Madame lit Les Grand-mères

Lessing

Chère lectrice, Cher lecteur,

Ce court roman de Doris Lessing met en scène deux personnages féminins dont l’amitié s’avère inébranlable. Roz et Lil ont fait connaissance lorsqu’elles étaient des enfants et elles ont grandi dans une petite ville au bord de la mer sous le chaud soleil au son du clapotis des vagues, dans un «monde bleu».  L’une est forte, pleine de joie de vivre, l’autre est plus effacée. Elles se complètent à merveille. Elles vieillissent, se marient à des hommes spectateurs, habitent l’une en face de l’autre et elles ont chacune un fils. L’amour entre les deux femmes apparaît fusionnel. Elles se suffisent. D’ailleurs, l’une divorcera et l’autre deviendra veuve. Un jour, l’une devient la maitresse du fils de l’autre et vice versa. Entre ces deux couples, un amour profond se développe. Mais, inévitablement, la rupture survient, celle qui blesse, celle qui fait mal. Il faut laisser la place aux belles-filles pour devenir des grand-mères.

C’est le premier roman que je lis de cette grande dame qui a remporté le prix Nobel de littérature en 2007. J’avais vu le film d’Anne Fontaine avec Robin Wright et Naomi Watts, toutes les deux magnifiques à l’écran en bikini.  Je gardais un souvenir de ces deux femmes qui aiment malgré elles le garçon qu’elles ont vu grandir dans un cadre paradisiaque…Donc, j’avais envie de voir comment cette histoire était développée par son auteur. Je dois dire que j’ai été surprise. Il n’y a pas de jugement de la part du narrateur. Au contraire, il a un regard neutre, froid sur la situation. Il  n’explique rien, il présente ces relations comme si elles étaient normales, banales. Il soulève simplement la beauté du sentiment et la douleur que ce dernier peut engendrer.

-Comment est-il possible qu’il puisse exister quelque chose d’aussi magnifique? […]

Ce qu’elle voulait dire, c’était-et Roz le savait bien- qu’un bonheur aussi intense devait forcément entraîner son châtiment. (p. 68)

Il y a beaucoup de non-dits dans cette histoire, ce qui peut laisser la place à l’imagination du lecteur. À cet égard, le narrateur s’efface derrière des signes de ponctuation.

Il se montrait tranquillement possessif avec elle, ce qui l’amusait… elle adorait ça. (p. 68)

Pendant tout ce temps, il avait vaguement pensé qu’un jour il rencontrerait une fille de son âge et puis… Mais ça avait été si vague. Lil avait toujours été dans sa vie. (p. 88)

Je me suis laissée porter par ce récit, un peu comme les personnages se couchant au soleil sur un radeau dans la baie de Baxter’s Teeth et grâce au narrateur, j’ai pu élaborer mon scénario de cette histoire passionnelle, sulfureuse dans un cadre paradisiaque. Un retour au paradis perdu? Peut-être…

En ce sens, un roman où la trame narrative est distante, où le mythe du paradis perdu est abordé, où le concept des âmes sœurs ne se retrouve peut-être pas où l’on pense…

Un court roman glacial (119 p.) dans un cadre où le soleil éclate dans toute sa splendeur…

Avez-vous déjà lu un récit de Doris Lessing?

Bien à vous,

Madame lit

Lessing, Doris. Les grand-mères, Paris : Flammarion, 2005, 119 p.

 

Madame lit un extrait sur le galet

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galet-ponge

Chère lectrice, Cher lecteur,

Aujourd’hui, j’ai envie de vous partager un extrait de Francis Ponge tiré du Parti pris des choses. Je dois avoir l’âme à la rêverie, à la poésie, à la réflexion, à la beauté de toutes les choses de la vie…

