Madame lit Dérives de Biz

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Bizz

Chère lectrice, Cher lecteur,

Dérives de Biz raconte l’histoire d’un homme qui un jour a un enfant. Cet enfant s’avère son roi-soleil jusqu’au jour où il sombre dans une dépression. Après la joie d’avoir un fils, la déprime s’empare de son être, envahit son esprit, le fait dériver à bord d’un radeau dans les méandres de son âme pour fuir un quotidien trop lourd, peuplé des pleurs de son fils, de l’incompréhension de sa femme, des rencontres chez la psychologue, des balades en auto au rythme des comptines pour enfant. La paternité, oui mais à quel prix?

Biz aborde dans ce roman un sujet grave : le mal-être associé à la paternité. Même s’il trouve son fils génial, le narrateur se sent fortement écrasé par la vie au point d’être totalement coupé de ses émotions…

Dans mes bras, mon pauvre fils était exténué d’avoir trop pleuré. J’allais le bercer dans le salon à la lueur d’un réverbère. La pluie laissait de longues traînées tristes sur les vitres et, malgré tout, j’étais incapable de compassion pour mon propre bébé, pourtant si vulnérable dans la noirceur, le silence et la solitude. (p. 23)

Le roman apparaît construit autour de deux éléments : le quotidien du narrateur et la traversée d’un marais sur un radeau (métaphore de l’état d’esprit malade).

L’eau du marais est grisâtre et empeste le soufre. […] Depuis plusieurs jours, je n’ai plus aucun repère visuel. Je suis au milieu de nulle part. Autour de moi s’étend un horizon infini.

Tout cet espace m’apaise. Je ne ressens presque plus rien, comme si mes émotions étaient anesthésiées par la solitude. Ici, rien ne me dérange, personne ne cherche à entrer en contact avec moi. Je n’ai pas de relation à établir, pas de problèmes à résoudre. La totale sérénité. (p. 37)

Biz s’est inspiré de son vécu pour écrire ce bouquin.  D’ailleurs, il confiait à Chantal Guy de La Presse à propos de cette difficulté d’être père et du fait qu’on peut et qu’on doit en parler.

Socialement, au Québec, on est rendu là, dit-il. On peut parler de ça. Je n’ai pas du tout écrit un pamphlet masculiniste, je ne parle pas au nom de ma génération, mais je me rends compte que beaucoup de gens se retrouvent là-dedans. Les filles sont intéressées par mon livre pour le donner à leurs chums, pour comprendre ce qu’ils vivent ou ce qu’elles ressentent elles aussi. On excuse plus les pères de ne pas «tripper» sur les nouveau-nés; pour une mère, qui le porte, qui l’allaite, ce doit être beaucoup plus heavy comme pression.

Le seul défaut de ce bouquin c’est qu’il est trop court! Biz, du groupe Loco Locas, sait bien écrire. Il entraîne son lecteur dans un univers qui interpelle, un univers empreint de références mythologiques, un univers poétique…

Un père indigne? Un père qui ose affirmer qu’il la trouve difficile la paternité…

Un livre à lire, à découvrir pour vous laisser entraîner dans ces dérives, l’espace de 93 pages car malgré tout, il y a la vie…

Comme le mentionne le narrateur à Cerbère :

Je veux revoir les miens. Je veux revoir la coulée de cuivre des cheveux de mon fils, tellement vivant, lui. Je veux sentir la chaleur de ma femme. Je veux boire avec mes amis, discuter avec mon père, rire avec ma mère et regarder le hockey avec mon frère. Je veux me lever pour mon pays. Bref, je veux faire ce que je n’ai pas fait depuis longtemps : vivre. (p. 88)

Ce livre a reçu les prix suivants :

  • Grand Prix littéraire Archambault
  • Prix du Public/Finaliste (2010)

Avez-vous déjà lu un livre abordant la difficulté d’être père?

Bien à vous,

Madame lit

Biz, Dérives, Montréal : Leméac, 2010, 93 p.

ISBN : 978-2-7609-3316-3

Guy, C. (2010, 22 février). Biz : les dérives d’un père indigne. La Presse. Récupéré de http://www.lapresse.ca/arts/livres/201002/22/01-953951-biz-les-derives-dun-pere-indigne.php

Madame lit pour Jane Austen

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jane_austenChère lectrice, Cher lecteur,

En ce 18 juillet,  je ne pouvais passer sous silence le bicentenaire de la mort de mon écrivaine britannique préférée : Jane Austen. Si vous suivez mon blogue depuis un certain temps, vous connaissez mon admiration pour la plume de cette dernière. Si vous voulez en apprendre davantage sur les raisons de mon intérêt pour ses écrits, vous pouvez lire le billet : Madame lit et Jane Austen.  

