Madame lit Le Monde sur le flanc de la truite

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Chère lectrice, Cher lecteur,

En novembre, le Fil rouge, par le biais de son défi littéraire, proposait à ses participants de lire un essai québécois. J’ai choisi Le Monde sur le flanc de la truite ; Notes sur l’art de voir, de lire et d’écrire de Robert Lalonde.  Je ne sais pas si ce bouquin entre dans la catégorie essai, mais je peux vous révéler que ce dernier mérite d’être lu par tous les amoureux de la littérature, de l’écriture, de l’acte de création, de la nature…

Dans son chalet à Oka, en compagnie de son chien et de sa chatte, Lalonde partage avec son lecteur ses observations durant les quatre saisons canadiennes sur la nature qui l’entoure et il fait des liens, entre autres, avec les auteurs qu’il aime et il médite sur le processus de création littéraire. Ainsi, au fil des pages, le lecteur découvre des extraits de Jean Giono, de Gabrielle Roy, d’Annie Dillard, de Flannery O’Connor, d’Aubudon, de Gustave Flaubert, de Montaigne, pour ne mentionner que ces derniers et il est amené à réfléchir sur le monde qui l’entoure à travers les pensées de ces grands auteurs. C’est un éveil par rapport à la vie que propose Lalonde. Par exemple, il cite Flannery O’Connnor :

Écrire n’est pas, à mon sens, une simple discipline, encore que c’en soit une ; c’est plutôt une certaine façon de regarder le monde, la réalité, et aussi l’art de faire usage de ses sens afin de déchiffrer le mieux possible la signification des choses…(p. 24)

Il est à noter que Lalonde traduit lui-même les textes de ses auteurs fétiches pour le plus grand plaisir de son lecteur qui retrouve ainsi sa touche personnelle.

Ou encore, comme il le mentionne à propos des œuvres littéraires :

Dans les livres des autres, tout est rassemblé, réconcilié, unifié, disponible : le passé, les saisons, l’amour, la mort, le monde vaste, les hommes, la vérité, les actions, les voix, la certitude d’un accomplissement possible. (p. 42)

De surcroit, l’auteur va à la rencontre de ses sens pour redécouvrir son rapport aux mots…  Grâce à ses réflexions sur l’écriture, Lalonde ouvre la porte de son instant présent à son lecteur pour l’amener ailleurs, là où la beauté des mots résonne plus fort que le tumulte qui entoure l’être humain.

J’écris pour célébrer l’orage, celui du ciel de ce soir, celui qui grandit en moi, tous les orages du monde dont on espère qu’ils nous délivreront de nos tensions, qu’on dit insoutenables. Mais on soutient tout, toujours, orgueilleux et plus forts que nos tourments. J’écris pour que rien ne se perde, de tous les actes d’une journée, importants, insignifiants, à la fois matière à toucher Dieu, ou bien le vrai, tentatives d’ouvrir l’œil, parfois le bon. J’écris avec une gravité songeuse, une tendresse inconnue, embusquée, sur le qui-vive, l’espoir d’aimer les hommes, en les comprenant, en les montrant comme je les vois. Il m’arrive d’écrire comme on jette un cri dans la tempête, ou dans la forêt en feu. (p. 86)

Ce livre m’a profondément marquée… Je sors grandie de cette lecture…. Robert Lalonde est un grand écrivain. Sa plume s’avère sublime, ses réflexions sont profondes et empreintes de poésie. J’ai vraiment pris le temps de lire Le Monde sur le flanc de la truite. C’est une lecture qu’il faut déguster, savourer, laisser de côté et puis retrouver. Lalonde m’a permis de découvrir encore plus l’acte de création à travers sa perception, mais également à travers celle d’un auteur comme Paoustovski.

Chaque instant, chaque mot, chaque regard jeté au hasard, chaque pensée profonde ou badine, chaque tressaillement à peine perceptible du cœur humain, de même que le duvet aérien des peupliers ou le feu d’une étoile dans une flaque d’eau nocturne, sont des grains de poussière d’or…. Il est étonnant que personne ne se soit donné la peine d’observer comment, de ces grains de poussière, nait le flot vivant de la littérature…  (p. 113)

Donc, il y a des livres pour rire, d’autres pour pleurer, pour frémir et il y en a pour ramener le lecteur à l’essentiel… Le Monde sur le flanc de la truite fait partie de cette dernière catégorie… J’ai noté beaucoup de citations dans mon cahier de lecture… Je vous convie à découvrir ce bouquin de Robert Lalonde pour réapprendre à voir, à écrire et à lire….

