Madame lit La vie devant soi de Romain Gary

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Chère lectrice, Cher lecteur,

Entrer dans La vie devant soi de Romain Gary (Émile Ajar), c’est pénétrer dans un univers empreint d’humanisme… C’est aller à la rencontre de Momo, un jeune arabe élevé par Madame Rosa, une vieille juive, incapable de gravir les six étages pour se rendre à leur appartement car elle est malade. Madame Rosa s’occupe des enfants de prostituées depuis des années et elle s’accroche à la vie car c’est tout ce qu’il lui reste. Elle n’a jamais abandonné Momo aux bons soins de l’Assistance publique même si elle ne reçoit pas un sou en guise de pension et Momo ne la laissera pas devenir un légume à l’hôpital car elle s’absente de plus en plus et ses instants de lucidité sont comptés. C’est leur histoire d’amour qui est racontée… Un amour entre deux êtres que tout a réuni car c’est un peu ça la vie… Deux êtres qui prennent soins l’un de l’autre bon gré mal gré…Autour de Momo et de Madame Rosa, il y a M. Hamil, un ancien vendeur de tapis de 85 ans qui est toujours accompagné de son bouquin de Victor Hugo, Madame Lola la travestie, le docteur Katz et M. Walouba, les frères Zaoum et bien d’autres encore… Ce sont autant d’êtres hétéroclites gravitant autour du duo Momo et Madame Rosa qui animent les pages de ce récit…

Ce roman s’avère de toute beauté… Bien sûr la mort est omniprésente. Elle s’infiltre un peu partout… Que ce soit par le biais de références à des drames historiques comme la déportation des Juifs ou encore à travers la maladie, le meurtre, la décrépitude du corps, la Grande faucheuse marque la vie de ces êtres qui cherchent toutefois à être heureux avant de partir…

J’étais tellement heureux que je voulais mourir parce que le bonheur il faut le saisir pendant qu’il est là. (p. 96)

L’auteur nous prend aux tripes avec le petit Momo qui a tantôt 10 ans et puis 14 ans. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai souri, j’ai réfléchi avec lui… Ce Momo en connaît déjà beaucoup sur la vie et son sens pour son jeune âge et bien des personnes n’ont pas sa perception, sa gravité, son intelligence et sa capacité à aider et à aimer son prochain…

Monsieur Hamil dit que l’humanité n’est qu’une virgule dans le grand Livre de la vie et quand un vieil homme dit une connerie pareille, je ne vois pas ce que je peux y ajouter. L’humanité n’est pas une virgule parce que quand Madame Rosa me regarde avec ses yeux juifs, elle n’est pas une virgule, c’est même plutôt le grand Livre de la vie tout entier, et je veux pas le voir. J’ai été deux fois à la mosquée pour Madame Rosa et ça n’a rien changé parce que ce n’est pas valable pour les Juifs. (p. 102)

La force de ce roman repose entre autres sur le lien entre Momo et Madame Rosa. Au-delà de la maladie, de la mort, de la faim, de l’argent, il y a la solidarité unissant les êtres habitant l’immeuble. Si la mort est inévitable, si la maladie éclate au fil des pages, il y a cependant le regard de cet enfant qui s’ouvre à la vie et celui d’une vieille femme qui doit fermer ses yeux pour rejoindre l’éternité à travers les larmes de l’un, puis de l’autre. Comme le mentionne le docteur Katz :

Il ne faut pas pleurer, mon petit, c’est naturel que les vieux meurent. Tu as toute la vie devant toi. (p. 133)

La vie devant soi de Romain Gary est un magnifique roman qu’il faut lire ou relire pour s’abreuver à la beauté des mots, à la joie de vivre de Momo, à sa sincérité et à son humanisme… Je vous laisse avec ce sublime extrait :

Je me suis assis sur le tabouret à ses pieds et je lui ai pris la main avec gratitude, après ce qu’elle avait fait pour me garder. On était tout ce qu’on avait au monde et c’était toujours ça de sauvé. Moi je pense que lorsqu’on vit avec quelqu’un de très moche, on finit par l’aimer aussi parce qu’il est moche. (p. 202)

Avez-vous déjà lu ce bouquin ayant remporté le Prix Goncourt en 1975?