Cassandra, la sœur de Jane Austen, écrit après son décès :

J’ai perdu un trésor, une sœur et une telle amie que jamais rien ne pourra la surpasser. Elle était le soleil de ma vie. L’étincelle de tous les plaisirs, le réconfort de toutes les peines, je ne lui cachais rien, c’est comme si j’avais perdu une partie de mon être. Je l’aimais seulement trop bien.

Cet extrait a été publié dans le recueil de Jane Austen Du fond de mon cœur ; lettres à ses nièces.

Mais encore, saviez-vous que Margaux Motin fera paraître un album illustré d’Orgueil et Préjugés ? Et oui, il est en prévente jusqu’à aujourd’hui accompagné de différents goodies exclusifs selon votre budget et vos intérêts ! Je craque bien évidemment ! La finesse des traits des dessins vient me chercher…

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Pour en apprendre plus sur cet album, n’hésitez pas à aller jeter un coup d’œil au site Web et à encourager peut-être un projet qui se veut avant tout une façon de célébrer le bicentenaire du trépas de Jane Austen…

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Étiez-vous au courant de ce bicentenaire ?

Bien à vous,

Madame lit

Madame lit Ashini d’Yves Thériault

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Ashini

Chère lectrice, Cher lecteur,

L’image de l’autochtone hante l’imaginaire du peuple québécois depuis de nombreuses années. Parfois, cette figure peut être associée à la méchanceté, parfois elle semble représenter l’homme libre, la plénitude de l’esprit et la parfaite harmonie qu’entretient l’autochtone avec la nature. Ashini, un Chef montagnais vit selon les traditions des siens. Il ne veut pas habiter dans une réserve comme les membres de son peuple car il considère que cela les mènera à l’extermination et qu’ils devront se soumettre à la loi de l’homme blanc. C’est la voix du passé qui tente de s’élever afin de revendiquer, une dernière fois, la liberté pour les siens en s’adressant aux autorités pour faire changer les choses…

Un espoir me vint, fou, envahissant, magnifique. S’il acceptait la palabre? Si j’arrivais à lui faire comprendre le bien que je voulais accomplir?
Tiens, s’il venait ici, s’il voyait de ses yeux les femmes affaissées, les enfants tristes, les hommes sans gestes? S’il réalisait du coup que ma demande ne rendait pas seulement aux Montagnais leur honneur, mais au Canada entier un peuple neuf à ajouter aux autres, une richesse, un savoir, le recommencement d’une grande sagesse? (p. 84).

Entrer dans cet univers, c’est aller à la rencontre d’un personnage fort : Ashini. Ce dernier dénonce avec force l’assimilation des autochtones car ils perdent leur territoire, leur mode de vie, leurs valeurs. Le personnage de la fille d’Ashini illustre bien cette dualité. En allant s’établir en ville, cette dernière rompt avec l’ordre établi du peuple montagnais. Cette fuite vers le mode de vie des Blancs semble bien démontrer l’influence, l’attrait de la culture blanche sur les autochtones. Le miroitement d’une vie plus facile évoque l’ailleurs meilleur… Comme le fait remarquer Ashini : «Ma fille a fui la forêt pour servir les Blancs, à la ville (p. 15)». Cette dernière quitte sa demeure pour servir une culture autre que la sienne dans la ville. Tandis que pour le père, c’est l’opposé :

J’ai grandi libre. Mais ma liberté était celle de l’oiseau en cage. Il est de cages qui sont des volières où un oiseau peut conserver en lui l’illusion du grand ciel et des plongées infinies. Il est aussi des cages étroites comme des prisons. (p. 32)

Mais encore, le roman présente la forêt de l’Ungava, située dans le Grand Nord québécois, dans toute sa splendeur. C’est le paradis perdu, l’espace sacré, celui s’opposant à l’espace profane que représentent la ville des Blancs et la réserve qui éclate de beauté grâce à la plume de l’auteur.