À partir du moment où l’on cesse d’inventer le monde, être mort ou vivant, c’est presque la même chose. (p.101)

Un autre livre de cet auteur que j’ai adoré est Le dernier été des Indiens et je vous le recommande sans hésitation.

Aimez-vous lire des réflexions d’auteur sur la littérature ou sur l’écriture ?

Bien à vous,

Madame lit

Lalonde, R. (1999). Le Monde sur le flanc de la truite; Notes sur l’art de voir, de lire et d’écrireCap-Saint-Ignace : Boréal compact.

Madame lit son modeste bilan de novembre

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Chère lectrice, Cher lecteur,

Novembre est terminé et je dois admettre que j’ai été débordée…Le travail m’accapare énormément. Depuis septembre, je suis de retour en classe à temps plein ce qui a eu un énorme impact sur mes activités. Je peux revenir à la maison autour de 19 h et j’ai beaucoup plus de travaux à corriger. Donc, c’est avec un peu de tristesse que je présente ce bilan qui se veut très modeste, voire honteux.

Voici les titres lus en novembre :

Article publié en novembre d’un livre lu en octobre :

N’hésitez pas à cliquer sur les titres pour lire ou relire ces billets!

En guise de conclusion, je vous laisse sur cette citation tirée du livre de Stefan Zweig Lettre d’une inconnue. J’ai adoré ce bouquin. Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous le recommande fortement. Je n’ai jamais pu oublier cette histoire d’amour…

Mon enfant est mort hier – c’était aussi ton enfant. C’était aussi ton enfant, ô mon bien-aimé, l’enfant d’une de ces trois nuits, je te le jure, et l’on ne ment pas dans l’ombre de la mort. C’était notre enfant, je te le jure, car aucun homme ne m’a touchée depuis le moment où je me suis donnée à toi jusqu’à cet autre où mon corps s’est tordu dans les souffrances de l’enfantement. Ton contact avait rendu mon corps sacré, à mes yeux : comment aurais-je pu me partager entre toi qui avais été tout pour moi, et d’autres qui pouvaient à peine frôler ma vie ?

J’ai d’ailleurs trouvé une adaptation cinématographique réalisée en 1948 de Lettre d’une inconnue. La voici pour votre plus grand plaisir, je l’espère.

Je vous souhaite un merveilleux mois décembre!

Bien à vous,

Madame lit

Ophuls, M. (1948). Lettre d’une inconnue [vidéo en ligne]. Récupéré de https://www.youtube.com/watch?v=LnmrE8H2AVQ

 

Madame lit «BLANC»

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img_0732Chère lectrice, Cher lecteur,

Aujourd’hui, je me permets de vous présenter un poème d’un poète d’Hawkesbury, petite ville de l’Est ontarien. Cette municipalité est située à une cinquantaine de minutes de chez moi (je vis à Ottawa).  Grâce à son recueil Les Faux-fuyants, publié en 2002, Éric Charlebois démontre qu’il sait manier la langue et il s’impose comme une figure de la relève de l’époque de la scène franco-ontarienne . J’ai choisi de vous partager un extrait de «Blanc», car ce dernier nous parle du principe de l’écriture, d’une prise de conscience par rapport à la vie et des souvenirs….

BLANC

J’écris comme on consulte un album de photos
une photographie, c’est l’existence au plus-que-parfait du subjonctif
à l’imparfait du subversif, du disjonctif

J’essaie de me souvenir
comme l’enfant de la photo en couleur essaie de survenir
il se demande quel âge il aura en 2000
quand il aura terminé et miné ses études universitaires

Il rêve d’écrire un poème autobiographique
biophotographique, autobiograffiti
Quand il aura assez vécu pour ne plus écrire au futur antérieur
de la foutaise extérieure

Il ne sert à rien de vivre
si sa vie se perd au gré du présent, de l’opalescence
de l’espace qui sépare les photos en couleur dans l’album

