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Chère lectrice, Cher lecteur,

Anne Hébert aurait fêté son centième anniversaire le 1er août 2016. Afin de lui rendre hommage, Bernard Chassé et Nathalie Watteyne ont décidé de présenter au public un ouvrage retraçant les événements marquants de la vie de l’illustre écrivaine québécoise. Pour ce faire, leur album, publié aux Éditions Fides, offre la structure chronologique suivante :

  • Jeunesse et influences artistiques (1916-1944)
  • Naissance d’une écrivaine (1945-1953)
  • Écrire sans concession (1958-1969)
  • La reconnaissance internationale (1970-1982)
  • La dernière décennie : produire (1990-1999)
  • Le retour (1996-2000)

L’album est parsemé de photos, de lettres, de documents d’archives détaillant les différentes étapes de la vie et de la carrière d’Anne Hébert. De sa naissance à Sainte-Catherine-de-Fossambault (aujourd’hui Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier) en passant par Paris et en se terminant à Montréal, l’ouvrage apparaît complet et il permet de découvrir les lieux qui ont marqué l’imaginaire de l’écrivaine ou encore de voir d’autres éléments importants de son quotidien comme sa petite machine à écrire Olivetti Lettera 32, ses chats, ses peintures. Le lecteur a un accès privilégié et il pénètre ainsi dans ce jardin tant protégé par Anne Hébert… sa vie intime.

De plus, l’album fait ressortir la passion qui animait Anne Hébert pour l’écriture, la culpabilité qu’elle ressentait envers sa famille, les difficultés financières qu’elle avait pour être capable de vivre de sa plume, l’amour qu’elle portait à son frère Pierre. Anne Hébert apparaît indissociable des siens, de sa terre natale et de la langue française.

En grande passionnée des univers hébertiens, je me suis empressée de me procurer cet ouvrage que j’ai dévoré en une soirée. J’ai adoré la façon dont l’ouvrage est composé de photos et d’extraits de lettres d’Anne Hébert. C’est elle qui, quelque part, nous raconte sa vie… c’est sa voix qui résonne au fil des pages. Elle parle, entre autres, de ses récits, de son processus d’écriture, de ses lectures, de ses voyages, de ses prix, etc. Je me suis sentie privilégiée d’avoir accès à une sphère aussi intime de son existence. Grâce aux missives, j’ai pu comprendre à quel point Anne Hébert ne vivait que pour l’écriture. D’ailleurs, elle mentionne à son frère lors de son séjour à Menton, dans le sud de la France, le 25 juin 1968 :

 Il fait calme à Menton. Je travaille comme une possédée. J’en suis éreintée! En ce moment je suis au plus creux de mon histoire de meurtre. J’en ai moi-même le frisson! Je vis absolument à contre-courant. Autour de moi le soleil la mer très colorée, des arbres semi-tropicaux et moi je m’enferme dans une histoire de neige et d’horreur à Kamouraska! J’espère (je le crois) que cela va être à la mesure de toute la violence intérieure et poétique que j’y apporte. (p. 89)

Elle poursuit en 1974  en parlant cette fois de son roman Les enfants du sabbat :

Depuis le 4 janvier mes nonnes me prennent tout mon temps et toute mon énergie. Ce sont de véritables vampires qui me dévorent corps et âme. (p. 102)

Donc, je recommande cet album hommage à tous les amoureux d’Anne Hébert et à ceux qui aimeraient la découvrir. Ce dernier est magnifique, la conception graphique est impeccable. Il nous permet de revoir le beau sourire de cette grande écrivaine, toujours en quête d’absolu… Comme elle le fait remarquer à son frère en 1944 :

 Je sais que tu as la même soif d’absolu que moi, que toute ta vie, sans que tu t’en rendes toujours compte, est une démarche vers quelque chose qu’on peut saisir et garder sans que jamais ne s’épuise le désir. Si l’absolu n’existe pas, qui donc a pu fomenter ces drames intérieurs déchirants, ces tourmentes impitoyables dans le cœur profond et visité d’hommes comme Baudelaire, Rimbaud, Claudel et d’autres encore? (p. 45)

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Aimez-vous ce type d’ouvrage? Si oui, quel est votre préféré?

Bien à vous,

Madame lit

Chassé, B. et Watteyne, N. (2016). Album Anne Hébert. Montréal : Fides.