Bien à vous,

Madame lit

Gary, R. (2013). La vie devant soi. Paris : Mercure de France, coll. Folio.

 

Madame lit un hommage à Gabrielle Roy

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Pour ce qui est des Karpoff, figurez-vous, nous avons acheté un petit chalet à la Petite-Rivière-Saint-François, le petit chalet des Laberge, voisin de la chapelle de l’abbé Victor. Vous en souvenez-vous : c’est un petit cottage blanc au bord de la falaise. La vue est splendide, la plus belle de la côte à mon avis. Il y a quelques inconvénients, mais dans l’ensemble nous sommes contents de notre achat à prix modéré. (Gabrielle Roy, Lettre à Cécile Chabot, le 10 juin 1957).

Chère lectrice, Cher lecteur,

Cet été, je suis allée à Petite-Rivière-Saint-François, municipalité située dans Charlevoix, et je me suis rendue au chalet de Gabrielle Roy pour le photographier. Cette illustre écrivaine québécoise a passé les trente derniers étés de sa vie dans Charlevoix, à arpenter la voie ferrée, à marcher sur les battures, à observer le fleuve, à parler avec sa voisine Berthe, à lire, à écrire, à partager son temps avec les artistes de la région, à vivre tout simplement. C’est à cet endroit qu’elle a rédigé un grand nombre de ses romans.

De surcroît, Gabrielle Roy a remporté de nombreux prix durant sa carrière. Par exemple, seulement pour Bonheur d’occasion, elle s’est vu décerner le Prix du Gouverneur général du Canada, elle a gagné le Prix Femina en France en 1947 et elle a obtenu une médaille de l’Académie canadienne-française. Son œuvre est ainsi couronné de reconnaissance…

Alors, je la considère comme une très grande écrivaine et une Charlevoisienne puisque c’est bien dans ma région qu’elle a vécu en se laissant bercer par le chant du Saint-Laurent…

Comme citation, je vous offre une vidéo réalisée par M. Robert Benoit que je remercie bien chaleureusement et vous pourrez m’entendre lire un extrait de Cet été qui chantait, recueil de nouvelles qu’elle a dédié, entre autres, aux gens de Charlevoix…Vous allez également apercevoir son petit chalet blanc ainsi que la vue qu’elle avait du fleuve…

 

Que pensez-vous de cet hommage à cette grande écrivaine qui a passé de si beaux étés dans la région où je suis née? Car derrière l’été, comme le dirait si bien Gabrielle Roy, il y a l‘éblouissante révélation de toutes choses…

Bien à vous,

Madame lit

 

Madame lit des extraits sur le Saint-Laurent

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Chère lectrice, Cher lecteur,

Aujourd’hui, permettez-moi de vous partager une très belle vidéo réalisée par M. Robert Benoit, que je remercie d’ailleurs, à partir de photos que j’ai prises du fleuve Saint-Laurent au cours de mes étés dans Charlevoix. Je vous invite à la regarder (il se peut que le téléchargement soit un petit peu long, mais l’attente en vaut le coup).

J’aime beaucoup la majesté de ce cours d’eau… ses couleurs, son bruit, son odeur…Pour accompagner cette vidéo, voici un extrait que j’ai rédigé il y a plusieurs années. J’étais inspirée à l’époque par la région de Charlevoix et par le fleuve Saint-Laurent :

Elle me parle du vent très doux de l’été, du murmure des érables, de la protection des montagnes et du sel. Un sel s’emparant de l’air, du sable, de l’eau. Un sel incommensurable. Lorsqu’elle était petite, elle faisait de longues promenades sur la voie ferrée qui surplombait le fleuve. Passé et avenir se rencontrant pour n’appeler qu’une seule direction. Derrière elle, il y avait l’immensité du monde et devant elle, l’eau et les rochers. M… adore les rochers lorsque la marée est basse à Petite-Riv… Ils se dressent, formes rondes, dans la ligne du temps, guerriers d’un siècle à découvrir. Petites taches brunes dans le fleuve, immobilisées dans le temps. Elle me raconte des histoires tristes à propos des rochers. Des histoires d’amants prisonniers de la marée sur ces roches. Ces dernières sont d’une rondeur parfaite. C’est comme si Dieu avait tracé un chemin derrière lui pour se rendre à l’éternité. M… mentionne les randonnées très longues qu’elle faisait et où elle apprenait à parler avec les goélands, les chats errants et les corneilles. Tout était si simple et apaisant. M…signale qu’il ne faut pas oublier l’odeur du varech à marée basse. Cette odeur est imprégnée dans sa chair, se promène dans ses veines et imbibe sa chevelure. Tout comme le bleu du ciel de Petite-Riv…. Un bleu qui s’empare du décor, qui souffle sur la laideur du monde pour adoucir le désespoir. Rien que du bleu, un bleu infini unissant le ciel et la mer.