Le temps est blanc et hermétique
Le temps taille les images
Les images taillent l’espace
L’espace taille les mots
Les mots taillent le temps
au stylet, au stylographe, que je tiens, inerte
comme la photo en couleur de mon grand-père
qui signe le registre matrimonial de mes parents

L’encre est noire comme un abîme

Je suis seul à Chapleau (Ontario)
(C’est écrit ainsi, de façon insignifiante,
dans la postface de Maria Chapdelaine.)
C’est la postface de mon passé
Je vois des arbres
Je sens la sève des conifères
J’entends le crépitement des aiguilles qui me crèvent les yeux
laissant couler ma mémoire en un flux sanguin
qui se coagule en encre noire

Je cherche un signe postcurseur de mes souvenirs autour de moi

Je cherche une cartromancière qui me raconterait mon passé
J’ai trop longtemps cherché mon avenir dans les signes du présent

Je n’ai qu’un présent perpétuel

J’ai atteint mon avenir

J’ai éteint mon passé

Je veux que s’irise le blanc de ma mémoire

Je veux souiller ce sens trop propre

Je marche en quête d’un signe :
des arbres, des lacs, la faune, des rails.

Non

Tout est univoque

Je suis un homme qui marche

Je suis trop conscient
je ne puis me désarçonner
abruti par la gravité de l’écriture

J’ai été…
J’ai fait…

Je suis l’encre noire

Je me perds dans le présent
comme les bienheureux se perdent dans le passé
[…] (p. 19-21)

Comment avez-vous trouvé cet extrait?

Bien à vous,

Madame lit

Charlebois, É. (2002). Faux-fuyants. Hull : Le Nordir.

Madame lit «L’hiver déjà éteint la page»

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Chère lectrice, Cher lecteur,

Comme je peux apercevoir des flocons en ce moment qui tombent, j’ai été inspirée par la neige pour la citation du dimanche. Donc, je vous offre ce poème rempli de douceur, d’intimité et de possibilité… On sent le désir du poète de passer à une autre saison…

 L’hiver déjà éteint la page

L’hiver déjà éteint la page
et le sang en sait plus
envahir la neige

nos voix malgré tout
restent futures

patience à la sève
le regard déplace tant de mots

Le vent nous désigne
ici ou ailleurs
la peau choisit son autre cause
à tout hasard
une phrase essuie la vitre
et se mêle à la pluie

le reste à présent piétine
où fut la blancheur
entre l’argile et ce livre
qui n’en finit pas
d’éteindre ses pages

Christian De Silva (1937-1994)

Connaissiez-vous ce poème?

Madame lit devant des flocons…

Madame lit Le parfum de la tubéreuse d’Élise Turcotte

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Chère lectrice, Cher lecteur,

Je voulais lire Le parfum de la tubéreuse d’Élise Turcotte publié en 2015 par Alto depuis un petit bout de temps. Pourquoi? Je savais que ce livre avait comme personnage principal une professeure de littérature au collégial et qu’il pourrait y avoir des points communs entre cette dernière et moi. Tout d’abord, que raconte ce récit?

Irène, professeure de littérature, perd la vie et se retrouve du jour au lendemain à enseigner à des étudiants fantomatiques dans un bunker orangé. Elle a pu quitter le monde des vivants en apportant qu’un seul livre Dialogues en paradis (Gallimard, 1991), de l’auteure chinoise Can Xue.  Ce recueil de nouvelles lui avait été offert par son amoureux et pour elle, il représente une façon de plonger dans la connaissance et la reconnaissance dans cet enfer…

J’ai été amoureuse moi aussi. Ce n’est pas la mort qui m’a enlevé tout ce que j’ai eu, c’est la vie. Il me reste Can Xue, cette auteure au nom de plume inespéré : dernière trace de neige. C’est par elle que je sens le monde  tournoyer et redevenir rêve. On a cru me priver de nourriture en ne me donnant droit qu’à un seul livre. Mais mon emprisonnement ici me permet d’en approfondir la connaissance. Une reconnaissance, devrais-je dire. On ne peut pas m’empêcher de me transformer. (p.9).