Et les montagnes à contempler et les étoiles à admirer et la lune froide de novembre à invoquer et tout ce qui est beau et bon et qui nous enveloppe et nous tient, la saveur du vent, l’odeur de l’eau blanche, la senteur des sapins, la musique de tous les sons de ce pays. (p. 24)

Ce roman publié en 1960 est mon préféré de ce grand auteur québécois d’ascendance montagnaise. Véritable cri du coeur, il faut se rendre à la toute fin pour comprendre les dernières paroles d’Ashini… Fantôme, esprit hantant la mémoire des Blancs, le message d’Ashini reviendra encore et encore marteler les pas de ceux qui ont volé les terres de son peuple, qui ont crié sur son passage : «Va-t’en, maudit sauvage! » alors qu’il était chez lui…Le Blanc usurpateur, c’est nous, c’est vous, ce sont eux…

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Ce roman a reçu des prix prestigieux comme :

  • Le Prix France-Canada en 1961
  • Le Prix du Gouverneur général du Canada en 1962

Si vous avez envie de lire un roman poétique, empreint de véracité, je vous recommande ce testament de sang… vous ne pourrez rester indifférent..

Connaissez-vous la plume d’Yves Thériault?

Bien à vous,
Madame lit

Thériault, Yves, , Montréal : Bibliothèque québécoise, 1988, 106 p.
ISBN : 2-89406-003-3

Madame lit Culottées de Pénélope Bagieu

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Culottées

Chère lectrice, Cher lecteur,

Avez-vous déjà lu Culottées; Des femmes qui font ce qu’elles veulent de Pénélope Bagieu? Si votre réponse s’avère non, empressez-vous d’aller chercher cette bande dessinée! Grâce à sa plume et ses dessins, Pénélope Bagieu nous présente des portraits de femmes extraordinaires qui ont osé s’affirmer malgré les injustices sociales, les interdits, les préjugés, etc.  pour ne faire qu’à leur tête et pour revendiquer le droit à la différence.

De Clémentine Delait-la femme à barbe- à Wu Zetian-Impératrice de Chine- en passant par Margaret Hamilton-la terrifiante sorcière verte dans Le Magicien d’Oz– ou encore par Joséphine Baker-la Danseuse résistante, mère de famille- Pénélope Bagieu met en lumière 15 Culottées pour ne pas les oublier, pour les faire revivre l’espace de quelques dessins empreints de justesse. J’ai ri, j’ai souri, j’ai été charmée par ces dernières… Je ne les connaissais pas toutes… alors j’ai été agréablement surprise d’en apprendre davantage sur des femmes qui ont réussi à briser des tabous, à renverser des régimes politiques, etc. Quand je pense à Leymah Gbowee, lauréate du prix Nobel de la paix en 2011 qui a connu la violence conjugale, la guerre, la dictature et qui a su rester debout pour aider les siens à travers l’écoute, les revendications, la parole, je ne peux que saluer Pénélope Bagieu qui nous raconte une page de l’Histoire des femmes…

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Sirène, aventurière, sorcière, gynécologue ou encore créatrice de trolls, vous trouverez des portraits magnifiques grâce à cette bande dessinée. Il importe d’aller à la rencontre de ces Culottées pour honorer la mémoire de grandes dames!

L’album Culottées de Pénélope Bagieu rassemble 15 bandes dessinées qui avaient d’ailleurs paru sur son blog publié par le journal Le Monde. Elle affiche sur ce dernier à chaque lundi l’histoire d’une Culottée! Comme elle le mentionne :

 Le point commun à toutes ces femmes est la détermination dont elles ont dû faire preuve afin que les choses se passent non pas comme le voulait la pression environnante mais comme elles le voulaient, elles. Leur condition de femmes fait qu’elles sortent du lot car elles ont été confrontées à une adversité plus importante », explique la dessinatrice, dont le dernier album, California Dreamin’ (Gallimard), évoque lui aussi la vie d’une combattante hors norme : Cass Elliot, la chanteuse de The Mamas & The Papas, morte en 1974 à l’âge de 32 ans. (Référence : http://www.lemonde.fr/bande-dessinee/article/2016/01/11/penelope-bagieu-lance-les-culottees-un-blog-dessine_4845218_4420272.html)

Alors, vous pouvez aller jeter un coup d’œil à son blog pour vous lancer sur les traces de ces femmes !

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N’hésitez pas à suivre Pénélope Bagieu sur Twitter, cette dernière est très active !

L’album Culottées a été publié par Gallimard, tout comme le tome 2.

Connaissiez-vous ces albums ou encore ce blog dessiné affiché sur le site du journal Le Monde ?

Bien à vous,

Madame lit

Bagieu, Pénéloppe. ; Des femmes qui font ce qu’elles veulent. Paris : Gallimard, 2016, 141 p.