Le galet

Depuis l’explosion de leur énorme aïeul, et de leur trajectoire aux cieux abattus sans ressort, les rochers se sont tus.
Envahis et fracturés par la germination, comme un homme qui ne se rase plus, creusés et comblés par la terre meuble, aucun d’eux devenus incapables d’aucune réaction ne pipe plus mot.
Leurs figures, leurs corps fendillent. Dans les rides de l’expérience la naïveté s’approche et s’installe. Les roses s’assoient sur leurs genoux gris, et elles font contre eux leur naïve diatribe. Eux les admettent. Eux, dont jadis la grêle désastreuse éclaircit les forêts, et dont la durée est éternelle dans la stupeur et la résignation.
Ils rient de voir autour d’eux suscitées et condamnées tant de générations de fleurs, d’une carnation d’ailleurs quoi qu’on dise à peine plus vivante que la leur, et d’un rose aussi pâle et aussi fané que leur gris. Ils pensent (comme des statues sans se donner la peine de le dire) que ces teintes sont empruntées aux lueurs des cieux au soleil couchant, lueurs elles-mêmes par les cieux essayées tous les soirs en mémoire d’un incendie bien plus éclatant, lors de ce fameux cataclysme à l’occasion duquel projetés violemment dans les airs, ils connurent une heure de liberté magnifique terminée par ce formidable atterrement. Non loin de là, la mer aux genoux rocheux des géants spectateurs sur ses bords des efforts écumants de leurs femmes abattues, sans cesse arrache des blocs qu’elle garde, étreint, balance, dorlote, ressasse, malaxe, flatte et polit dans ses bras contre son corps ou abandonne dans un coin de sa bouche comme une draguée, puis ressort de sa bouche, et dépose sur un bord hospitalier en pente douce parmi un troupeau déjà nombreux à sa portée, en vue de l’y reprendre bientôt pour s’en occuper plus affectueusement, passionnément encore.
Cependant le vent souffle, Il fait voler le sable. Et si l’une de ces particules, forme dernière et la plus infime de l’objet qui mous occupe, arrive à s’introduire réellement dans nos yeux, c’est ainsi que la pierre, par la façon d’éblouir qui lui est particulière, punit et termine notre contemplation.
La nature nous ferme ainsi les yeux quand le moment vient d’interroger vers l’intérieur de la mémoire si les renseignements qu’une longue contemplation y a accumulés ne l’auraient pas déjà fournie de quelques principes.

Véritable dialectique entre la légèreté et la pesanteur, cet extrait nous plonge dans une ambivalence aussi entre le présent et le passé…travail de la mer, le galet peut représenter cette quête de la perfection lorsque nous devons peaufiner un travail… Francis Ponge pose un regard multiple à travers cette description et nous amène au cœur de la beauté des mots…

Avez-vous déjà lu Le Parti pris des choses?

Bien à vous,

Madame lit

Madame lit Chercher Sam

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SamChère lectrice, Cher lecteur,

Mathieu erre dans Montréal en compagnie de sa chienne de race pitbull Sam. Il est sans domicile, donc c’est un jeune de la rue. Un jour, il perd sa chienne. Confronté à la disparition de son animal, il va tenter de la retrouver par tous les moyens.  Il occupe pour quelque temps l’appartement d’une connaissance qui n’est pas là et il côtoie Gabrielle, la cousine du gars qui lui prête son logis. Mathieu, dans sa quête pour retrouver son animal, voit ressurgir les démons de son passé…

J’ai beaucoup apprécié cette lecture… D’abord, j’ai une chienne depuis 9 ans. Je connais l’angoisse de la perte car j’ai été confrontée à sa disparition à quelques reprises… C’est un sentiment épouvantable, terrible, c’est comme si le sol disparaissait sous nos pieds et que nous n’étions plus capables de penser tant l’angoisse s’avère grande… À cet égard, l’écrivaine réussit merveilleusement bien à véhiculer l’émotion habitant la séparation soudaine avec son animal…

Je me dirige vers le banc où j’avais attaché Sam et je me prends un coup en pleine poitrine. La nausée arrive drette après ça : elle est plus là. Guy me parle, mais j’entends juste un bourdonnement. Elle est pas à droite, elle est pas à gauche, elle est pas de l’autre bord de la rue à gosser l’autre chien parké avant du Première moisson, Sam est pas nulle part. Tout autour, l’air devient épais, presque solide. Je suis sous l’eau. C’est sourd et ça bouge moins vite. (p.47).

En ce sens, je comprenais bien le désarroi de Mathieu, sa douleur.

L’histoire de Mathieu est touchante. C’est un survivant, un homme aux prises avec un deuil terrible et qui a perdu tous ses repères. Sa chienne, c’est sa maison, son refuge, sa stabilité.

Sam soupire. C’est-tu parce que je la gosse ou parce qu’elle est bien? Je choisis ce qui me tente en fonction de mon humeur. Y a des fois où le ciel est rose, quand il est encore trop tôt pour que les bruits de la vie aient commencé. J’ai trouvé une position confortable sur le sol, pas trop dur, pas trop froid. Y a personne dans la rue. Y a p’têt juste deux ou trois chats qui fouillent dans les poubelles ou qui se baladent à la recherche d’un oiseau ou d’une souris à torturer. Je sors une épaule de mon sleep juste pour être content de la remettre au chaud à l’intérieur. La joie dure une seconde. Ces matins-là, on est presque bien, et j’ai presque envie d’en profiter un peu. Mais j’ai trop peur que mon cerveau embarque et gâche tout, alors je ferme les yeux sur le rose et les chats, je me retourne pour bien sentir le sol sous mes os et je sors les deux bras du sac de couchage d’un coup, comme si plongeais dans un lac gelé. N’importe quoi pour ne pas penser.