En parallèle à cette vie dans l’au-delà, le lecteur a accès à l’histoire d’Irène de son vivant en tant que professeure dans un collège de Montréal. Irène la passionnée, Irène qui à sa façon devient un modèle de désobéissance civile car elle refuse de suivre le modèle établi et les critères institués par l’administration du collège. Elle sera victime de délation de la part d’une amie… Cette partie se déroule au printemps érable, un moment qui a marqué le Québec. Comme le mentionne la narratrice à propos de son amie délatrice :

Je dis seulement que j’avais compris sa vision, même si je ne pouvais pas l’endosser : nous étions à l’usine, il fallait pointer, enseigner ce qu’on nous disait d’enseigner, recevoir notre paye et c’est tout. Elle avait raison sur un point : être soi-même était devenu périlleux. (p. 96).

Entre ces deux mondes, il y a le parfum magique de la tubéreuse, un parfum qu’avait adopté Irène avant de mourir.

J’ai reçu ce parfum en cadeau le jour de mon dernier anniversaire. Il m’a permis de revivre l’amour. Une odeur insistante, quoique douce, trop présente mais indescriptible à la fois, qui nous avait conduits, mon amant et moi, dans une nuit de délires. Mon corps, son corps. (p. 13)

[…] il a cherché et trouvé un parfum de tubéreuse. Pas n’importe lequel. Un parfum rare, à la fois violent et doux, quelque chose d’impossible à comprendre. (p. 89)

Ce parfum fait également partie du recueil de Can Xue.

J’ouvre le livre de Can Xue à l’endroit où il est question de la tubéreuse et je caresse le mot avec mes doigts. Parfois une seule image suffit à me transformer. (p. 11)

Un enseignement différent

De son vivant, Irène a été un modèle de désobéissance en rompant avec la norme. Elle tente d’inculquer à ses élèves que ces derniers soient morts ou vivants un éveil, une envie de voir autrement, un désir de sentir différemment le parfum de l’art poétique. Au bout de la route, l’important n’est-il pas de rester soi-même? La littérature peut-elle assurer un certain salut? Les livres peuvent-ils enseigner un modèle de désobéissance civile? Voici ce qu’Irène mentionne dans la mort :

Mes élèves viennent d’entrer.

J’ai envie de leur raconter. Que Can Xue écrit pour se venger, pour exhaler des bouffées de miasmes. Cela irait à l’encontre de tout ce qu’ils ont appris. La littérature concevable et guérisseuse. Je choisis plutôt, pour l’instant, de leur parler de la couleur rouge et des ginkgos.

-«La poésie te charme, écrit Can Xue en exergue du premier dialogue. Elle te charme, afin que tu crées des miracles». Que veut-elle dire? (p. 30)

Déterminée à communiquer sa passion du pouvoir des mots, Irène ne cesse de croire que la littérature peut dévoiler un modèle de résistance… La résistance à travers la pensée de Can Xue, de Marie Shelley et bien d’autres… Comme elle le fait remarquer :

Le soir venu, pour mon plaisir, j’entretiens la pensée que même dans la mort, je suis désobéissante. (p. 81)

Donc, j’ai beaucoup apprécié cette lecture… Comme professeure, je ne vous cacherai pas que j’ai eu à transiger avec un questionnement par rapport aux valeurs institutionnelles d’un certain modèle scolaire et les miennes qui sont intimement rattachées à la littérature…

Pour lire cette histoire, il faut accepter que cette dernière nous échappe, nous entraîne ailleurs dans une vision onirique de notre existence… Il faut se permettre de rêver à nouveau avec Irène afin que la magie de l’enseignement opère une fois de plus…Et enfin, grâce à Élise Turcotte, nous pouvons croire encore à la beauté de l’enseignement de la littérature dans ce siècle qui tend à la discréditer.

Connaissez-vous des livres qui vous ont fait réfléchir par rapport aux valeurs de la société qui sont opposées aux vôtres dans le cadre de votre travail?

Bien à vous,

Madame lit

Turcotte, É. (2015). Le parfum de la tubéreuse. Québec : Alto.