ISBN : 978-2-07-060138-7

Potet, F. (2016, 1 novembre). Pénélope Bagieu lance «Les Culottées», un blog dessiné. Le Monde. Repéré à http://www.lemonde.fr/bande-dessinee/article/2016/01/11/penelope-bagieu-lance-les-culottees-un-blog-dessine_4845218_4420272.html

 

Madame lit du Pablo Neruda

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Chère lectrice, Cher lecteur,

Permettez-moi de vous partager un magnifique poème d’amour du prix Nobel de littérature de 1971 Pablo Neruda. Ce dernier a voué un amour sans bornes à son épouse Mathilde, sa muse… Dans ce poème publié en 1959, il offre à son lecteur des vers remplis de sensualité, de désir de l’autre…

Poème 17-La Centaine d’amour

 Je ne t’aime pas telle une rose de sel,
topaze, œillets en flèche et propageant le feu :
comme on aime certaines choses obscures,
c’est entre l’ombre et l’âme, en secret que je t’aime.

 Je t’aime comme la plante qui ne fleurit,
qui porte en soi, cachée, la clarté de ces fleurs,
et grâce à ton amour vit obscur en mon corps
le parfum rassemblé qui monta de la terre.  

Je t’aime sans savoir comment, ni quand, ni d’où,
Je t’aime sans détour, sans orgueil, sans problèmes :
Je t’aime ainsi, et ne sais aimer autrement,

Je t’aime ainsi, sans que je sois, sans que tu sois,
si près que ta main sur ma poitrine est à moi,
et si près que tes yeux se ferment quand je dors.

Comment trouvez-vous ce poème?

Bien à vous,

Madame lit

 

Madame lit La femme qui fuit

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Femme-fuit

Chère lectrice, Cher lecteur,

Voici un livre fort, percutant, déchirant, intime, bouleversant. Anaïs Barbeau-Lavalette, l’auteure, n’a jamais connu sa grand-mère maternelle : Suzanne Meloche. Elle engage une détective privée pour aller à la rencontre de cette femme qui a marqué à jamais la vie de ses enfants en les abandonnant. À travers son parcours, le lecteur apprend à connaître cette femme tantôt touchante, tantôt révoltante. C’est une partie de l’histoire du Québec qui nous est présentée et d’une Amérique aux prises avec la ségrégation qui est aussi relatée au fil des pages. Suzanne Meloche a fréquenté les grands intellectuels, artistes de l’époque comme Borduas, Riopelle, Gauvreau et elle a été l’épouse de Marcel Barbeau, le peintre, de qui elle aura deux enfants. Elle les quitte pour toujours en 1952 alors que son fils n’a qu’un an et sa fille trois ans. Elle a peint, rédigé des poèmes. D’ailleurs, une de ses toiles a été exposée au Musée d’art contemporain de Montréal et son recueil de poésie Les Aurores fulminantes a été publié aux Herbes rouges plusieurs années après sa rédaction.

Le lecteur découvre la trajectoire d’une femme en mouvement… Une femme en fuite sur les routes… Elle se retrouve très jeune à Montréal  auprès des Automatistes après une enfance à Ottawa, elle quitte tout pour la Gaspésie où elle sera postière, puis elle part en Europe vivre dans la famille de son amant, ensuite elle parcourt les routes de l’Amérique pour lutter pour les droits des Noirs. Une femme qui fuit… Qui? Quoi? Une femme qui laisse des traces, des blessures, des silences, des peines, des regards, des exploits…. Mais c’est surtout le message d’une petite-fille pour cette grand-mère qui blessa à tout jamais l’âme de sa mère que nous retrouvons au fil des pages… alors qu’elle devient elle aussi mère…

Parce que je suis en partie constituée de ton départ. Ton absence fait partie de moi, elle m’a aussi fabriquée. Tu es celle à qui je dois cette eau trouble qui abreuve mes racines, multiples et profondes.
Ainsi tu continues d’exister.
Dans ma soif inaltérable d’aimer.
Et dans ce besoin d’être libre, comme une nécessité extrême.
Mais libre avec eux.
Je suis libre ensemble, moi. (p. 376)

Le récit est entièrement rédigé au tu et les chapitres sont courts non numérotés. Le style s’avère très personnel et tout est extrêmement bien écrit…. Les phrases sont courtes, brèves. Elles savent éclairer une période de notre mémoire collective, mettre en lumière un fantôme… Questionner ce fantôme, le rattraper dans cette mouvance…

