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Soleil_scorta_cadreChère lectrice, Cher lecteur,

Pour me préparer à mon voyage en Italie, quelqu’un m’a gentiment suggéré de lire Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé. Je n’avais malheureusement jamais entendu parler de ce récit même si l’auteur s’est vu décerner le prix Goncourt 2004, le prix Jean Giono et le prix du roman populiste. Plonger dans ce bouquin, c’est aller à la rencontre de la famille Scorta durant plusieurs générations. Ainsi, Carmela Scorta se confie au prêtre du village et elle raconte la vie des siens qui triment à la sueur de leur front pour établir leur place sous le soleil italien à Montepuccio, petit village du Sud situé au cœur des Pouilles. Elle fait entendre la voix de ses ancêtres et celle de ses enfants. Elle remonte jusqu’en 1870 en narrant l’histoire de Lucien Mascalzone, qui assouvit un désir réfréné en commettant un viol lors de sa sortie de prison. De cette union nait un fils Rocco, le premier Scorta. Ce dernier, véritable brigand, épousera par la suite la muette qui lui donnera trois enfants : Domenico, Giuseppe et Carmela. Carmela parle de la vie de ses frères et elle partage leur histoire à travers différents événements tels leur traversée jusqu’à New York ou encore l’ouverture de leur magasin de tabac. Elle relate également l’amour qui les lie les uns aux autres, tout comme celui qui se tisse entre eux et Raffaele qui décide de devenir un Scorta. Elle aborde également l’amour qu’ils ont pour leurs neveux et nièces malgré les expériences malheureuses. Ce sont des êtres abîmés dont il est question dans ce récit. Des écorchés, des imparfaits, des battailleurs qui tentent du mieux qu’ils peuvent de se tailler une place au soleil. Ils essaient d’agir au meilleur de leurs connaissances et de leurs possibilités pour céder un petit peu de bonheur à leurs descendants en leur transmettant le plus important, des valeurs. En ce sens, un des personnages, Elia, devant la tombe de ses oncles aura comme pensée :

 Il ne parvenait pas à établir la liste exhaustive de tout ce qu’il tenait d’eux. Des paroles. Des gestes. Des valeurs aussi. Il s’en rendait compte maintenant qu’il était père et que sa grande fille le gourmandait parfois pour ses tournures de pensée qu’elle qualifiait d’archaïques. Le silence sur l’argent, la parole donnée. L’hospitalité. Et la rancune tenace. Tout cela venait de ses oncles. Il le savait. (p. 272)

Comment parler de cet univers sans l’endommager? Je dois vous admettre que j’ai adoré la plume de Laurent Gaudé. Il a un talent fou pour raconter une histoire. Parfois, je me demande si ce n’est pas ça la magie de la littérature… se laisser porter par les mots, les personnages, les lieux grâce au savoir-faire d’un auteur… À cet égard, j’ai un véritable coup de foudre pour le talent de Laurent Gaudé. Je vais certainement lire encore ses récits.  Dans mon résumé, j’ai omis de parler du soleil en tant que personnage. Ce dernier apparaît comme le fil conducteur entre tous les protagonistes. Ces derniers sont des êtres solaires. Parfois dur, le soleil accompagne leur destinée et leurs émotions. Il définit aussi leur personnalité. Par exemple, Carmela dira :

 Je suis un voyage raté au bout du monde… Je suis des journées de tristesse au pied de la plus grande des villes…. J’ai été enragée, lâche et généreuse… Je suis la sécheresse du soleil et le désir de la mer. (p. 259)

Et son fils Donato de poursuivre :

 Je m’éloigne. Le soleil me montre le chemin. Je n’ai qu’à suivre sa chaleur et soutenir son regard. Il se fait moins aveuglant pour moi. Il m’a reconnu. Je suis un de ses fils. Il m’attend. Nous plongerons ensemble dans les eaux. Sa grande tête hirsute de feu fera frémir la mer. De gros bouillons de vapeur signaleront à ceux que je quitte que Donato est mort. Je suis le soleil… Les poulpes m’accompagnent. Je suis le soleil… Jusqu’au bout de la mer. (p 242-243)

Ou encore, comme le remarque Elia, le fils de Carmela, à la toute fin à propos de sa fille :

 Anna était une Scorta. Elle venait de le devenir. Malgré le nom de Manuzio qu’elle portait. Oui. C’était cela. Elle venait de choisir les Scorta. Il la regardait. Elle avait un beau regard profond. Anna. La dernière des Scorta. Elle choisissait ce nom. Elle choisissait la lignée des mangeurs de soleil. Cet appétit insatiable, elle le faisait sien. Rien ne rassasie les Scorta. Le désir éternel de manger le ciel et boire les étoiles. (p. 283)

Entrer dans ce récit, c’est se laisser illuminer par le soleil se dégageant des Scorta :

Il repensa à l’éternité de ces gestes, de ces prières, de ces espoirs et y trouva un profond réconfort. Il avait été un homme, pensa-t-il. Juste un homme. Et tout était bien. Don Salvator avait raison. Les hommes, comme les olives, sous le soleil de Montepuccio, étaient éternels. (p. 284)

Je ne peux que vous recommander ce sublime ouvrage pour vous laisser envouter par ce soleil italien l’espace de quelques pages.

Avez-vous lu des romans de cet auteur? Quels sont les livres que vous conseillez de découvrir de Laurent Gaudé?

Chalitdeslivres a aussi lu Le soleil des Scorta! Pour consulter sa chronique, cliquez sur le nom de son blogue!

Bien à vous,

Madame lit

Gaudé, L. ( 2006). Le soleil des Scorta. Saint-Amand-Montrond : Babel, 283 p.