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Fruits_Cézanne

Chère lectrice, Cher lecteur,

Habituellement, je publie une citation le dimanche…Exceptionnellement, cette dernière est affichée aujourd’hui. Donc, j’ai décidé de vous offrir un poème de Marie Uguay. Les poèmes de cette dernière m’ont toujours beaucoup émue.  D’une part, l’intimité créée par la poétesse vient me chercher. D’autre part, sachant que Marie Uguay est décédée d’un cancer à l’âge de 26 ans en 1981 alors qu’elle avait un monde à dire, me touche tout particulièrement. Pour vous, voici celui que je préfère de cette grande dame de la poésie québécoise.

Il existe pourtant des pommes et des oranges
Cézanne tenant d’une seule main
toute l’amplitude féconde de la terre
la belle vigueur des fruits
Je ne connais pas tous les fruits par cœur
ni la chaleur bienfaisante des fruits sur un drap blanc

Mais des hôpitaux n’en finissent plus
des usines n’en finissent plus
des files d’attente dans le gel n’en finissent plus
des plages tournées en marécage n’en finissent plus
J’en ai connu qui souffraient à perdre haleine
N’en finissent plus de mourir
en écoutant la voix d’un violon ou d’un corbeau
ou celle des érables en avril

N’en finissent plus d’atteindre des rivières en eux
qui défilent charriant des banquises de lumière
des lambeaux de saisons  ils ont tant de rêves
Mais les barrières   les antichambres n’en finissent plus
Les tortures   les cancers n’en finissent plus
les hommes qui luttent dans les mines
aux souches de leur peuple
que l’on fusille à bout portant   en sautillant de fureur
n’en finissent plus
de rêver couleur orange

Des femmes n’en finissent plus de coudre des hommes
et des hommes de se verser à boire

Pourtant malgré les rides multipliées du monde
malgré les exils multipliés
les blessures répétées
dans l’aveuglement des pierres
je piège encore le son des vagues
la paix des oranges

Doucement Cézanne se réclame de la souffrance du sol
                                                                  de sa construction
et tout l’été dynamique s’en vient m’éveiller
s’en vient doucement   éperdument me léguer ses fruits

J’ai trouvé cette vidéo sur YouTube présentant Marie Uguay lors de La Nuit de la poésie de 1980. Vous pouvez l’entendre réciter quelques-uns de ses poèmes dont celui proposé dans ce billet.

 

Connaissez-vous la poésie de Marie Uguay?
Comment trouvez-vous ce poème?

Au plaisir de vous lire!
Bien à vous,

Madame lit   

Labrecque J.C.  et J.P. Massé. (1980).Marie Uguay La Nuit de la poésie 1980 [vidéo en ligne] Repéré à https://www.youtube.com/watch?v=eJ0wdEDcTT8