Madame lit Marie Calumet de Rodolphe Girard

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Chère lectrice, Cher lecteur,

Dans le cadre du défi littéraire organisé par le Fil rouge, en octobre, il fallait lire un classique de la littérature québécoise. J’ai regardé dans ma bibliothèque pour trouver un bouquin que je n’avais pas encore lu et dont je n’avais pas parlé sur ce blogue. Mon choix s’est porté sur Marie Calumet de Rodolphe Girard, roman publié pour la première fois en 1904, inspiré par une chanson folklorique grivoise. Lors de sa sortie, ce livre a fait scandale et a attiré la foudre du clergé car il rompait avec le roman du terroir (genre littéraire québécois qui vantait, entre autres,  la vie des colons ou des paysans à la campagne. Ces derniers étaient présentés comme des habitants heureux et en harmonie avec Dieu et la nature). Rodolphe Girard a même perdu son emploi de journaliste à La Presse à cause de son bouquin.

Que raconte Marie Calumet?  Dans ce livre, le lecteur suit l’arrivée de Marie Calumet dans le village imaginaire de Saint-Ildefonse. Elle s’installe au presbytère à titre de gouvernante. Cette dernière n’a pas la langue dans sa poche et elle possède un physique rustique. Très vite, elle est remarquée par le bedeau du village et par l’homme à tout faire du curé Flavel. Entre les deux hommes s’installe une rivalité car ils veulent conquérir le cœur de la ménagère.

Entrer dans cet univers, c’est aller à la rencontre de situations très drôles. Rodolphe Girard décrit d’une façon très réaliste la vie des habitants de la paroisse agricole. Il faut lire ce chapitre  où  Marie Calumet, après une escapade à Montréal pour aller se faire photographier, décide de porter une crinoline pour la fête du village et il lui arrive un malheur…Elle montre malgré elle ses atouts les plus secrets… Pas facile pour une honnête femme comme elle dont la fonction sociale est d’être la ménagère du curé… Il semblerait qu’à l’époque cette scène aurait choqué l’archevêque de Montréal…

Un autre moment mémorable est sans aucun doute l’utilisation d’un laxatif lors du repas de mariage de Marie Calumet. L’amoureux rejeté décide de se venger en mettant du laxatif dans le repas de noce et les invités quittent un par un la table pour se rendre à l’extérieur…

Lire ce récit c’est aussi aller à la rencontre de québécismes… Je dois vous dire que j’avais une édition avec des explications des termes pour me faciliter la compréhension de ces derniers. Voici des exemples de québécismes :

-C’te pintocheux, c’te lôfeur-là, répétait-elle cent fois le jour à Suzon, est ainque bon qu’à brosser avec des pas plus drôles que lui. Le fignoleux, i faraude toutes les filles du village et des paroisses d’en haut et d’en bas. Avec des gens comme ça, i a pas de fiatte à avoir et, si j’étais de m’sieu le curé, je l’laisserais seulement pas aborder le presbytère. (p. 51)

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Donc, si vous voulez lire ce récit, il faut posséder une édition avec des définitions car vous serez sans aucun doute déstabilisé…

Mais encore, cette histoire s’avère riche en vocabulaire. Rodolphe Girard savait manier sa plume pour amener son lecteur au cœur de la vie des gens à la campagne en décrivant leurs repas, leurs animaux ou encore leurs mœurs et leurs coutumes. Par exemple, voici comment il parle de l’émotion habitant les gens du village lors de l’arrivée de l’évêque du diocèse.

La visite pastorale, c’est l’une des grandes fêtes religieuses du calendrier ecclésiastique du village, et malheur à l’imprudent dont l’audace chercherait à en amoindrir l’importance. Jamais empereur victorieux rentrant à Rome, sur son char de triomphe traîné par des chevaux de neige; jamais roi franc, revenant dans sa bonne ville de Paris d’une bataille heureuse, monté sur son destrier, tout caparaçonné d’or; jamais thaumaturge, mettant le pied sur une plage hospitalière précédé par le bruit de ses miracles, ne furent acclamés avec l’exaltation qui accueille dans nos campagnes un évêque en tournée pastorale.

À l’aube de ce grand jour, Marie Calumet fut la première villageoise à mettre la tête à la fenêtre.  Elle voulait s’assurer qu’il allait faire beau. (p. 54-55).

Donc, si vous voulez lire un classique de la littérature québécoise qui a marqué l’histoire en rompant avec le style traditionnel du roman du terroir, je vous encourage à plonger dans cette histoire qui m’a fait beaucoup rire… et pour cette langue qui jongle par souci de réalisme avec des anglicismes, des québécismes, des canadianismes et des expressions populaires de l’époque. Mais encore, Rodolphe Girard n’a pas hésité à employer l’ironie pour dénoncer peut-être l’emprise du clergé ou pour dévoiler le côté pathétique de certaines situations de la vie à la campagne.