Ou encore, comme le mentionne si bien Marie Uguay, une grande poétesse québécoise décédée trop jeune :

 Tout s’ouvre sur la mer
et s’étale jusqu’à l’essoufflement du regard
Du plus profond émerge chaque vague
comme un chant séculier

Alors, j’espère que vous avez aimé cette vidéo et ces extraits afin de souligner la beauté de la vie à travers le chant de la mer…

Bien à vous,

Madame lit

Madame lit les titres de ses achats pour le 12 août

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Chère lectrice, Cher lecteur,

Comme vous le savez, je participe depuis l’année dernière à l’événement Le 12 août, j’achète un livre québécois. À cet égard, cet avant-midi, je me suis rendue à la Librairie du soleil à Gatineau, dans le secteur Hull, où j’ai été très bien accueillie. Je me suis procurée deux livres… et oui, j’ai craqué pour un deuxième. Alors, comme mentionné dans un ancien billet, j’ai acheté Le parfum de la tubéreuse d’Élise Turcotte publié aux Éditions Alto. Ce récit raconte l’histoire d’une professeure de littérature dans un collège de Montréal. J’ai vraiment hâte de lire ce bouquin. Aussi, ce matin, quelqu’un a parlé sur mon blogue de La fiancée américaine d’Éric Dupont publié aux Éditions Marchand de feuilles. En me promenant dans la Librairie du soleil, je suis tombée par hasard sur ce dernier qui était mis en évidence dans un présentoir de livres québécois pour le 12 août. À l’intérieur, il y avait un signet qui mentionnait de la part du libraire : «Un des meilleurs romans que j’ai lu dans ma vie! Trois générations de femmes qui vivent la vie à leur façon». Donc, j’ai été séduite et j’ai aussi remarqué que ce roman avait remporté le prix des libraires du Québec et le prix des collégiens… À découvrir! Deux blogueuses ont aussi participé à l’événement et je vous partage le lien de leur blogue relié à leur achat! N’hésitez pas à aller jeter un coup d’œil à leur blogue que je visite toujours avec beaucoup de plaisir!

Si vous avez participé à l’événement, vous n’avez qu’à ajouter le titre de votre achat dans les commentaires avec le lien Web de votre chronique.

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De surcroît, les libraires ont préparé un bien utile petit cahier intitulé Littérature québécoise; Nos incontournables. À l’intérieur de ce dernier, nous pouvons retrouver beaucoup de romans qui apparaissent dans la liste de mes coups de cœur québécois. Mais encore, je tiens à vous partager un extrait rédigé par Robert Lalonde, un grand écrivain québécois, et il est tiré de ce petit cahier. Son texte se nomme «L’air, l’eau, la terre, le ciel et le désir d’être heureux». Je me retrouve énormément dans ce passage…J’espère qu’il vous plaira aussi.

 Il en irait comme ça pendant des années : je serais plus liseur que viveur, c’est-à-dire que j’apprendrais à faire semblant d’appartenir aux autres, les soi-disant proches, accordant par ailleurs toute mon attention aux mots de chers inconnus qui allaient s’avérer mes complices les plus sûrs. Avec eux, j’allais peu à peu convenir sans m’écarteler de la difficulté et de la merveille de vivre, et cela sans me conter d’autre histoire que celle que nous composions ensemble, dans une espèce de libre et folle aventure à laquelle nous ne comprenions rien, mais qui nous paraissait la bonne, la vraie, la seule.

Le reste est littérature, et pour cause : elle seule nous empêche d’adhérer à la terrible, la traître, la destructrice vision commune. Elle seule nous permet de reconnaître que rien de ce qui est humain ne nous est étranger. Elle seule, comme l’écrit si bien Boris Pasternak, permet de percevoir les éléments dont la vie est composée, l’air, l’eau, la terre, le ciel et le désir d’être heureux.

