple qui l’entraîne à Florence, dans quelques villages et il aboutit à Rome poursuivi par les fantômes de son passé, habité par une profonde nostalgie. Erzi, pour sa part, ira se réfugier à Paris et elle sera amenée à tenter de comprendre ce qu’elle désire.

Comment vous parler de ce récit qui m’a emportée dans un voyage intérieur d’une rare beauté? Mihály est épuisé… il quitte tout pour tenter de trouver un sens à son existence, pour renouer avec qui il est.

Et surtout, ceci : on ne sent pas la fatigue tant qu’on marche, mais seulement quand on s’arrête. La lassitude accumulée en quinze années n’accabla Mihály qu’à Terontola, lorsque par l’effet d’un acte manqué, il était monté dans le train qui l’avait emmené de plus en plus loin d’Erzi, vers la solitude et vers lui-même (p. 88).

Grâce à ce tête-à-tête, Mihály découvre qu’il souffre… Comme lui fait remarquer un médecin qui devient son ami :

Parce que vous avez beau croire que les morts ne vivent pas d’une façon ou d’une autre, vous êtes malade de vos défunts. Ils vous rendent visite et sucent votre énergie vitale. Face à cela, la médecine est impuissante. (p. 116)

Le parcours de Mihály en Italie devient une sorte de pèlerinage, une quête de sens par rapport à l’existence où s’entremêlent la vie et la mort. Erwin, un ami d’enfance devenu moine, lui suggère de se rendre à Rome.

Tant de pèlerins, d’exilés, de fugitifs sont allés à Rome au cours des siècles, et il s’y est passé tant de choses… d’ailleurs, tout s’est toujours passé là-bas. C’est pourquoi on dit que tous les chemins mènent à Rome. Va à Rome, Mihály, ensuite tu verras. […] Laisse-toi guider par le hasard. Remet-en entièrement à lui, n’aie pas de programme… (p. 137)

Ainsi, en entrant dans Rome, il est plus que jamais conscient du concept de la fatalité. C’est alors qu’il découvre qu’Èva s’y trouve. Il réalise que l’Italie est le pays de la nostalgie et que tout s’est bâti autour de cette émotion comme le paradis de Dante. Toutefois, c’est bien en enfer que se trouve Mihály puisqu’il se consume dans la nostalgie…

Comme il le fait remarquer :

 Dans ce paysage à l’atmosphère délétère, un petit personnage était aussi en perdition, un voyageur qui marchait en s’aidant d’une canne, au clair de lune. Il savait que le voyageur errait depuis longtemps dans des contrées de plus en plus désertes, parmi des arbres tourmentés et des ruines stylisées, effrayé par les vents et les loups, et peut-être n’y avait-il personne d’autre qui voyageât ainsi dans la nuit et qui fût si seul (p. 230).

Tout est dit dans cette citation sur l’état de Mihály… Le lecteur comprend également le titre du roman…

J’ai beaucoup aimé avoir lu ce récit après mon voyage en Italie. J’ai pu comprendre encore plus ce pays, sa beauté. J’ai pu mieux percevoir l’émotion qui habite Mihály par rapport aux villes qu’il traverse, et surtout en ce qui concerne Rome. Je me suis retrouvée à travers ses réflexions, sa quête, sa solitude. Il est à noter également que j’ai suivi le même trajet. Mon voyage a débuté par Venise, ensuite Florence et il s’est terminé à Rome…Je ne m’attendais pas à ce parcours avant d’amorcer le bouquin. De plus, j’ai fortement été marquée par cette quête de sens… cette révolte contre une vie rangée, conforme…

Je crois qu’il faut lire ce roman initiatique pour se remettre en question, pour accompagner un homme à travers une crise, pour vivre avec lui sa nostalgie, pour comprendre son paradis perdu, pour être le témoin de ses réflexions… pour traverser avec lui les portes de son enfer…

Comme le souligne le narrateur :

La route de Mihály est une pente descendante, même s’il survit, même s’il survit à tout et atteint une vieillesse paisible et ennuyeuse. Nous portons en nous le sens de notre route, et c’est en nous que brillent les étoiles éternelles qui bornent notre destin. (p. 215)

J’ai été portée tout le long du récit par la profondeur des réflexions… par la beauté des messages s’y retrouvant…

De surcroit, j’ai trouvé sur You Tube cette courte vidéo abordant également ce roman.

Donc, chère lectrice, cher lecteur, je vous convie à lire ce récit… Il m’apparaît comme étant un indispensable…

Aimez-vous les romans initiatiques? Quel est celui qui vous a le plus marqué?

Bien à vous,

Madame lit

Szerb, A. (2011). Le voyageur et le clair de lune. Mayenne : Viviane Hamy.

Vidéo : Ina Culture. (2012, 16 juillet). Antal Szerb : Le voyageur et le clair de lune [Vidéo en ligne]. Récupéré de https://www.youtube.com/watch?v=SO3niarNAO8