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Chère lectrice, Cher lecteur,

J’ai eu le privilège d’être sollicitée pour lire Correspondances de Valence Rouzaud. J’ai accepté et j’ai reçu le livre contenant une très belle dédicace il y a deux mois. En ce sens, je tiens à remercier l’auteur et les Éditions Thierry Sajat. Ce recueil de lettres s’échelonne sur plusieurs années. Les missives ne sont pas très longues, mais elles frappent l’imaginaire en raison des phrases empreintes de poésie et des thèmes abordés. Comme des petits grains de sable, ces dernières traitent de différents sujets dont le plus fort est sans aucun doute la place accordée au poète dans notre société. Quel sort lui réserve-t-on? En ce siècle, Valence partage à son lecteur son témoignage et il tente de lui faire comprendre ce qu’il est, ce qu’il ressent et ce que représente l’art pour lui.

L’action sublimée par le rêve, dont nous tentons de nous approcher, vous par la gravure et la peinture, et moi à travers la poésie, demande indépendance dans la facture et imperméabilité aux puissants. Par nature, l’artiste ne s’oppose-t-il pas à l’idéologue, le premier voulant planter son drapeau en haut d’une montagne et le second en haut d’un mur? La vie prend un tout autre sens pour qui sait la fleurir de ses pensées. L’art, d’une averse fait un orage et d’un verre un vitrail.

Recevez mon amitié, les poètes sont des enfants qui détournent les avions avec des cerfs-volants.

Valence (p. 40)

À travers des correspondances, le lecteur est entraîné dans un univers poétique et dans un espace méditatif. Ainsi, Valence aborde la poésie, le monde de l’édition, le travail journalier, etc. À cet égard, le lecteur est amené à réfléchir aux propos émis par le narrateur. Par exemple, lorsqu’il s’adresse au Cher poète, Valence mentionne :

Pour l’habit du pionnier, le poète laisse à la foule le prêt-à-porter. Ainsi, pour rapprocher le crayon du voilier, plutôt que d’user d’une logique mathématique, j’ai choisi d’agencer mes mots avec l’art du fleuriste.  (p.10)

Les destinataires sont variés. Valence écrit à son éditeur ou encore à d’autres personnes gravitant dans son univers. Certaines missives s’avèrent sans destinataire, comme si Valence rend le lecteur encore plus complice. L’instance lectrice peut penser que certaines lettres sont pour elle. Valence dénonce aussi les médias et les éditeurs qui n’osent pas publier de nouveaux poètes.

Puis, il faut le dire : France Culture nous ment, Gallimard nous ment… Renoncer à la nouveauté, c’est se prendre aux clichés… Nous disent-ils! Oui, mais la révolution surréaliste a vécu. Dans le statut d’opposant, je me sens plus proche du primitif libre de tout mouvement…Armé d’un crayon, seul le pathos est voyou de la raison. (p.12)

J’ai pris mon temps pour lire les lettres. Parfois, j’en lisais une, puis je reposais mon exemplaire pour réfléchir à ce que j’avais sous les yeux. Ces dernières sont profondes et elles provoquent une remise en question. J’ai aimé les références aux auteurs comme Nerval, Lamartine, Rimbaud, Hugo, Verlaine. Je retrouvais ainsi de vieilles connaissances. J’ai apprécié ce regard jeté sur ces grands et les liens qui sont faits pour nous faire comprendre que le poète vit pauvre, mais que son héritage est riche puisque ses écrits touchent le cœur de l’homme.

Les revenus des poètes dépassent rarement le chiffre d’affaires du fantôme. Verlaine ne déroge pas à la règle, même si la rêverie en maison et l’art poétique en poche, sous sa plume la poésie c’est le soleil et la boussole. (p.29)

J’ai été plus ébranlée par la dernière lettre du recueil. Valence l’écrit à sa mère décédée. C’est le dernier message d’un fils à celle qui l’a mis au monde… Comme le poète, lorsque mon père est mort, j’ai glissé ma photo dans sa poche pour l’accompagner dans sa dernière demeure. Ce passage m’a fait revivre un souvenir assez douloureux.

Alors maman, avant que l’on ne renferme ton cercueil, pour nous qui n’avons jamais su nous témoigner de la tendresse, même par un baiser sur la joue; j’ai détaché un bouton de ta petite blouse, et pour l’éternité j’ai posé ma photo sur ton cœur. Penser la vie c’est réfléchir sur la mort. (p. 65)

De plus, je tiens encore à remercier Valence Rouzaud, car il a gentiment joint à son recueil des poèmes tirés de Mon âme est en ciseaux (1998) et de Rentier (2000). J’aime beaucoup la poésie et je dois avouer que j’ai trouvé très difficile de rédiger cette chronique, car j’ai été émue de la confiance accordée par l’auteur…

Je vous recommande d’encourager cet écrivain afin que l’art vive et que survive la mémoire des poètes…

Correspondances se lit facilement et fait du bien…

Je vous confie en guise de cadeau la dédicace que j’ai reçue… elle est magnifique…

Entre tes quatre pans, je t’ai vu mur je t’enjambais et m’endormis au bas d’un pont où l’eau lave les cailloux, où pousse le limon. Extrait de Mon âme est en ciseaux

Lisez-vous beaucoup de poésie? Est-ce que vous encouragez les poètes d’aujourd’hui?

Bien à vous,

Madame lit

Rouzaud, Valence. (2012). Correspondances, Bourges, Éditions Thierry Sajat, 65 p.