Alors, quel livre québécois avez-vous acheté?

Au plaisir de vous lire!

Bien à vous,

Madame lit

Madame lit un événement littéraire!

Un simple petit rappel! Demain, c’est déjà le 12 août !!! Au Québec, cette journée se veut une célébration de la littérature québécoise. Ainsi, le public est invité à acheter un livre afin d’appuyer les écrivaines et les écrivains d’ici. Je vous présenterai donc mon achat et j’espère connaître le vôtre! Encourageons la littérature québécoise et célébrons la richesse de ses auteurs! Au plaisir de discuter avec vous demain de votre achat!

Madame lit

12_aout_2016

Chère lectrice, Cher lecteur,

Depuis l’année passée, je participe à l’événement Le 12 août, j’achète un livre québécois!

En 2015, je vous avais recommandé comme achat Volkswagen blues de Jacques Poulin. Cette année, je vous réfère à ma liste des 10 bouquins québécois que je considère essentiels à explorer. N’hésitez pas à la lire en cliquant sur Liste des 10 livres essentiels.

Mais encore, j’ai lu dernièrement La chambre verte de Martine Desjardins, un roman tout en ironie et j’ai plongé également dans l’émouvant récit de Christine Eddie Je suis là… Deux autres suggestions qui pourraient vous plaire…

Je vous lance bien humblement l’invitation à vous joindre à moi et à participer à cette journée pour faire rayonner la littérature québécoise et pour encourager les artistes d’ici…

De mon côté, je vais certainement me laisser tenter par Le parfum de la tubéreuse d’Élise Turcotte publié aux Éditions Alto.

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Madame lit Être de Raison

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Ëtre de raisonChère lectrice, Cher lecteur,

M. Hervé Bourgois est entré en communication avec moi en me faisant parvenir son livre Être de Raison et je le remercie de sa confiance. Je lui ai répondu que je lirais son récit d’ici la fin de l’été. J’ai ainsi le plaisir de vous en parler. Que raconte cette histoire?

Un homme d’un certain âge, Alain, décide de vendre son appartement parisien et en attendant que la vente se concrétise, il s’installe dans une chambre de bonne. Assis sur un banc, il fait la rencontre d’une jeune étudiante en droit,  Émilie, mal dans sa peau, en peine d’amour et il se noue d’amitié avec cette dernière. Entre les deux acolytes se développent une relation amicale, puis amoureuse. Au fil du temps, Alain discute avec Émilie de sa conception du monde bien qu’il ait décidé de se retirer du mode de vie occidental car il n’est plus en accord avec les valeurs associées à ce dernier. C’est un testament de la vie qu’il semble lui léguer à travers des discussions sur la société, la réalité humaine, les mythes, l’amour, le déterminisme, le libre-arbitre, les comportements, etc.

Pour moi, ce livre se structure comme un roman d’apprentissage. Ainsi, Alain en parlant avec Émilie  façonne sa conception du monde et sa perception de l’existence. Il l’amène donc à penser comme lui. En ce sens, le lecteur suit le développement d’Émilie à travers les différents sujets abordés par Alain. Par exemple, lorsqu’Alain et Émilie conversent sur la réalité non humaine, l’homme mentionne :

 -Nous avons inventé un concept, celui d’univers qui englobe tout ce qui existe. Nous ne savons pas pourquoi il existe, certains pensent qu’il a été créé par Dieu, ni pourquoi il est ainsi. Nous sommes issus de l’univers, cela signifie qu’à une certaine période nous n’existions pas, donc qu’il est en mouvement, puisqu’à deux instants différents, le tout n’est pas le même. Pour exister, il faut que nous soyons adaptés au mouvement de l’univers, nous en sommes dépendants. La terre est soumise aux lois de l’univers, elle subit les forces gravitationnelles, la lumière du soleil… Les êtres vivants sont dépendants de la terre, ils se sont adaptés à son mouvement, donc à celui de l’univers, ils respirent l’oxygène créé par le mouvement, ils s’adaptent aux autres êtres vivants crées par le mouvement…Nous sommes issus du mouvement, nous en faisons partie. (p. 43)

De plus, le narrateur se présente comme celui qui éduque Émilie mais il tente également de le faire avec son lecteur. Il cherche à transmettre le plus d’explications possibles afin de permettre à l’instance lectrice de mieux cerner les concepts reliés à la Raison à travers une discussion entre deux êtres.