Tu entres sans t’excuser d’être là. Le pas sûr. Même si ça fait 27 ans que tu n’as pas vu ma mère.
Même s’il y a 27 ans, tu t’es sauvée. La laissant là, en équilibre sur ses trois ans, le souvenir de tes jupes accroché au bout de ses doigts.
Tu t’avances le pas posé. Ma mère a les joues rouges. Elle est la plus belle du monde.
Comment as-tu pu t’en passer?
Comment as-tu fait pour ne pas mourir à l’idée de rater ses comptines, ses menteries de petite fille, ses dents qui branlent, ses fautes d’orthographe, ses lacets attachés toute seule, puis ses vertiges amoureux, ses ongles vernis, puis rongés, ses premiers rhums and coke?
Où est-ce que tu t’es cachée pour ne pas y penser?
Là, il y a elle, il y a toi, et entre vous deux : moi. Tu ne peux plus lui faire de mal parce que je suis là. (p. 7-8).

Si vous n’avez pas encore lu ce roman récipiendaire de prix comme :

  • Le  Prix des libraires du Québec
  • Le Prix littéraire France-Québec
  • Le Grand Prix du livre de Montréal

Je vous le recommande fortement … La femme qui fuit, une lecture sous le signe de la liberté, impossible de ne pas aimer….Coup de coeur absolu!

Tu reviens donc chez toi en ébullition. Les jours reprennent leur cours, mais tu les traverses autrement. Portée par le courant. Tu sais maintenant que tu as un ailleurs.
Ce que tu ne sais pas, c’est que tu en auras toujours un, et jamais le même. Ce sera ta tragédie. (p. 87).

Un livre sur la réconciliation avec cette femme qui a quitté mari et enfants à une époque où cela ne se faisait pas… D’ailleurs, l’écrivaine mentionne dans une entrevue accordée à Mario Cloutier dans La Presse :

Ma grand-mère était comme un fantôme que j’haïssais quelque part. Elle avait laissé ma mère. Je me suis donné la permission de la rencontrer et d’en faire une femme. Ça m’a vraiment réconciliée avec elle et notre histoire. Elle avait 26 ans et avait le violent désir de créer et la possibilité de le faire, sans endroit pour le faire. Le mari vit de son art, mais pas elle. Alors elle sacre son camp. C’est dur à nommer pour moi parce ça remue beaucoup de souffrance. Ça se transmet d’une génération à l’autre, mais il y avait quelque chose de courageux là-dedans.

Avez-vous lu ce magnifique bouquin? Que pensez-vous de cette histoire?

Bien à vous,

Madame lit

Barbeau-Lavalette, Anaïs. La femme qui fuit. Montréal : Éditions Marchand de feuilles,  2015, 378 p.

ISBN : 978-2-923896-50-2

Cloutier, M. (2015, 18 septembre).  Anaïs Barbeau-Lavalette : le fantôme de la liberté. La Presse. Récupéré de

http://www.lapresse.ca/arts/livres/entrevues/201509/18/01-4901805-anais-barbeau-lavalette-le-fantome-de-la-liberte.php

Une écrivaine ou un écrivain par mois : Homère

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Présentation_une écrivaine ou un écrivain par mois_Homère!

Chère lectrice, Cher lecteur,

Comme je quitte le Canada dans quelques jours pour me rendre en Grèce, permettez-moi de vous parler d’un auteur qui a fortement marqué mon imaginaire : Homère. Je suis convaincue de ne pas être la seule. D’ailleurs, Balzac a mentionné à propos de ce dernier : « Doter son pays d’un Homère, n’est-ce pas usurper sur Dieu ? ». En ce qui me concerne, lors de mes études en littérature, j’ai eu l’immense privilège de suivre un cours sur L’Iliade et l’Odyssée donné par M. Jacques Desautels. M. Desautels possédait un doctorat en littérature grecque et il a été doyen de la Faculté des lettres de l’Université Laval. Il est également l’auteur des livres suivants :

  • Dieux et mythes de la Grèce ancienne
  • Le Quatrième roi mage
  • La dame de Chypre
  • Rue des Érables

En un semestre, je devais lire les deux tomes en plus de tous les livres des autres cours… Il fallait vraiment que je sois passionnée par le domaine des lettres ! Mais quel apprentissage ! Quelle chance d’avoir eu M. Desautels comme professeur. Aujourd’hui, je repense à ces heures passées en classe et je réalise à quel point j’ai reçu un enseignement de qualité.

Que représentent L’Iliade et l’Odyssée pour Madame lit ?

