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Il y a des histoires poignantes, intrigantes, captivantes et nous devenons prisonniers de ces dernières lorsque nous les débutons. Nous ne voulons pas nous arrêter, nous voulons poursuivre malgré la fatigue, malgré l’heure tardive, malgré le travail qui nous attend le lendemain. Et bien chère lectrice et cher lecteur qui lisez avec avidité, laissez-moi vous dire que Check-point n’échappe pas à la règle. Nous sommes entraînés dans un thriller psychologique. Ne soyez pas surpris si vous ne pouvez vous arrêter durant votre lecture.

J’ai toujours aimé les histoires de Jean-Christophe Rufin. De Rouge Brésil en passant par L’Abyssin, Sauver Ispahan et Globalia, j’adore l’imaginaire que nous offre ce membre de l’Académie française dans ses écrits. Ainsi, je peux dire que je n’ai pas été déçue par son dernier roman. Grâce à ce récit, nous nous retrouvons sur les routes de la Bosnie, en pleine guerre. Nous sommes plongés dans une sorte de huis clos car les 5 personnages, une femme et quatre hommes, entreprennent une mission humanitaire classique et ils partagent deux gros camions; ils doivent se rendre à Kakajn, en Bosnie centrale, pour aller porter des denrées aux habitants. Tout au long du trajet, nous apprenons à les connaître, à découvrir leur ambiguïté, leur but, leur motivation, leur déchirement, leur incertitude, leur questionnement, etc.

Jean-Christophe Rufin, avec Check-point, se retrouve en terrain connu lui qui est pionnier du mouvement humanitaire des «French doctors». Ainsi, il a vécu cette guerre alors il sait comment en parler que ce soit par le biais des descriptions de la Bosnie ou encore de ses habitants. Par ailleurs, grâce à ce récit, il nous présente une réflexion sur le monde d’aujourd’hui en ayant comme toile de fond le passé. Depuis les attentats du 11 septembre, l’Amérique a livré une guerre au terrorisme au nom de la sécurité. Elle attaque. La France a subi un attentat en janvier 2015. Qui doit attaquer qui pour survivre? Qui doit armer qui? Les victimes qui meublent l’actualité sont des jeunes filles enlevées au Nigéria, des caricaturistes, des policiers, des gens égorgés sous nos yeux par le biais d’internet, des journalistes, etc. Au nom de quoi, de qui? C’est le drame dans lequel sont plongés aussi les personnages de Rufin car ils se posent des questions sur ce dont les victimes ont véritablement besoin. Est-ce que les missions humanitaires ont toujours leur raison d’être ou faut-il armer ces populations afin qu’elles apprennent à se défendre pour sauver le plus de vies possibles? Comment aider les populations qui subissent la guerre? Comme le mentionne l’auteur dans sa postface : «Ces évolutions ne concernent pas seulement des États et leurs armées; elles font aussi écho à des débats qui concernent chacun de nous (p. 385)».

Mais encore, dans ce roman, nous sommes témoins d’une histoire d’amour entre deux protagonistes, Maud et Marc.

  Leur étreinte désordonnée avait l’allure d’un combat, un combat où il n’y aurait ni vainqueur ni vaincu et dont le but ultime était de ne plus former qu’un seul corps, dressé contre la violence du monde qui l’entourait.[…] Elle n’aurait pas aimé qu’il lui parle d’amour. Leur amour, c’était cela : le secret partagé, le risque, le combat (p. 191-193).

Ainsi, dans toute la violence qui les entoure, ils vont apprendre à s’apprivoiser, à prendre soins l’un de l’autre et à s’aimer. M. Rufin, dans ses romans, démontre qu’il sait comment parler d’amour.

Je demeure une admiratrice de Jean-Christophe Rufin pour toutes sortes de raison mais surtout pour l’humanité qui anime chacun de ses ouvrages. Son écriture est fluide, sa grammaire impeccable. J’ai déjà hâte à son prochain roman. À lire, si vous souhaitez vous questionner sur l’action humanitaire dans notre monde…

Comme le mentionne Alex un des protagonistes :

– Je crois que l’humanitaire, c’est beaucoup de choses. Et il y a aussi beaucoup d’acteurs sur ce terrain. Que les grandes organisations de l’ONU s’en tiennent à apporter des vivres, c’est normal. Il en faut tout de même et elles ne peuvent prendre aucune initiative en dehors du mandat qui leur est confié par les États. Mais les ONG n’ont pas ces contraintes. Elles sont libres. À quoi sert leur liberté, si elle ne leur permet pas d’aller au-delà, de faire des choses interdites? (p. 88).

Bonne lecture et bonne réflexion! N’hésitez pas à me partager vos impressions…

RUFIN, Jean-Christophe. Check-point, Paris, Gallimard, 2015, 386 p.