Le livre aborde le Mythe de l’Amour par le biais d’Alain et d’Émilie mais aussi à travers des références à L’amour au temps du choléra, à L’éducation sentimentale à La Dame aux camélias ou à La Traviata.

Le lecteur en arrive à comprendre en autres que l’amour se reconnaît surtout à travers le manque de l’autre… Comme le mentionne le narrateur :

C’était un tout, Émilie était une abstraction à part entière que je différenciais des autres, j’avais établi une relation qui nécessitait une communication, donc des comportements que j’associais à des justifications. C’était la relation qui me manquait car Émilie n’était que la réalité humaine que j’associais à mes perceptions. (p. 120)

En ce sens, si vous avez envie de plonger dans un bouquin qui s’apparente aux caractéristiques des romans d’apprentissage et à suivre les discussions pour le moins philosophiques entre deux personnages, je vous invite à lire Être de Raison. Le travail de l’écrivain s’avère sérieux et réfléchi.

Je remercie encore M. Robert Benoit d’avoir lu cette histoire en même temps que moi et de m’avoir partagé ses impressions qui m’ont permis de mener à bien cette chronique!

Aimez-vous les romans qui abordent des notions philosophiques?

Bien à vous,

Madame lit

Madame lit «Sensation»

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Chère lectrice, Cher lecteur,

Pour célébrer le magnifique été qui se déroule, je vous présente le poème «Sensation» d’Arthur Rimbaud.

Sensation

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la nature, heureux comme avec une femme.

Arthur Rimbaud, mars 1870.

J’ai toujours beaucoup aimé la douceur de ces vers, la sérénité se dégageant du marcheur en fusion avec la nature…

De surcroît, j’ai trouvé sur YouTube cette vidéo où la voix de Robert Charlebois épouse à merveille les vers de Rimbaud…

Que pensez-vous de cet extrait sur l’été?

Bien à vous,

Madame lit

Adamfulgence. (2010, 3 mai). Robert Charlebois-Sensation. Récupéré de https://www.youtube.com/watch?v=fjzlT_x0LaY.

Madame lit Douze chansons pour Évelyne

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Chère lectrice, Cher lecteur,

Douze chansons pour Évelyne raconte une histoire d’amour… Antoine Bourque se retrouve du jour au lendemain sans celle qu’il aime. Évelyne a disparu, sans avoir rompu, sans laisser de traces, sans un mot. Elle l’a quitté après avoir sillonné avec lui les routes de l’Amérique. Il se réfugie alors dans les bois et il lui rédige douze chansons. Ensuite, il remet ces dernières à son directeur artistique et il s’enfuit à Tokyo où il rencontrera le professeur Aoki et l’envoutante Akiko. Réussira-t-il à retrouver celle qu’il aime ou à l’oublier?

Plusieurs éléments s’entrecroisent dans ce roman comme le sexe, les souvenirs, les voyages, les conversations entre amis, les filles, l’art, etc.

Les voyages d’Antoine

Fredric Gary Comeau signe avec ce roman un véritable road novel. Il entraîne son lecteur, grâce à Antoine, chanteur et poète acadien, aux États-Unis, au Mexique, au Japon, au Portugal… Ce livre en est un pour voyager à l’intérieur d’un homme brisé, peiné, en manque de celle qu’il aime. Un livre pour voyager et vivre avec ce dernier ses aventures sexuelles… Un livre pour aller à la rencontre de ses amis à travers les trajectoires… Un livre pour s’évader dans le temps, sans frontières intérieures et extérieures… Un livre de la quête identitaire d’un troubadour en mal d’amour…. Voici comment le présente son ami :

J’étais, en quelque sorte, un prince. Mais même un prince n’a aucune chance face à un troubadour, un esprit léger sans attaches qui sait charmer avec conviction, même sans croire un traître mot de ce qu’il dit et surtout de ce qu’il chante. C’était ça, son pouvoir, à Antoine. C’était ça, son véritable talent. Se foutre éperdument des sentiments des autres, de l’avenir, de la permanence. (p. 117)

