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Chère lectrice, Cher lecteur,

Comme vous l’avez peut-être remarqué dans mon À propos, un de mes romans préférés est L’Insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera. Pourquoi? Lorsque j’ai lu ce roman, j’étais dans une période où la philosophie détenait une place importante dans ma vie. Dans ce récit, Kundera, d’emblée, n’hésite pas à solliciter l’instance lectrice et à l’entraîner avec lui dans un processus de réflexion. Ainsi, il soulève la dialectique de la légèreté et de la lourdeur dès le titre du roman. Et, il poursuit dans les premières pages :

Alors, que choisir? La pesanteur ou la légèreté?
C’est la question que s’est posée Parménide au VIe siècle avant Jésus-Christ. Selon lui, l’univers est divisé en couples de contraires : la lumière-l’obscurité; l’épais-le fin; le chaud-le froid; l’être-le non-être. Il considérait qu’un des pôles de la contradiction est positif (le clair, le chaud, le fin, l’être), l’autre négatif. Sauf dans un cas : qu’est-ce qui est positif, la pesanteur ou la légèreté?
Parménide répondait : le léger est positif, le lourd est négatif. Avait-il ou non raison? C’est la question. Une seule chose est certaine. La contradiction lourd-léger est la plus mystérieuse et la plus ambiguë de toutes les contradictions (p.13-14).

À cet égard, cette façon de présenter ce choix me parlait… Et oui, encore aujourd’hui d’ailleurs. Comme j’aurais beaucoup à dire sur les couples dans ce roman en fonction de la légèreté et de la lourdeur, je vous suggère un tableau présentant les personnages, les commentaires et les citations pour justifier le tout.

Personnages Commentaires Citations
Tomas Il associe sa relation à la lourdeur.

 

 

 

Lorsque Tereza le quitte, il ressent alors la légèreté.

 

 

Quelques jours plus tard, il ressent le poids de l’absence de Tereza.

 

·«Il avait vécu enchaîné à Tereza pendant sept ans et elle avait suivi du regard chacun de ses pas. C’était comme porter des boulets qu’elle lui avait attachés aux chevilles». (p. 42)

«À présent, son pas était soudain plus léger. Il volait presque. Il était dans l’espace magique de Parménide : il savourait la douce légèreté de l’être». (p.43).

«Le samedi et le dimanche, il avait senti la douce légèreté venir à lui du fond de l’avenir. Le lundi, il se sentit accablé d’une pesanteur comme il n’en avait jamais connu. Toutes les tonnes de chars russes n’étaient rien auprès de ce poids. Il n’est rien de plus lourd que la compassion. Même notre propre douleur n’est pas aussi lourde que la douleur coressentie avec un autre, pour un autre, à la place d’un autre, multipliée par l’imagination, prolongée dans des centaines d’échos». (p. 44-45).

 

Tereza

 

·Cherche à ressentir  la légèreté de l’être en tentant de se débarrasser de son enveloppe charnelle par le biais de son regard dans le miroir.

Dès son enfance, le poids du quotidien tue pour elle la possible élévation de son être.

Cette pesanteur, elle la fait surtout ressentir à son époux Tomas par des crises de jalousie.

·C’est bien l’air qui provoque les crises de jalousie de Tereza, car il est embaumé par le parfum des maitresses de son époux.

«Y parvenait-elle, c’était une minute enivrante : l’âme remontait à la surface du corps, pareille à l’équipage qui s’élance du ventre du navire, envahit le pont, agite les bras vers le ciel et chante». (p. 55)

«Une jeune fille qui doit, au lieu de s’élever, servir de la bière à des ivrognes et passer le dimanche à laver le linge sale de ses frères et sœurs, […]». (p. 73)

·   «Pour Tomas, sa jalousie ne fut pas le prix Nobel mais un fardeau auquel il n’échapperait qu’un an ou deux avant de mourir ». (p.74)

·   «Penchée sur son visage, au moment d’y poser les lèvres,  elle trouva à ses cheveux une odeur bizarre. Longuement, elle y plongea les narines. Elle le reniflait comme un chien et finit par comprendre : c’était une odeur féminine, l’odeur d’un sexe ». (p. 165)

Couple Tomas/Tereza Tomas est un être de légèreté tandis que Tereza est associée à la lourdeur. Fusionnés, les deux protagonistes forment un tout équilibré. ·         « L’amour, c’est notre liberté». (p.  299)
Sabina  Personnage dans le roman qui se rapproche le plus de la légèreté. Pour elle, l’amour représente un fardeau.