Aimeriez-vous lire un récit avec des expressions québécoises?

Bien à vous,

Madame lit

Girard, R. (2007). Marie Calumet. Montréal : Beauchemin, Chenelière Éducation.

 

Madame lit une pensée pour Leonard Cohen

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Chère lectrice, Cher lecteur,

L’Amérique vit des moments très difficiles cette semaine… Nos réveils sont pénibles…  Après l’élection de Trump qui ne cesse de me hanter, de m’effrayer, de me désoler, voici que notre bel oiseau, notre poète québécois, s’est éteint… Je suis sans mots… Sa voix résonne dans mon cœur, dans ma tête, dans mon âme… Sa voix qui réussit à chasser la laideur du monde, à éclairer les ténèbres envahissant notre humanité, à me faire frissonner l’espace d’un mumure…

Dance me to your beauty with a burning violin
Dance me through the panic ’til I’m gathered safely in
Lift me like an olive branch and be my homeward dove
Dance me to the end of love
― Leonard Cohen

Alors, je dis à mon bel oiseau que je le remercie pour tant de beauté, de grâce et de profondeur…

Like a bird on the wire,
like a drunk in a midnight choir

I have tried in my way to be free.
Leonard Cohen

Mon drapeau est en berne… je regarde le ciel et je l’écoute dans tous les silences de mes temps… toujours…

Bien à vous,

Madame lit

 

Madame lit une citation de Michel Tremblay

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Tremblay.JPGChère lectrice, Cher lecteur,

Permettez-moi aujourd’hui de vous partager un extrait de Douze coups de théâtre de Michel Tremblay. J’ai lu ce livre lors de mes études universitaires et je dois avouer que ce dernier est probablement celui que me touche le plus de notre dramaturge et écrivain. Pourquoi? Tout simplement parce que Tremblay nous ouvre la porte de son enfance, de son adolescence. Il se livre en explorant ses souvenirs les plus touchants, les plus marquants… Il réussit à nous émouvoir, à nous faire sourire, à nous expliquer la vie… Il nous décrit son existence sur le plateau Mont-Royal, à Montréal, dans les années cinquante. Donc, je vous présente ce passage où le père de Michel lui parle de sa surdité et du fait qu’il continue de regarder la télévision malgré tout. Le père explique à son fils qu’après avoir visionné Un simple soldat de Marcel Dubé à la télévision, il ne souhaite plus renouveler l’expérience. C’est sans aucun doute le moment que j’affectionne le plus dans ce récit… Un instant d’une rare intensité….

Au cas. Au cas où j’en entendrais des bouts. On sait jamais. Avant, quand y montraient pas le personnage qui parle, je finissais par comprendre pareil, j’entendais des petits bouts pis je devinais le reste… Mais là… Tout ce que je peux faire c’est lire sur les lèvres des acteurs à condition qu’on les voye parfaitement de face. Quand y sont de profil ou ben donc quand on les voit pas pantoute…. J’ai pas compris grand-chose à la pièce de théâtre, à soir, Michel. C’est la première fois. C’est la première fois que je réussis même pas à suivre l’histoire. Comment ça se fait que c’était un soldat, lui, y’a  pas de guerre! Pis ça se passait pas dans les années quarante, y disaient dans les journaux que ça se passait aujourd’hui… De quelle guerre y’arrivait? Pis pourquoi sa mère l’aimait pas? Pis pourquoi y’avait des problèmes avec son père? Pis Béatrice Picard, là, c’tait-tu sa sœur? Pourquoi y vargeait comme ça dans la porte de la chambre de ses parents?

Il leva la tête brusquement. Comme un enfant qui sursaute devant une injustice particulièrement cuisante.

J’pourrai pus jamais regarder la télévision. Vous pourrez baisser le son complètement, si vous voulez, demain.  (p. 117-118).

Connaissez-vous l’univers romanesque ou théâtral de Michel Tremblay?

Comment avez-vous trouvé cet extrait?

Bien à vous,

Madame lit

Tremblay, M. (1992). Douze coups de théâtre. Montréal : Leméac.

 

Madame lit son bilan d’octobre 2016!