Ses différents voyages sont reliés par un fil invisible… C’est ce que le lecteur découvre page après page jusqu’à la toute fin, au Portugal…

L’amour    

Ce récit se veut un livre d’un homme en manque de celle qu’il aime, Évelyne, sa ballerine, celle qui danse désormais au bal des absentes. Il la cherche, il tente de l’exorciser, de la rendre immortelle à travers ses chansons et un recueil de poésie…

Je l’ouvre, j’inscris le titre Sans elle, je le dédie à Évelyne, ma grande absente, et je numérote les pages. J’ai cette manie depuis toujours. C’est comme une manière de tracer mon chemin avant de le parcourir, je crois. (p. 48)

Mais c’est aussi un homme qui réalise qu’il ne peut vivre sans elles, toutes ces femmes qu’il a connues et aimées… à l’image du titre du recueil de poésie…

Je hurle. Elle ne m’entendra pas, mais je hurle quand même. Je hurle non seulement pour elle mais pour toutes les filles que j’ai connues et perdues, toutes les âmes instables que j’ai voulu mêler à la mienne. Je hurle, car je ne sais comment exister sans elles. Si je creuse et creuse dans mes souvenirs, si je trouve la voie souterraine, à travers rocs et sédiments, jusqu’à l’essence de ce que je suis, au fondement de ce qu’on pourrait appeler ma personnalité, il y a les filles. (p. 260)

Un livre qui se veut une rencontre entre un homme et son passé…afin qu’il se retrouve et qu’il apprenne à se connaître à travers le visage de l’amour…

Par ailleurs, un des leitmotivs de ce roman est tiré d’Hiroshima, mon amour de Marguerite Duras, un de mes romans d’amour préférés :

«-Tu n’as rien vu à Hiroshima, rien.»
-«J’ai tout vu».

Donc, ce bouquin se présente comme celui d’un grand séducteur confronté aux différents visages aimés… Vertige de l’amour me direz-vous? Oui…

L’écriture

L’auteur, par le biais de son personnage principal, propose également une réflexion sur le processus d’écriture.  Antoine écrit sur Évelyne, sur ses émotions. Il se réfugie dans divers endroits pour rédiger. Il explique ainsi l’acte d’écrire :

– Pour moi, l’écriture, c’est quelque chose d’extrêmement intime. C’est un acte privé, à la limite du sacré. C’est comme la seule forme de religion qui me reste. Quand il y a communion, c’est en silence, entre la page et le lecteur, en différé. Le lecteur prendra ce qu’il voudra et me laissera le reste. C’est comme ça que nous communiquons, si la communication existe. (p. 125)

Devrais-je vous recommander ce livre? Oui. L’écriture de ce roman est loin de la forme classique, mais il ouvre les portes sur un être passionné… Alors, si vous avez envie de voyager avec Antoine et de vous laisser porter par les mots de l’auteur cet été, il ne faut pas hésiter… J’ai passé un très bon moment avec cet être de l’excès, le temps de douze chansons…

En fouillant dans Internet, j’ai découvert des vidéos de Fredric Gary Comeau chantant ses textes tirés de Douze chansons pour Évelyne. Voici l’écrivain interprétant «Boussole».

 

Nous pouvons retrouver les paroles des douze chansons à la toute fin du livre.

Je tiens à remercier encore une fois M. Robert Benoit d’avoir lu ce bouquin en même tant que moi. Ses remarques et ses impressions m’ont aidée à rédiger cette chronique.

Aviez-vous entendu parler de ce roman?

Bien à vous,

Madame lit

Comeau, F.-G.(2016). Douze chansons pour Évelyne. Montréal : XYZ, coll. Quai No5.

XYZ. (2016). Douze chansons pour Évelyne-Boussole. [Vidéo en ligne]. Récupéré de https://vimeo.com/162694278

Madame lit un billet pour un centenaire!

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Chaque fois que j’écris quelque chose (…), je ne sais absolument pas comment ça va tourner. Chaque fois, c’est une aventure. Il faut le faire à ses risques et périls. Et c’est justement en risquant de se tromper très profondément qu’on peut faire quelque chose. Il faut prendre ce risque-là au départ. Ce risque est peut-être la part la plus importante de toute œuvre. – Anne Hébert

Chère lectrice, Cher lecteur,

Hier, Anne Hébert aurait eu cent ans et les personnalités du milieu culturel et journalistique ont tenu à lui rendre hommage par le biais d’articles ou encore de reportages.

