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Jane_renard_moi_imaheChère lectrice, Cher lecteur,

Hélène est une enfant des années 80, de Montréal,  sur le point d’entrer dans l’adolescence. Elle a perdu ses copines Geneviève, Sarah, Anne-Julie et Chloé.  Ses anciennes amies deviennent ses pires ennemies. Elles l’intimident et elles la harcèlent à l’oral et à l’écrit. Hélène retrouve des graffitis sur les murs de l’école mentionnant : «Hélène pèse deux cent seize! et sent le swing!». Elle se sent triste, laide, grosse et elle déambule le dos courbé. Elle voit le monde en noir et blanc. Sa mère l’aime beaucoup même si elle est très occupée avec ses petits frères et toutes les tâches ménagères. Pour s’évader de ce contexte d’intimidation, Hélène se réfugie dans Jane Eyre de Charlotte Brontë. Ainsi, la littérature devient son salut, sa porte de sortie. Pour Hélène, Jane Eyre, c’est le meilleur roman qu’elle n’a jamais lu. Lors d’un voyage d’immersion, Hélène se retrouve dans la tente des esseulées. Elle rencontre un renard orange. Ensuite, elle se lie d’amitié avec Géraldine. Elle s’ouvre à nouveau à la vie. Elle retrouve le rire, les couleurs de l’existence et la joie de vivre. Comme dans Jane Eyre, cette histoire finit bien.

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J’ai acheté cette bande-dessinée pour deux raisons. D’une part, je voulais découvrir la plume de Fanny Britt et d’autre part, je ne pouvais résister à l’histoire d’une gamine lisant Jane Eyre. Fanny Britt écrit très bien et elle réussit à émouvoir son lecteur par le biais de son Hélène. Elle a créé un personnage touchant, empreint de sensibilité et d’imagination. Ce qui m’attire dans Hélène,  c’est que grâce à la littérature, elle va parvenir à traverser une période de sa vie marquée par l’intimidation. Elle trouve le réconfort dont elle a tant besoin dans le roman de Charlotte Brontë. Jane devient son amie, celle qui l’accompagne dans le quotidien. Elle se réfugie dans son livre pour ne pas être seule, pour montrer aux autres qu’elle est occupée. Hélène s’identifie aussi fortement à Jane Eyre et elle essaye de tisser des liens entre son existence et celle de l’héroïne.

Mr Rochester aime Jane Eyre et il lui demande de l’épouser. Étrange, sérieuse, en robe brune, il l’aime comme ça. C’est formidable, mais c’est impossible.  Un garçon qui aimerait une saucisse en maillot à motif de voiliers qui apprivoise les renards enragés, ce serait formidable. Mais c’est impossible. Parce comme dans Jane Eyre, ça finirait mal. Comme dans Jane Eyre, on découvrirait que le garçon a déjà une femme folle à lier enfermée dans la tour du manoir, et que même s’il aime la saucisse en maillot il ne peut pas l’épouser. (p. 82-83)

À cet égard, Jane, grâce à ses qualités spirituelles et son physique banal, va permettre à Hélène de s’accepter comme elle est. Jane souffle un vent d’espoir sur la vie bien sombre de la jeune Hélène.

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Il est à noter aussi la référence au Petit prince par le biais du renard. Hélène tente de l’apprivoiser, mais une autre esseulée  l’effraie et l’animal s’enfuit. Hélène tente de créer un contact avec ce dernier; elle a besoin d’un ami.

Cette bande-dessinée s’avère intelligente et dénonce une réalité malheureusement bien présente dans nos écoles : l’intimidation. D’ailleurs, Fanny Britt avoue qu’elle a été victime aussi d’intimidation. Ce récit lui a permis de transmettre un message positif  aux enfants et aux adolescents. L’Art peut assurer un équilibre et un jour, le soleil finit par briller; le monde redevient beau. Fanny Britt cherche à démontrer l’importance du regard. Celui des autres, mais également celui que l’enfant ou l’adolescent porte sur sa personne. Comme elle le mentionne dans un article publié dans Le journal de Montréal :

Je souhaitais avant tout parler de l’expérience humaine de l’enfance, du moment d’éclatement où la perte de l’innocence coïncide avec la quête identitaire, du désir d’invalider le regard que portent les autres sur nous, explique la scénariste. Cette histoire est en partie autobiographique. Je l’ai longtemps portée en moi avant de la coucher sur le papier.» Pourquoi alors ne pas en avoir fait une pièce de théâtre? «Pour la liberté totale de création. Et parce que le livre demeure, alors que le théâtre, quant à lui, est éphémère», avoue-t- elle.

Isabelle Arsenault, l’illustratrice, a fait un travail remarquable. Les aquarelles sont presque toutes en noir et blanc. La couleur apparaît lorsque Hélène lit Jane Eyre et à la fin, lorsque Hélène retrouve la joie de vivre. Ses illustrations sont empreintes de poésie. Hélène n’est pas belle et elle ne semble pas laide. C’est une enfant comme bien d’autres. Isabelle Arsenault a remporté de nombreux prix pour ses albums. D’ailleurs, Jane, le renard  &  moi figure sur la liste du New York Times parmi les 10 meilleurs livres illustrés pour enfants de 2013. C’est quand même quelque chose…

Sur le site Web de la maison d’édition La Pastèque, nous pouvons prendre conscience des nombreux prix qui ont été décernés à Arsenault et à Britt pour cette bande-dessinée ou encore des nominations qu’elles ont reçues :

  • Grand Prix Lux 2013 – Illustration – Isabelle Arsenault
  • Prix littéraires du Gouverneur général – Fanny Britt
  • Littérature jeunesse Texte- Nomination Prix littéraires du Gouverneur général – Isabelle Arsenault
  • Littérature jeunesse – Illustrations
  • 8e Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal – Finaliste
  • Joe Shuster Awards2013 – Isabelle Arsenault- Catégorie Dessinateur de l’année
  • Joe Shuster Awards2013 – Fanny Britt- Catégorie Scénariste
  • Pépites 2013 du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil – Pré-selection
  • Prix TD 2013 de littérature canadienne pour l’enfance et la jeunesse – Finaliste
  • Bédéis Causa 2013 – Grand prix de la ville de Québec
  • Meilleur album de langue française publié au Québec – Nomination
  • Bédéis Causa 2013 – Prix Réal-Fillion – Auteur québécois, scénariste ou dessinateur s’étant le plus illustré avec son premier album professionnel

Je vais certainement garder précieusement ce sublime ouvrage… Je l’ai vraiment beaucoup aimé pour la référence à Jane Eyre, mais aussi pour les magnifiques illustrations et pour la plume de Fanny Britt.

En lisant cette bande-dessinée, je pensais à cette citation d’Éric Orsenna :

Lire ressemble à regarder l’horizon. D’abord on ne voit qu’une ligne noire. Puis on imagine des mondes.

Que pensez-vous de cette histoire?

Au plaisir de vous lire!

Bien à vous,

Madame lit

Références :

Arsenault, I. et Britt, F. (2012). Jane, le renard & moi. Montréal : La Pastèque.

Ici Radio-Canada (2013, 30 octobre). La BD Jane, le renard et moi sur la liste du New York Times. Art et divertissement. Récupéré de http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2013/10/30/007-jane-renard-10-meilleurs-livres-ny-times.shtml

La Pastèque.  Jane, le renard & moi. Récupéré de http://www.lapasteque.com/jane-le-renard-et-moi/

Leduc, J-D. (2012, 27 octobre). Une lecture coup de poing. Le journal de Montréal. Récupéré de http://www.journaldemontreal.com/2012/10/27/lecture-coup-de-poing