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Tout d’abord, j’ai toujours été passionnée par la mythologie gréco-romaine, par les histoires des dieux et des déesses et de leur impact sur les mortels… Donc, lorsque j’ai eu la possibilité de m’inscrire à un cours sur L’Iliade et l’Odyssée, je n’ai pas hésité une minute. Sans ce cours, je ne crois pas que j’aurais eu le courage de me lancer dans cette lecture car les deux tomes sont assez volumineux, la structure est complexe et il y a beaucoup de noms et de lieux. Mais, avoir un expert pour me guider, pour m’embarquer sur un navire qui a traversé le temps, pour m’ouvrir à cet univers rempli d’aventures, cela a été un bonheur. Comme vous le savez, L’Iliade aborde l’histoire de la guerre de Troie qui dure depuis dix ans et L’Odyssée relate les aventures d’Ulysse. Je dois dire que je garde un excellent souvenir de ces deux tomes. Encore aujourd’hui, je me sers de cette lecture en classe pour parler du terme cheval de Troie à mes étudiants en informatique. Mais encore, ce sont les personnages comme Achille, Patrocle, Agamemnon, Priam, Hector, Ulysse, Hélène, Pénélope et les dieux et les déesses comme Zeus, Athéna, Héra, Poséidon, etc.,  qui me reviennent en tête avec leurs forces et leurs faiblesses. J’ai particulièrement aimé le voyage d’Ulysse et ses rencontres avec divers êtres comme Circé, le cyclope, Calypso ou encore les sirènes. L’amour de Pénélope s’avère assez frappant tout comme la fidélité du chien d’Ulysse Argos qui meurt d’émotion de revoir son maître après 20 ans!

Entrer dans ces deux livres, c’est découvrir comme il est mentionné dans l’Odyssée : «Mais les dieux accablent de maux ceux qui courent le monde et même s’ils sont rois, leur filent des calamités. »

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De plus, il faut se rendre jusqu’à la fin pour ressentir l’émotion de Pénélope devant son époux après 20 ans.

La reine descendit. Quel trouble dans son cœur ! Elle se demandait si, de loin, elle allait interroger l’époux ou s’approcher de lui et, lui prenant la tête et les mains, les baiser. Elle entra… Elle avait franchi le seuil de pierre : dans la lueur du feu, contre l’autre muraille, juste en face d’Ulysse, elle vint prendre un siège ; assis, les yeux baissés, sous la haute colonne, il attendait le mot que sa vaillante épouse, en le voyant, dirait. Mais elle se taisait, de surprise accablée. Elle resta longtemps à le considérer, et ses yeux tour à tour reconnaissaient les traits d’Ulysse en ce visage ou ne pouvait plus voir que ces mauvais haillons. Son fils, en la tançant, lui dit et déclara :
TÉLÉMAQUE : Ton cœur est trop cruel, mère ! ô méchante mère ! de mon père, pourquoi t’écarter de la sorte ?… auprès de lui, pourquoi ne vas-tu pas t’asseoir, lui parler, t’enquérir… fut-il jamais un cœur de femme aussi fermé ?… s’éloigner d’un époux quand, après vingt années de longs maux et d’épreuves, il revient au pays !… Ah ! ton cœur est toujours plus dur que le rocher !
La plus sage des femmes, Pénélope, reprit :
PÉNÉLOPE : Mon enfant, la surprise est là, qui tient mon cœur. Je ne puis proférer un mot, l’interroger, ni même dans les yeux le regarder en face ! Si vraiment c’est Ulysse qui rentre en sa maison, nous nous reconnaîtrons et, sans peine, l’un l’autre, car il est entre nous de ces marques secrètes, qu’ignorent tous les autres.

Chant XXIII.

Je dois avouer que je ressens encore de l’émotion en lisant cet extrait…

Donc, j’ai hâte de me rendre dans quelques jours en Grèce pour me retrouver au cœur même des temples, de scruter les statues des diverses divinités et de m’imbiber de la richesse culturelle des lieux… et pourquoi par retrouver l’aura de ces deux sublimes textes qui ont su traverser les siècles….

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Je vous laisse sur ce bel extrait tiré de l’Iliade :

Telle la naissance des feuilles,
telle celle des hommes.
Il y a des feuilles que le vent répand à terre,
mais la forêt puissante en produit d’autres, le printemps revient.
Ainsi pour les hommes : une génération naît, l’autre finit.

(Chant V).

Avez-vous déjà lu l’Iliade et l’Odyssée? Avez-vous apprécié les chants d’Homère?