Ainsi, La fabrique culturelle a présenté sur son site Web un superbe reportage nous montrant une Anne Hébert sensible, humaine, passionnée par le processus d’écriture. Je l’ai visionné et je peux vous dire que je me suis laissée emporter par les paroles de l’écrivaine. J’ai encore découvert de nouveaux éléments sur elle (ses auteurs préférés, sa façon de travailler, son amour pour Paris et le Québec, etc.). Alors, je conseille à tous les amoureux de l’écriture, les passionnés de l’univers hébertien de le regarder et de consulter les articles l’accompagnant!

Mais encore, j’ai déjà affiché sur ce blogue mon poème préféré d’Anne Hébert qui est «Amour». Si vous voulez le relire, vous pouvez cliquer sur le mot Amour. Je vous invite également à regarder la vidéo suivante que j’ai trouvée sur Youtube. J’ai été très émue d’entendre Anne Hébert lors de La nuit de la poésie réciter mon poème favori ainsi que celui portant le nom «Ève». Quoi de mieux pour lui rendre hommage en cette année de son centenaire que d’entendre sa voix, d’entrer avec elle dans sa poésie, de la regarder.

De mon côté, pour rendre hommage à cette figure majeure de la littérature québécoise, je vous offre son poème «Marine». Pourquoi ce dernier? Parce que j’adore l’eau… cette dernière m’apaise…. Et comme la thématique de l’eau est très présente dans l’univers hébertien, je ne pouvais m’empêcher de vous le faire découvrir car il me parle énormément, suscite en moi des vagues d’émotion, me permet de fermer les yeux et de me laisser bercer par le mouvement du Saint-Laurent…

Marine

À quoi rêvais-je tantôt,
Que j’étais si bien?

Quel est ce flux
Et ce reflux
Qui montent sur moi,
Et me font croire
Que j’étais endormie,
Sur l’île,
Avant le montant,
Et les vagues
Maintenant
Me surprennent
Tout à l’alentour?

Est-ce dans un coquillage
Que j’entends la mer?
Est-ce le vent sur nos têtes,
Ou le sang qui bat à ma tempe?

Dans quelle marine
Ai-je donc vu mes yeux?

Qui donc a dit
Qu’ils étaient calmes
Comme un puits,
Et qu’on pouvait
S’asseoir sur la margelle
Et mettre tout le bras
Jusqu’au coude
Dans l’eau lisse?

Gare aux courants du fond,
Au sel, aux algues,
Et aux beaux noyés
Qui dorment les yeux ouverts,
En attente de la tempête
Qui les ramènera
À la surface de l’eau,
Entre les cils.

(Anne Hébert, Les songes en équilibre, 1942)

Mais encore, Sylvie Paquette, une artiste de chez-nous, a fait paraître un album en mai dernier et elle a mis en musique quelques poèmes d’Anne Hébert. Voici donc le poème «Marine» interprété par Sylvie Paquette…

En ce sens, c’était ma façon de vous parler encore d’Anne Hébert au lendemain de son anniversaire…

Si vous voulez relire ou découvrir quelques uns de mes articles portant sur les romans d’Anne Hébert, voici les titres et vous n’avez qu’à cliquer sur le lien.

N’hésitez pas à les consulter, vous serez peut-être inspiré pour votre achat du 12 août!

Bien à vous!

Madame lit

Photo : Archives PC- Tirée de : Guy, C. (2016, 1er juin). Anne Hébert (1916-2000) : pour toujours Anne Hébert. La Presse. Récupéré de http://www.lapresse.ca/arts/livres/201605/31/01-4986942-anne-hebert-1916-2000-pour-toujours-anne-hebert.php

Labrecque, J.-C. et J.-P. Massé (1980). Anne Hébert-La Nuit de la Poésie 1980 [Vidéo en ligne]. Récupéré de https://www.youtube.com/watch?v=6auK9BLHyp4

Lamaladiedubonheur. (2013, 9 octobre). Sylvie Paquette –Marine (poème d’Anne Hébert)-Images de Robert Campeau. Récupéré de https://www.youtube.com/watch?v=1qKjAQwxgpI

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