Sam soupire. Je me rendors.

C’est apaisant, un cœur de chien qui bat sous ta main. Même si c’est rien qu’un cœur de chien. (p. 39-40). 

Je voulais tellement que Mathieu retrouve son animal, car il faut bien qu’un jour les malheurs cessent. J’ai versé aussi quelques larmes en lisant ce bouquin. Donc, les âmes sensibles, préparez-vous!

Chercher Sam, c’est l’histoire d’un écorché et d’une chienne dont la race est maltraitée par les médias en la diabolisant et pourtant… Une histoire de survivance, tendre et dure en même temps… Une histoire qui parle le langage du cœur…D’ailleurs, Sophie Bienvenu écrit que ce livre est dédié aussi à tous ceux qui ont perdu leur chemin…

Il faut lire le monologue de Mathieu pour découvrir avec lui son passé parfois lumineux, mais souvent sombre…

Avez-vous lu cette histoire? Qu’avez-vous pensé de cette dernière?

Bien à vous,

Madame lit

Bienvenu, Sophie. Chercher Sam, Montréal : Le Cheval d’août, 2015, 169 p.

ISBN 978-2-924491-09-6

Madame lit pour le 12 août 2017

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12août_2017

Chère lectrice, Cher lecteur,

Le 12 août, on célèbre la littérature québécoise et on encourage les auteurs d’ici en achetant un, deux ou trois livres!

Alors, ce matin, j’ai commandé en ligne sur le site Les libraires trois bouquins. En participant par le biais de ce site à un achat de livres, je cours la chance de gagner un lot d’une maison d’édition. En ce sens, j’étais bien motivée! Je vous présente les titres de mes achats :

  • La liberté des savanes de Robert Lalonde- Ce livre se veut son cinquième essai sur l’art de voir, de lire et d’écrire. Le monde sur le flanc de la truite était son premier essai.Grâce au site, j’ai pu avoir accès à quelques pages du livre. Je vous partage un extrait :

Qu’est-ce au juste que l’identité? L’hérédité,  la passion et l’expérience emmêlées. C’est avoir non pas son âge, mais tous les âges en même temps. C’est ce pacte qu’on conclut avec l’ombre et où parfois surgit la lumière. Cette place qu’on mérite dans la vie à cause de certains mouvements brusques qu’on est capable d’avoir, comme l’écrit si bien Jean Giono.

Ça y est, il neige. On a beau s’y attendre, on est pris de court. Il y a ci et ça encore à faire. Tout de même, on tire la langue, on a huit ans, on fait trois pas de gigue sous la virevolte.

  • Ru de Kim Thŭy- J’ai beaucoup entendu parler de ce livre… Alors, je voulais le découvrir… Voici un sublime extrait tiré de la première page… Une plume qui je sais m’emportera loin…

Je suis née à l’ombre de ces cieux ornés de feux d’artifice, décorés de guirlandes lumineuses, traversés de roquettes et de fusées. Ma naissance a eu pour mission de remplacer les vies perdues. Ma vie avait le devoir de continuer celle de ma mère.

  • Toutes les fois où je ne suis pas morte de Geneviève Lefebvre- Claude Lamarche du blogue Laisser des traces a recommandé ce bouquin lors de ma publication il y a un mois pour présenter l’événement du #12août. Donc, j’ai décidé de suivre sa proposition. Ce livre présente l’histoire d’amour entre un journaliste de guerre et une Québécoise en ces temps où la sécurité est menacée en raison des actes terroristes.  Voici le passage cité sur le site des Libraires.

Viens me rejoindre. Prends l’avion. Réglons ça tout de suite », m’as-tu écrit. Ça. Ce désir fulgurant qui nous possédait et qui nous faisait nous écrire vingt, trente fois par jour. Ding, ding, ding, faisait le son de l’alerte qui me claironnait qu’un autre message de toi venait de débarquer, conquérant.

J’ai très hâte de me plonger dans ces trois univers…

Certains d’entre vous avez déjà partagé vos achats :

Et vous, qu’avez-vous acheté en ce #12août ?

Bien à vous,

Madame lit

Madame lit Terre des hommes

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Être un homme, […] c’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde. (p. 47)

Terre_des_hommes

Chère lectrice, Cher lecteur,

Être un artiste, c’est permettre aux autres, entre autres, d’avoir sous les yeux un univers plus beau à regarder, à explorer. Les écrivains comme les peintres, les poètes, etc. le façonnent en y jetant leur grain de sel… En lisant Terre des hommes, j’ai ressenti une profonde admiration pour l’écrivain, le pilote, l’homme… Chaque phrase s’enchaîne pour sculpter un univers frisant la perfection. Ce bouquin permet d’élargir l’horizon du lecteur, lui ouvre les portes de la beauté intérieure et extérieure de la vie.

