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Le nom de la rose

Chère lectrice, Cher lecteur,

Parce qu’Umberto Eco, ce grand homme de lettres est décédé, je tiens à présenter une citation tirée de son roman Le nom de la rose que j’ai lu il y a plusieurs années pour lui rendre hommage. D’ailleurs, j’aimerais bien m’y replonger pour rédiger un billet. Je vous offre donc un extrait abordant la luxure et les livres…

Tu me demanderas  à quoi bon contrôler une telle réserve de savoir si on accepte de ne pas la mettre à la disposition de tous les autres. Mais c’est précisément pour ça que j’ai parlé de luxure. Elle n’était pas luxure, la soif de connaissance de Roger Bacon, qui voulait user de la science pour rendre heureux le peuple de Dieu, et ne cherchait donc pas le savoir pour le savoir. La curiosité de Bence n’est qu’insatiable orgueil de l’intellect, une façon comme une autre, pour un moine, de transformer et apaiser les désirs de ses reins, ou l’ardeur qui fait d’un autre un guerrier de la foi ou de l’hérésie. Il n’y a pas que la luxure de la chair. Luxure, que celle de Bernard Gui, luxure altérée de justice qui s’identifie à une luxure de pouvoir. Luxure de richesse, que celle de notre saint et non plus romain pontife. Luxure de témoignage et de transformation et de pénitence et de mort que celle du cellérier dans sa jeunesse. Et celle de Bence est une luxure de livres. Comme toutes les luxures, comme celle d’Onan qui répandait par terre sa propre semence, c’est une luxure stérile, et elle n’a rien à voir avec l’amour, pas même avec l’amour charnel…
-Je le sais», murmurai-je malgré moi. Guillaume fit semblant de n’avoir pas entendu. Mais, comme poursuivant son propos, il dit : «L’amour vrai veut le bien de l’aimé.
-Ne se peut-il que Bence veuille le bien de ses livres (car désormais ils sont aussi à lui) et pense que leur bien est de rester loin des mains rapaces? demandai-je.
-Le bien, pour un livre, c’est d’être lu. Un livre est fait de signes qui parlent d’autres signes, lesquels à leur tour parlent des choses. Sans un œil qui le lit, un livre est porteur de signes qui ne produisent pas de concepts, et donc il est muet. Cette bibliothèque est née peut-être pour sauver les livres qu’elle contient, mais maintenant elle vit pour les enterrer. (p. 401-402)

Et que dire du film de Jean-Jacques Annaud?

Vous pouvez aussi consulter «Umberto Eco, auteur du « Nom de la rose » : mort du plus lettré des rêveurs » publié dans Le Monde. Dans cet article, Philippe-Jean Catinchi trace le portrait de ce grand penseur.

Avez-vous déjà lu des romans ou des essais de cet illustre écrivain?

Bien à vous,

Madame lit

Eco, Umberto (1995). Le nom de la rose, Paris, France Loisirs, 548 p.