Bien à vous,

Madame lit

Madame lit Je voudrais qu’on m’efface

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Chère lectrice, Cher lecteur,

Dans son premier roman, Anaïs Barbeau-Lavalette exploite le thème de la survivance chez trois enfants de 12 ans du quartier Hochelaga-Maisonneuve de Montréal, un quartier reconnu pour son milieu axé sur la prostitution et la pauvreté. Ces êtres vivent dans le même immeuble. Ils se croisent sans jamais trop communiquer. Chacun a une vie déjà marquée par les adultes…D’abord, il y a Roxane, la « mésadaptée socio-affective». Elle fuit la réalité dans des livres sur la Russie… Elle se réfugie dans un ailleurs lointain pour s’échapper de son foyer où règnent la violence et l’alcoolisme.

Kevin de son côté doit prendre du Ritalin et il joue aux jeux vidéo. Il adore aller voir son père affronter des lutteurs dans le sous-sol de l’église. Son père, c’est son super héros car sa mère l’a abandonné. C’est sa force, son point de repère.

Mais encore, dans cet édifice, on retrouve Mélissa qui doit s’occuper de ses deux petits frères car sa mère est une prostituée toxicomane qui a reçu l’ordre de la Cour de ne plus approcher de ses enfants. Mélissa doit les nourrir, les laver, les amener à l’école. Elle affronte également celui qui récolte le montant des loyers, etc. Elle devient mère malgré elle à 12 ans.

C’est un récit poignant que nous offre l’écrivaine. Le lecteur referme ce livre frappé par la force de ces jeunes êtres qui tentent par toutes les manières de survivre. Par exemple, pour échapper aux cris de sa mère qui se fait battre, Roxane écoute de la musique classique.

Chostakovitch, les violons. Plus fort, plus fort encore. Les violons la fenêtre la neige snieg qui tombe comme des lignes du ciel à l’eau comme des lianes pour s’agripper, pour monter très haut, jusqu’en haut, les flocons tombent en lianes du sol au ciel, le violon de Chostakovitch coule sur elle, puis coule en elle. Roxane est une corde, stridente sous l’archet, Roxane vibre, Roxane explose, vole par-dessus la rue, par-dessus les corps morts, par-dessus la marde, jusqu’aux bateaux, jusqu’au fleuve, jusqu’en Russie. Roxane est une symphonie.

C’est un tout petit livre de 11 chapitres numérotés en russe pour faire écho au paradis imaginaire de Roxane que nous présente l’auteure. Ce qui est terrible, c’est que l’écrivaine nous fait vivre de l’intérieur le drame de ces enfants délaissés. Ils ont à peine les mots pour communiquer. Alors, la solitude et l’imaginaire imbibent leur existence. Nous le savons, ces enfants existent. Ils déambulent dans nos rues avec des clefs autour du cou. Victimes souvent de leurs parents, ils ne demandent rien, mais ils nous offrent pourtant un portrait bien triste de notre réalité…

J’ai beaucoup aimé l’amour se dégageant des trois. Roxane, pour fêter le premier anniversaire de sobriété de son père, lui remet un cadeau.

Ainsi, elle lui donne un bateau qu’elle a confectionné. Il lui répond :

-Un bateau ! C’est beau…
-Pour te rappeler la Gaspésie.
-…Merci. Merci, ma belle… J’oublierai pas. J’oublierai pas, promis.

Il la serre dans ses bras forts.

Faut qu’tu t’rappelles de tes rêves pour pas t’noyer dedans.

Je vous recommande fortement ce premier bouquin d’Anaïs Barbeau-Lavalette… C’est beau, c’est triste, c’est vrai.

Aimez-vous ces livres mettant en scène des enfants ?

Bien à vous,

Madame lit

Barbeau-Lavalette, Anaïs. Je voudrais qu’on m’efface. Montréal : Bibliothèque québécoise, 144 p.

