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julia-kristeva-pouvoirs-de-l-horreurChère lectrice, cher lecteur,

Pourquoi lisons-nous des romans terrifiants? Quel impact l’horreur a-t-il chez le lecteur? Dans ce billet, laissez-moi essayer de vous présenter Pouvoirs de l’horreur; essai sur l’abjection de Julia Kristeva. Pourquoi? Et bien, avec tous les billets qui circulent en ce moment sur les livres d’horreur, j’ai plutôt opté pour présenter un essai qui traite de ce sujet.

J’ai lu Pouvoirs de l’horreur, il y a plusieurs années, durant mes études littéraires. Je l’ai ressorti de ma bibliothèque pour vous. Il importe que je vous mentionne que cet essai se réfère, entre autres, à des concepts psychanalytiques freudiens ou lacaniens. Je vais essayer de vous vulgariser le plus possible ce que je perçois de cet essai fort intéressant qui propose une théorie originale : l’abjection. Kristeva divise son essai en deux grandes parties structurées autour de 11 chapitres. Dans la première partie, elle explore les concepts propres à sa théorie de l’abjection et dans la seconde, elle analyse l’écriture de Céline en appliquant sa théorie.

D’emblée, Kristeva nous mentionne :

Il y a, dans l’abjection, une de ces violentes et obscures révoltes de l’être contre ce qui le menace et qui lui paraît venir d’un dehors ou d’un dedans exorbitant, jeté à côté du possible, du tolérable, du pensable. C’est là, tout près mais inassimilable. Ça sollicite, inquiète, fascine le désir qui pourtant ne se laisse pas séduire. Apeuré, il se détourne. Écœuré, il rejette. Un absolu le protège de l’opprobre, il est en fier, il y tient. Mais en même temps, quand même, cet élan, ce spasme, ce saut, est attiré vers un ailleurs aussi tentant que condamné. Inlassablement, comme un boomerang indomptable, un pôle d’appel et de répulsion met celui qui en est habité littéralement hors de lui (p. 9).

Le concept de la dualité est fondamental. L’objet de l’abject est à la fois terrifiant et désirable, tentant et damnant, sacré et profane, refoulé et purifié. L’abjection dans l’essai est associée, entre autres, à la pourriture, au cadavre, à des images sanguinolentes. De plus,  Kristeva se réfère dans son essai au moi, au surmoi, au refoulement originaire, etc. Je ne vais pas entrer dans les concepts psychanalytiques. Je vous conseille plutôt de lire cet essai pour comprendre la portée de ces derniers. En ce sens, le lecteur lirait des romans qui l’amènent dans des sphères inconscientes où ses pulsions refoulées exultent à travers une transgression de  l’interdit par le biais de différents procédés stylistiques. Cet interdit peut être associé à la loi du père, aux normes imposées par la société, etc. Aussi, le lecteur ressent du plaisir, de la fascination devant ce qui devrait le répugner. Sa quête est intiment liée à l’interdit.

Je vous recommande d’aller à la rencontre de la théorie de l’abjection pour comprendre cette fascination de l’horreur pour le lecteur. D’ailleurs, plusieurs personnes ont appliqué la théorie de l’abjection dans leur thèse de doctorat pour étudier des auteurs comme Stephen King ou Nelly Arcand pour ne mentionner que ces derniers.

Je vous assure que ce billet n’est qu’un bref aperçu de l’essai de Kristeva. Toutefois, je tenais à vous en parler un petit peu… en ce temps de l’Halloween pour amorcer une réflexion sur ce que Freud nommait cette inquiétante étrangeté.

Bien à vous,

Madame lit

KRISTEVA, Julia. Pouvoirs de l’horreur, Paris, Éditions du Seuil, coll. Points, 1983, 247 p.

Figure : KRISTEVA, Julia. Pouvoirs de l’horreur,[http://www.kristeva.fr/pouvoirs-de-l-horreur.html] (30 octobre 2015).