Madame lit Madame Victoria

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Chère lectrice, Cher lecteur,

Le corps d’une femme est retrouvé sans vie tout près de l’Hôpital Royal Victoria à Montréal à l’été 2001. Qui est-elle? D’où vient-elle? Une enquête est déclenchée pour tenter de percer le mystère et pour l’identifier. En attendant, elle reçoit un nom : Victoria. Quelqu’un pourra-t-il révéler son identité?

Catherine Leroux a été marquée par un reportage présenté à l’émission Enquête de Radio-Canada. Elle s’est basée sur un cas vécu pour écrire Madame Victoria. D’ailleurs, elle mentionne à Danielle Laurin du Devoir :

Comme on le dit dans le reportage, de grands efforts ont été déployés pour découvrir qui elle était, mais on n’a toujours pas trouvé son identité. Ce que je trouve aberrant et triste, mais qui est une grande force pour l’imagination et pour le récit.

Entre fiction et réalité, le lecteur essaye de découvrir à travers les multiples portraits présentés dans ce bouquin l’identité de Madame Victoria. À cet égard, Leroux dresse divers profils de femme à travers différentes époques. Elles possèdent des points en commun comme le prénom Victoria et une mort anonyme, effacée. Victoria peut être blanche, noire, vieille, jeune, amoureuse, célibataire, mère, alcoolique, etc. Le signifiant Victoria est certes un élément bien intriguant…D’une part, il renvoie au nom de l’hôpital où l’on a découvert le corps de la morte. Ce nom a évidemment été donné en l’honneur de la célèbre reine… Il ne faut pas oublier que le Canada a été une colonie britannique. D’autre part, c’est un prénom qui réfère à la victoire. Les enquêteurs pourront-ils vaincre et dévoiler l’identité de cette femme?

Victoria a régné sur le Royaume-Uni pendant plus de soixante-trois ans. Son nom a servi à désigner la morale stricte de son époque. De nombreuses villes ont été baptisées en son honneur, dont la capitale de la Colombie-Britannique. […] Victoria est partout autour de nous, elle est devenue une part intégrante de notre quotidien. C’est ça, pour moi, la vraie notoriété. Quand notre nom devient quelque chose de plus grand que nous-même. (p. 230)

L’écriture de Catherine Leroux s’avère fascinante. Il y a dans ce récit du lyrisme, du fantastique, de l’élégance. Le lecteur est porté par les voix de ces figures féminines. Leroux tente de redonner la parole à toutes ces femmes oubliées, disparues, dont l’identité a été effacée. Elle couche leur histoire sur le sable mais inlassablement, une vague les emportera ailleurs… C’est beau, c’est triste, c’est aussi ça la vie. La fiction sert parfois à nommer l’inexplicable.

Après tout, peut-être a-t-elle souhaité mourir sans qu’on la remarque. Peut-être a-t-elle volontairement cherché cet anonymat et cette solitude, et tout ce cirque autour de ces os exaspère certainement son esprit qui n’attend qu’un peu de silence pour pouvoir se détacher de cette montagne piquée d’une si lourde croix.

Puis, Germain fixe la canopée et les toits des bâtiments perlant sur le mont Royal, et il se ravise. Ce qu’elle veut, c’est que quelqu’un prononce son nom. (p. 14)

Si vous souhaitez plonger dans l’univers de Catherine Leroux, n’hésitez pas à lire ce récit où l’écrivaine donne vie avec beaucoup d’empathie à toutes les Victoria…

Pour découvrir un extrait présenté sur le site de l’éditeur, cliquez sur Madame Victoria.

De surcroît, je tiens à remercier les Éditions Alto pour ce service de presse. Il est à noter aussi que ce roman a reçu le prix Adrienne-Choquette.

Que pensez-vous de cette histoire?

Bien à vous,

Madame lit

Laurin, D. (2015, 26 septembre). Madame Victoria : l’effacée. Le Devoir. Récupéré de http://www.ledevoir.com/culture/livres/450950/madame-victoria-l-effacee

Leroux, Catherine. Madame Victoria, Québec : Alto, 2017, 235 p.