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Chère lectrice, Cher lecteur,

Octobre avec sa beauté, ses odeurs, ses vents, nous quitte déjà… Et oui, un mois rempli de surprises, de tâches professionnelles, de découvertes… J’ai été surtout habitée par le sentiment de la performance en octobre… Il me faut performer pour être en mesure de remettre les corrections à temps aux étudiants, performer en ce qui concerne l’entretien de la maison, performer par rapport à ce blogue qui m’apporte du plaisir…Donc, une émotion axée sur la production!

Je n’ai pas lu autant que j’aurais voulu en octobre. Ce n’est que partie remise! Alors, voici les titres des bouquins lus au fil de mes jours en octobre :

J’ai reçu des confirmations d’abonnement à mon blogue aussi en octobre et je profite de ce bilan pour souhaiter la bienvenue aux nouveaux abonnés et remercier ceux et celles qui prennent le temps de lire mes billets. Je l’apprécie…Vos visites sur ce blogue me donnent le courage de continuer et de persévérer dans cet univers virtuel.

En cette journée d’Halloween, je vous laisse sur cet extrait d’Anne Hébert tiré de son poème «En guise de fête» que j’aime toujours présenter pour le 31 octobre…

Le monde est en ordre
Les morts dessous
Les vivants dessus.

Les morts me visitent
Le monde est en ordre
Les morts dessous
Les vivants dessus.

Les morts m’ennuient
Les vivants me tuent.

Bien à vous,

Madame lit

Sorcière

Madame lit un poème d’amour

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Pas facile de formuler ce que tu as changé pour moi.
Si je suis en vie maintenant, j’étais morte alors

Chère lectrice, Cher lecteur,

Avant la journée d’Halloween, j’ai pensé à vous partager ce magnifique poème de Sylvia Plath… Pourquoi ? Pour moi, cette poétesse parle comme personne de la vie, de l’amour, de la mort… Elle puise dans l’essence même de ses émotions pour aller chercher des images relevant de l’indicible, de l’innommable, du maudit…  Elle emporte son lecteur avec elle dans un tourbillon où le sacré valse avec le profane au nom de l’amour…

Lettre d’amour

Pas facile de formuler ce que tu as changé pour moi.
Si je suis en vie maintenant, j’étais morte alors,
Bien que, comme une pierre, sans que cela ne m’inquiète,
Et je restai là sans bouger selon mon habitude.
Tu ne m’as pas simplement un peu poussée du pied, non —
Ni même laissé régler mon petit œil nu
À nouveau vers le
ciel, sans espoir, évidemment,
De pouvoir appréhender le bleu, ou les étoiles.

Ce n’était pas ça. Je dormais, disons : un serpent
Masqué parmi les roches noires telle une roche noire
Se trouvant au milieu du hiatus blanc de l’hiver —
Tout comme mes voisines, ne prenant aucun plaisir
À ce million de joues parfaitement ciselées
Qui se posaient à tout moment afin d’attendrir
Ma joue de basalte. Et elles se transformaient en larmes,
Anges versant des
pleurs sur des natures sans relief,
mais je n’étais pas convaincue. Ces larmes gelaient.

Chaque tête morte avait une vision de glace
Et je continuais de dormir, repliée sur moi-même.
La première chose que j’ai vue n’était que l’air
Et ces gouttes prisonnières qui montaient en rosée,
Limpides comme des esprits. Il y avait alentour
Beaucoup de pierres compactes et sans aucune expression.
Je ne savais pas du tout quoi penser de cela.
Je brillais, recouverte d’écailles de mica,
Me déroulais pour me verser tel un fluide
Parmi les pattes d’
oiseaux et les tiges des plantes.
Je ne m’y suis pas trompée. Je t’ai reconnu aussitôt.

L’arbre et la pierre scintillaient, ils n’avaient plus d’ombres.
Je me suis déployée étincelante comme du verre.
J’ai commencé de bourgeonner tel un rameau de mars :
Un bras et puis une jambe, un bras et encore une jambe.
De la pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.
Maintenant je ressemble à une sorte de dieu
Je flotte à travers l’air, mon âme pour vêtement,
Aussi pure qu’un pain de glace. C’est un don.

Comment trouvez-vous ce poème d’amour?

Bien à vous,

Madame lit