ISBN : 978-2-89406-330-9

Madame lit un extrait pour une Journée mondiale

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Chère lectrice, Cher lecteur,

Aujourd’hui, permettez-moi de souligner la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur! Pour ce faire, je tiens à vous présenter deux extraits du premier livre de Félix Leclerc, notre grand auteur compositeur interprète et écrivain. Dans Pieds nus dans l’aube, publié pour la première fois en 1946, Félix raconte son dernier été à La Tuque alors qu’il avait 12 ans. Il aborde, entre autres, le bonheur d’être enfant… Ce livre lui permet aussi de partager son opinion sur la vie, le temps, l’amour, la famille, la nature, l’amitié et la mort…

Fidor m’avait fait connaître le mot amitié, c’était merveilleux ; maman et les garde-malades, le mot courage ; papa et mon frère le premier, celui d’audace ; Anne-Marie et mon frère le second celui de musique ; Gaspard Lavoie, celui du théâtre ; Ledeenne, tout cela ensemble ; Ludger, terre. Dans mon vocabulaire du temps figuraient aussi les mots larmes, tempêtes, punitions ; …Mais je me serais passé des mots : séparation, feu, haine, vol, guerre, mort.
Mots atroces!

 

Hop là! courage! debout!
J’ai deux montagnes à traverser,
deux rivières à boire !
Ho donc! ma hache et mes souliers :
Payse veut nous voir !
J’ai six vieux lacs à déplacer,
trois chutes neuves à mettre au lit,
dix-huit savanes à nettoyer,
une ville à faire avant la nuit !

Le fils de Félix Leclerc, Francis Leclerc, a d’ailleurs réalisé un film à partir du bouquin de son père. Je vous invite à cliquer sur Pieds nus dans l’aube pour visionner les premières images du film.

Si vous n’avez jamais lu de livre de Félix Leclerc, je vous recommande de débuter par ce roman d’apprentissage. Entrer dans cet univers, c’est découvrir l’espace d’un récit, la magie d’une plume empreinte de poésie…

Si vous voulez comprendre pourquoi le 23 avril a été choisi comme date, vous pouvez cliquer sur 23 avril.

Bonne Journée mondiale du livre et du droit d’auteur! Célébrons!

Bien à vous,

Madame lit

 

Madame lit du Marie Uguay

Mots-clefs

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Hirondelle

Chère lectrice, Cher lecteur,

Si vous suivez mon blogue depuis un certain temps, vous savez que j’ai une admiration sans borne pour la plume de Marie Uguay. Par le biais de l’écriture, cette dernière a su réinventer son existence, donner vie à l’Autre, habiter l’espace, créer un univers au-delà de l’intime, là où résonne l’écho du vrai, du pur, de l’essentiel, au cœur même du désir… Voici deux extraits que j’aime particulièrement… Le premier s’avère le début de L’outre-vie (1979) et le second, la fin…

L’outre-vie c’est quand on n’est pas encore dans la vie, qu’on la regarde, que l’on cherche à y entrer ; On n’est pas morte mais déjà presque vivante, presque née, en train de naître peut-être, dans ce passage hors frontière et hors du temps qui caractérise le désir. Désir de l’autre, désir du monde. Que la vie jaillisse comme dans une outre gonflée. Et l’on est encore loin. L’outre-vie comme l’outre-mer ou l’outre-tombe. Il faut traverser la rigidité des évidences, des préjugés, des peurs, des habitudes, traverser le réel obtus pour entrer dans une réalité à la fois douloureuse et plus plaisante, dans l’inconnu, le secret, le contradictoire, ouvrir ses sens et connaître. Traverser l’opacité du silence et inventer nos existences, nos amours, là où il n’y a plus de fatalité d’aucune sorte.

 

J’irai partout ailleurs
l’hirondelle la fumée les roses tropicales
c’est tout le matin ensemble
puis l’homme que l’on aime et que l’on oublie
je serai bien le jour
dans la moisissure d’or
qui traîne dans toutes les capitales
et le tapis usé les ascenseurs

je n’ai plus d’imagination
ni de souvenirs forcément
je regarde finir le monde

et naître mes désirs

Sa vie trop courte a façonné son mythe…Morte d’un cancer en 1981 à l’âge de 26 ans, elle est toujours d’actualité, plus vivante que jamais grâce à ses écrits… Alors, lisons ses poèmes, abreuvons-nous à la beauté de ses mots et célébrons sa plume… Lire ses recueils (Signe et rumeur -1976, L’outre-vie-1979 et Autoportraits-1982), c’est une excellente porte d’entrée pour découvrir la poésie québécoise…

Si vous n’avez jamais vu l’excellent documentaire de Jean-Claude Labrecque sur Marie Uguay, je vous encourage fortement à le regarder (vous n’avez qu’à cliquer sur le lien pour avoir accès à ce dernier)… J’ai plongé dans ce film à quelques reprises et je peux dire que je sors grandie après chaque visionnement…

Aimez-vous la poésie de l’intime? Connaissiez-vous cette grande poétesse québécoise?

Bien à vous,

Madame lit