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Journal_etu_histoire_artChère lectrice, Cher lecteur,

Que pensez-vous d’un père de 3 enfants, psychanalyste, qui décide d’écrire son journal afin de devenir un meilleur homme grâce à l’art, la culture et la littérature? Par le biais de son journal qui se déroule de novembre 2008 à l’été 2011, le narrateur (Moutier) nous parle, entre autres,  de sa mononucléose, de ses infidélités, de sa solitude, des escargots de sa fille, de la grippe A (H1N1), de ses professeurs à l’UQAM (Université du Québec à Montréal). Grâce à cet écrit, Moutier communique avec brio ce qui le stimule, l’art. L’art et ce journal deviennent son repaire, son refuge lui, étudiant de 37 ans, boulimique de connaissances, en pleine crise existentielle. Nous l’accompagnons dans ses belles lectures imposées par ses professeurs, nous sommes également partie prenante des dissertations qu’il rédige pour ses cours, nous le suivons dans ses visites des différents musées en Europe ou à Montréal et nous avons accès à ses commentaires, ses critiques des œuvres d’art.  La rédaction de ce journal permet à l’écrivain narrateur de décrocher un diplôme en histoire de l’art. Le ton de Moutier s’avère sérieux, ironique, drôle et parfois mélancolique.

En premier lieu, j’ai particulièrement aimé cette prise de conscience de Moutier par rapport à sa vie, sa crise, sa quête existentielle, sa difficulté de vivre.

J’ai trente-sept ans. Je tente une sorte de retour aux études, parce que la vie telle qu’elle est ne me stimule plus du tout. Je m’y ennuie. Et comme les voyages dans l’espace, sur une autre planète lointaine, sont hors de prix, je me rabats sur l’université. Je me demande si je fais bien. (p. 7)

Grâce à ce retour aux études, au phénomène du savoir,  tout au fil du temps, le narrateur en arrive à jeter un autre regard sur le monde et sur sa vie. Il réussit à s’affranchir de toutes béquilles pour s’assumer dans sa liberté.  Il prend conscience de son désir d’enseigner.  Ainsi, à la toute fin, il mentionne :

Je désirerais de plus en plus enseigner au cégep. […] Des étudiants intéressés, et d’autres pas du tout, mais que j’aurais conduits de force dans des musées, et à qui j’aurais pu à mon tour présenter des diapositives et des documents PowerPoint, assis dans le noir. Pour leur expliquer que l’importance de l’art est indiscutable.  […] J’aurais voulu avoir des étudiants pareils aux étudiants que l’on retrouve en ce moment sur le marché des étudiants. Bien de leur âge et capables d’en prendre. Ouverts à toutes les propositions et pas encore complètement aliénés au monde de demain. Capables d’encaisser et de comprendre ce qu’il y a d’extraordinaire chez Daniel Buren, Anish Kapoor ou Ron Mueck. Des fois que ce genre de vétilles arriveraient à leur communiquer l’envie de rester vivants. Même aux jours les plus noirs de leur vie future, quand ils n’auront peut-être fait que de mauvais choix. J’aurais fait là un travail presque aussi efficient que celui que se fait parfois dans un centre de crise. (p. 454-455)

À défaut d’obtenir un poste de professeur au collégial, le narrateur Moutier pourra aider sa fille aînée à voler de ses propres ailes…

L’autre élément que j’ai beaucoup apprécié dans ce roman c’est l’émotion qu’il décrit par rapport à l’art à travers plusieurs courants comme la Renaissance, l’Antiquité, le postmodernisme, etc. Cette émotion peut guider l’être humain dans ses heures sombres, l’amener vers l’absolu, lui permettre de toucher à la beauté du monde, l’aider à comprendre le sens de la vie, le sauver d’une mort certaine. L’école ne nous enseigne pas à comprendre la vie. L’histoire de l’art pour le narrateur, oui. Trop d’émotions engendrées par l’observation des œuvres d’art peuvent-elles tuées? Selon les recherches du narrateur, oui. Ainsi, il découvre le syndrome de Stendhal et il relève ceci concernant l’art :

Celui-ci a le pouvoir de nous introduire à l’absolu. Rien de moins. D’élever des consciences et de faire perdre la raison. De faire vaciller le sens de la réalité. (p. 369)

Je dois admettre que j’ai beaucoup aimé lire ce journal. Ce dernier possède tous les ingrédients pour me séduire… Je me suis retrouvée dans cette sensibilité concernant  l’art et cette recherche de vérité. Je partage également le point de vue du narrateur par rapport à ce qu’il dit sur ce manque de sérieux de nos contemporains en ce qui a trait à cette quête niaise du bonheur.

Que dire de plus? Ce livre a été très bien reçu au Québec par les critiques littéraires. Vous pouvez consulter l’article «Multiples identités» paru dans Le Devoir.

J’espère vous avoir donné le goût de lire ce Journal d’un étudiant en histoire de l’art… En tous les cas, il tombait à point dans ma vie, car je vais avoir la chance de me rendre en Italie en mai et d’aller m’exalter devant plusieurs œuvres d’art.

Comme Moutier le dit si bien :

Une chance que la beauté existe. Heureusement que l’art est partout.

Qu’en pensez-vous?

Bien à vous,

Madame lit

Moutier, Maxime O. (2015). Journal d’un étudiant en histoire de l’art, Montréal, Éditions Marchand de feuilles, 2015, 457 p.