D’ailleurs, c’est pour cela qu’elle renoncera à son grand amour : Franz. Elle le quitte au nom de la liberté.

 

 

 

 

 

 

Sabina n’aspire qu’à l’élévation de son être. Toutefois, cet excès de liberté l’amène à ressentir un certain poids. La légèreté devient synonyme de lourdeur et elle apparaît insoutenable.

Son errance à travers les continents l’amène à vivre une dissolution, une évaporation, un effacement de son être. La mort concrétisera son désir absolu de légèreté.

·         «L’amour offert en pâture au public prendrait du poids et deviendrait un fardeau.  Rien que d’y penser, elle ployait d’avance sous ce fardeau ». (p.148).

·         «Elle l’aima, cette nuit-là, avec plus de fougue que jamais auparavant, excitée à l’idée que c’était la dernière fois. Elle l’aimait et elle était déjà ailleurs, loin d’ici. Elle entendait déjà sonner dans le lointain la trompette d’or de la trahison et se sentait incapable de résister à cette voix. Il lui semblait que s’ouvrait encore devant elle un immense espace de liberté, et cet étendue l’exaltait».  (p. 150)

·         «Le drame d’une vie peut toujours s’expliquer par la métaphore de la pesanteur. […] Mais au juste, qu’était-il arrivé à Sabina? Rien. Elle avait quitté un homme parce qu’elle voulait le quitter. L’avait-il poursuivit après cela? Avait-il cherché à se venger? Non. Son drame n’était pas le drame de la pesanteur mais de la légèreté. Ce qui s’était abattu sur elle, ce n’était pas un fardeau, mais l’insoutenable légèreté de l’être».  (p. 156)

·         «Elle a donc rédigé un testament où elle a stipulé que sa dépouille doit être brûlée et ses cendres dispersées. Tereza et Tomas sont morts sous le signe de la pesanteur. Elle veut mourir sous le signe de la légèreté. Elle sera plus légère que l’air. Selon Parménide, c’est la transformation du négatif en positif». (p. 345)

Franz Connaît la joie de la liberté grâce à Sabina. Cette dernière réussit à faire de lui un être léger et autonome en le quittant.

 

 

 

Il est conscient du cadeau que lui fait Sabina.

·         «Avant de disparaître de son horizon, elle avait eu le temps de lui glisser dans la main le balai d’Hercule et il en avait balayé de son existence tout ce qu’il n’aimait pas. Ce bonheur inopiné, ce bien-être, cette joie que lui procuraient sa liberté et sa vie nouvelle, c’était un présent qu’elle lui avait offert». (p. 154)

·         «Elle lui avait fait présent de la soudaine liberté de l’homme qui vit seul, elle l’avait paré de l’aura de la séduction». (p. 154)

Couple Sabina/Franz Couple associé à la légèreté, à l’air.

Chacun ira à la rencontre de son identité, de sa quête.  Séparés, ces deux êtres vont poursuivre leur quête d’élévation spirituelle. Le quotidien ne peut leur offrir la spiritualisation de leur amour.

Sabina finira par découvrir l’insoutenable légèreté de l’être tandis que Franz va s’éteindre en homme libre.

Pour connaître l’avis de Folavril, n’hésitez pas à cliquer sur son nom pour découvrir sa bien belle chronique!

Avez-vous lu ce roman? Avez-vous la même perception que moi des personnages?

Bien à vous,

Madame lit

Kundera M. (1984). L’insoutenable légèreté de l’être. Paris : Gallimard.

Figure : https://www.google.ca/search?q=l’insoutenable+l%C3%A9g%C3%A8ret%C3%A9+de+l’%C3%AAtre&biw=1366&bih=651&tbm=isch&source=lnms&sa=X&ved=0ahUKEwjR0LaPy8HMAhWLCcAKHVZoDIwQ_AUIBigB#imgrc=SE4gwcFKUND4FM%3A