Étiquettes

, ,

machine_écrire_antiqueChère lectrice, cher lecteur,

Aimez-vous les incipits (premiers mots d’un roman)? Moi, oui… Dans ce billet, je vais vous en présenter quelques uns qui sont particulièrement attirants pour moi car ils m’éveillent à un univers romanesque en touchant ma sensibilité et ils me permettent de larguer avec force les amarres de ma réalité. En fait, certains incipits reviennent vers moi, comme une vague sur le rivage. Sans s’annoncer, ils fracassent ma pensée et parviennent  pour un temps à s’y nicher. D’ailleurs, n’est-ce pas grâce à ces derniers que tout commence?  Ces incipits ont le pouvoir de nous amener dans un univers autre, de nous bousculer, de nous présenter des mœurs sociales, de nous emporter dans une envolée poétique… Alors, en voici dix…pour, je l’espère, votre plus grand plaisir…

J’ai possédé une ferme en Afrique au pied du Ngong. Karen Blixen, La ferme africaine

Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. Albert Camus, L’étranger

 

Les familles heureuses se ressemblent toutes; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon. Léon Tolstoi, Anna Karénine

C’était inévitable : l’odeur des amandes amères lui rappelait toujours le destin des amoureux contrariés. Gabriel Garcia Marquez, L’amour aux temps du choléra

 

C’était une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier. Jane Austen, Orgueil et préjugés

 

J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley. Daphné Du Maurier, Rebecca

 

Un jour, j’étais âgée déjà, dans le hall d’un lieu public, un homme est venu vers moi. Il s’est fait connaître et il m’a dit : « Je vous connais depuis toujours. Tout le monde dit que vous étiez belle lorsque vous étiez jeune, je suis venu pour vous dire que pour moi je vous trouve plus belle maintenant que lorsque vous étiez jeune, j’aimais moins votre visage de jeune femme que celui que vous avez maintenant, dévasté. Marguerite Duras, L’amant

 

C’était au pays de Catherine, une ville de hauts fourneaux flambant sur le ciel, jour et nuit, comme de noirs palais d’Apocalypse. Au matin, les femmes essuyaient sur les vitres des maisons les patines des feux trop vifs de la nuit. Anne Hébert, Les chambres de bois

À cette heure, Florentine s’était prise à guetter la venue du jeune homme qui, la veille, entre tant de propos railleurs, lui avait laissé entendre qu’il la trouvait jolie. Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion

 

Tout m’avale. Quand j’ai les yeux fermés, c’est par mon ventre que je suis avalée, c’est dans mon ventre que j’étouffe. Quand j’ai les yeux ouverts, c’est parce ce que je vois que je suis avalée, c’est dans le ventre de ce que je vois que je suffoque. Je suis avalée par le fleuve trop grand, par le ciel trop haut, par des fleurs trop fragiles, par les papillons trop craintifs, par le visage trop beau de ma mère. Réjean Ducharme, L’avalée des avalés

 

J’ai présenté des incipits de trois romans québécois, car je sais que j’ai des abonnés qui sont peut-être moins familiers avec la littérature d’ici et il est bien aussi de la faire connaître…

Quel incipit vous a particulièrement marqué?

Appréciez-vous ceux que j’ai présentés dans ce billet?

J’ai hâte de vous lire!!!

Bien à vous,

Madame lit