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JouveChère lectrice, cher lecteur,

Connaissez-vous L’effet-personnage dans le roman de Vincent Jouve? À la suite de la publication de mon billet sur l’essai de Julia Kristeva Pouvoirs de l’horreur, certaines personnes ont mentionné qu’elles trouvaient ce type d’article intéressant, alors, j’ai décidé aujourd’hui de vous présenter un autre essai, celui de Vincent Jouve L’effet-personnage dans le roman.

Vincent Jouve dans son essai publié au début des années quatre-vingt-dix, aborde la problématique des effets produit par le personnage sur le lecteur. Faisant suite aux travaux des formalistes, des structuralistes, des sémioticiens, des théoriciens de l’esthétique de la réception et des psychanalystes du texte littéraire, Jouve suggère une étude axée sur la relation existante entre le personnage, inscrit à l’intérieur du texte littéraire, et le lecteur. Pour le théoricien, il semble important de s’intéresser à l’instance lectrice. Selon Jouve, étudier la figure discursive d’un récit littéraire tient au fait que :

Le roman est en effet, plus que tout autre récit, axé sur la représentation de la vie intérieure. […] Un tel constat justifie, selon nous, le parti pris méthodologique consistant à restreindre la notion de personnage à celle du sujet cognitif, c’est-à-dire doté d’une conscience (p. 16-17).

Par la suite, dans son essai, le théoricien établit une corrélation entre le narrateur, le lecteur et les personnages d’un roman puisque : « […] l’instance narratrice a pour fonction principale de servir de relais entre le lecteur et le personnage». (p. 17). Et le théoricien de poursuivre sa réflexion en faisant remarquer que : «L’analyse du «lecteur virtuel» (destinataire implicite des effets de lecture programmés par le texte) devrait ainsi permettre de dégager les réactions du «lecteur réel» (sujet bio-psychologique)» (p. 21). À cet égard, Jouve présente un appareil théorique capable de rendre possible l’analyse de la réception du personnage «quels que soient le genre et l’époque du roman auquel il appartient» (p. 23). Il divise son étude en trois parties : la Perception («analyse de la représentation qui supporte le personnage au cours de la lecture»), la Réception («examen des relations-conscientes ou inconscientes-qui se nouent entre le lecteur et les personnages») et l’Implication («phénomélogie de l’interaction lecteur/personnage et analyse des prolongements extratextuels qui en découlent)». Selon cette méthode d’analyse, le personnage littéraire entre en étroite relation avec le lecteur. Il n’est plus seulement un objet linguistique, sémiotique ou fonctionnel, mais il peut également être analysé selon une méthodologie qui fait participer activement le lecteur.

J’ai beaucoup aimé cet essai de Jouve surtout la partie concernant la Réception. Ainsi, la réception du personnage comme prétexte fait appel principalement au motif du désir. Le lecteur peut vivre par procuration les aventures présentées dans un récit littéraire en s’identifiant au personnage romanesque. La figure discursive semble combler un vide. Selon Jouve, le lecteur doit laisser de côté ses inhibitions afin de recevoir ce type de personnage et le théoricien remarque que l’effet-prétexte n’est possible qu’à travers la réception des deux effets précédents :

Pour recevoir le personnage comme prétexte, le lecteur a besoin de voir d’abord en lui la pièce d’un projet intellectuel et la figuration d’une personne. C’est l’effet-personnel qui, désignant la non-gratuité de la lecture, lève la barre du refoulement et autorise l’effet-prétexte par l’intermédiaire de l’effet-personne. Le roman, comme jeu d’esprit, est un mélange de sens et de non-sens et joue sur l’intellectuel pour libérer le fantasmatique. (p. 153).

Ainsi, à travers la réception du personnage comme prétexte, le lecteur est constamment ramené à lui-même, à ses pulsions et à ses désirs inconscients. La lecture lui permet d’explorer ses fantasmes par le biais du personnage. Dans la réception du personnage comme prétexte, les trois modalités (vouloir, pouvoir, devoir) font écho aux trois types de libido (la libido sciendi, la libido sentiendi et la libido dominandi).

Pour conclure son essai, Jouve mentionne que son intérêt pour l’étude du personnage romanesque relève de deux facteurs :

[…] le personnage est à la fois le point d’ancrage essentiel de la lecture (il permet de la structurer) et son attrait majeur (quand on ouvre un roman, c’est pour faire une rencontre). Au terme de notre réflexion, rappelons-le avec force : la réception du personnage littéraire est la seule expérience d’une connaissance intérieure de l’autre. Le texte éclaire l’opacité d’autrui qui, dans le monde réel, fonde toutes les solitudes et les intolérances. La lecture romanesque est bien d’abord cela : une pédagogie de l’autre. (p. 261).

Je peux vous dire que grâce à la théorie jouvienne, le lecteur et le personnage romanesque apparaissent comme deux instances indissociables, complémentaires. Le lecteur de roman a besoin du personnage pour aller à la rencontre de ce qu’il est et de ce qu’il peut découvrir sur lui tandis que la figure discursive affecte la réalité de l’instance lectrice tout en influant sur l’univers quotidien du sujet lisant.

J’espère que ce petit billet vous a donné un aperçu d’une théorie intéressante pour comprendre l’effet-personnage dans le roman. Je vous recommande de lire cet essai si vous désirez en apprendre davantage sur la relation entre le personnage et le lecteur.

Bien à vous,

Madame lit

Références :

JOUVE, Vincent. L’effet-personnage dans le roman, Paris, PUF, 1992, 271 p.

Figure: DECITRE. L’effet-personnage dans le roman, [http://www.decitre.fr/livres/l-effet-personnage-dans-le-roman-9782130442707.html%5D (11 novembre 2015).