o-LARRY-TREMBLAY-570Que dire d’un petit roman avec des thèmes gros comme l’univers?

L’orangeraie de Larry Tremblay traite de sujets d’actualité. Il n’y a pas une semaine sans que nous entendions parler qu’un attentat suicide s’est déroulé emportant avec lui des enfants, des femmes, des hommes, au nom d’une idéologie, d’une religion ou d’un point de vue. Ainsi, Larry Tremblay signe un roman où cohabitent le bien et le mal, la folie des uns et la sagesse des autres. Vivant dans un petit paradis, l’orangeraie familiale, les jumeaux Amed et Azid, âgés seulement de neuf ans, sont un jour perturbés par un attentat qui décime la maison de leurs grands-parents, les tuant sur le coup. Leur père récupère les débris des corps et les enterre aux pieds des orangers. Un homme puissant vient, parle au père et ce dernier devra choisir le fils qui ira se faire exploser pour venger le crime. La mère s’oppose, mais quel pouvoir a-t-elle dans ce monde où la femme n’a aucun droit?

Ce livre est bouleversant. C’est un véritable coup de poing en plein cœur que reçoit le lecteur occidental. Je suis encore à l’envers….Qu’aurions-nous fait si nous avions grandi dans ce lointain Moyen-Orient dans une culture où la spiritualité s’avère reliée à une haine qui remonte à la nuit des temps au point où l’on sacrifie des enfants et on en fait des martyrs? Les hommes parlent au nom de Dieu, interprètent les signes en fonction de leur réalité. Ainsi, la mère des jumeaux dira dans sa prière à Dieu :

Ton nom est grand, mon cœur, trop petit pour le contenir en entier. Qu’as-tu à faire de la prière d’une femme comme moi? Mes lèvres touchent à peine l’ombre de ta première syllabe. Mais, disent-ils, ton cœur est plus grand que ton nom. Ton cœur, si grand soit-il, le cœur d’une femme comme moi peut l’entendre dans le sien. C’est ce qu’ils disent en parlant de Toi, et ils ne font que dire la vérité. Mais pourquoi faut-il vivre dans un pays où le temps ne peut pas faire son travail? La peinture n’a pas le temps de s’écailler, les rideaux n’ont pas le temps de jaunir, les assiettes n’ont pas le temps de s’ébrécher. Les choses ne font jamais leur temps, les vivants sont toujours plus lents que les morts. Les hommes dans notre pays vieillissent plus vite que leur femme. Ils se dessèchent comme des feuilles de tabac. C’est la haine qui tient leur os en place. Sans la haine, ils s’écrouleraient dans la poussière pour ne plus se relever (p. 26-27).

En fait, je ne sais pas, je ne sais plus ce que je ferais. Il faut se rendre à la toute fin de l’histoire et écouter les voix que fait entendre Aziz… Ce dernier porte en lui les larmes de sa mère, les choix de son père, la mort de ses frères… Je vous encourage à lire ce récit qui, je le sais, vous transpercera le cœur.

Un livre à ajouter à votre pile…

TREMBLAY, Larry. L’orangeraie, Québec, Alto, 2013, 159 p.