Liés à nos frères par un but commun et qui se situe en dehors de nous, alors seulement nous respirons et l’expérience nous montre qu’aimer ce n’est point nous regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction. (p. 169)

Dans ce recueil autobiographique, Antoine de Saint-Exupéry parle de sa vie de pilote au sein de l’aéropostale. Ce dernier partage ses pensées sur divers thèmes comme l’amitié, la fraternité, le rejet du monde en tant qu’aliénation, l’harmonie entre l’homme et la terre, la persévérance, le courage, l’amour pour le travail, les différentes cultures, etc. durant 8 chapitres. Aussi, il décrit un passage émouvant de sa vie lorsqu’il a failli mourir de soif dans le désert en compagnie de son ami Prévot.

Ce livre mérite d’être lu par tous… J’ai noté beaucoup de passages… Je ne les énumérerai pas tous ici. S’il y a un livre à avoir entre ses mains, peu importe quand dans notre existence, c’est bien Terre des hommes. Je voulais le lire depuis de nombreuses années. Pourquoi? Je savais qu’il avait marqué Gabrielle Roy dont je vous ai parlé à quelques reprises sur ce blogue. C’est même elle qui avait suggéré Terre des hommes comme nom pour l’Expo 67 de Montréal. Elle aborde également ce bouquin dans Fragiles lumières de la terre.

Terre des hommes, c’est aussi un livre sur le sens de la vie en ces temps où il importe de tenter de comprendre l’autre…

Pourquoi nous haïr? Nous sommes solidaires, emportés par la même planète, équipage d’un même navire. Et s’il est bon que des civilisations s’opposent pour favoriser des synthèses nouvelles, il est monstrueux qu’elles s’entre-dévorent. Puisqu’il suffit, pour nous délivrer, de nous aider à prendre conscience d’un but qui nous relie les uns aux autres, autant le chercher là où il nous unit tous. […]

Quand nous prendrons conscience de notre rôle, même le plus effacé, alors seulement nous serons heureux. Alors seulement nous pourrons vivre en paix et mourir en paix, car ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort. (p. 175-176)

Donc, pour retrouver une certaine vérité à travers les mots de ce grand auteur, je vous invite à vous lancer dans le vide, à emprunter son avion pour faire un voyage et pour aimer cette terre des hommes tout comme lui…

C’est ce que je vous souhaite tant mon émotion est grande par rapport à ce livre et il m’est difficile d’en parler…

Au fait, avez-vous déjà lu ce bouquin? Qu’en avez-vous pensé?

Bien à vous,

Madame lit

Saint-Exupéry de, Antoine. Terre des hommes, Paris : Gallimard, coll. Folio, 1971, 181 p. ISBN  2-07-036021-0

 

Madame lit pour la Journée internationale du chat

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Raoul

Chère lectrice, Cher lecteur,

Le chat est sans aucun doute un animal très présent dans nos bouquins. Beaucoup d’écrivaines ou d’écrivains ont rendu hommage au félin par le biais de leur plume. Alors, puisque c’est la Journée internationale du chat, voici mon gros matou en présence du prochain livre qui m’accompagnera! N’hésitez pas à consulter ma PAL pour lire un bouquin peut-être en même temps que moi!

Donc, pour souligner la Journée internationale du chat, voici le poème de Maurice Carême «Le chat et le soleil».

Le chat ouvrit les yeux,
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux,
Le soleil y resta.

Voilà pourquoi, le soir,
Quand le chat se réveille,
J’aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil.

Bien à vous,

Madame lit

 

Madame lit son bilan de juillet 2017

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Lecture-piscineChère lectrice, Cher lecteur,

Je n’ai pas publié de bilan depuis quelques mois… Le temps a filé et je n’ai pas réussi à lire autant que je l’aurais désiré. En juillet, j’ai été emportée malgré moi dans un tourbillon… Entre une personne en visite pour un mois chez moi, un déplacement d’une semaine dans Charlevoix chez ma mère et l’installation dans une nouvelle maison, je dois dire que la course s’avère folle aussi pour juillet! Le temps me manque…Alors, l’émotion du mois est l’essoufflement! Je dois retrouver un rythme plus normal pour les prochains mois; du moins, je me le souhaite…

En ce qui concerne mes lectures, je dois admettre que je suis contente compte tenu de ce mois fort occupé… Donc, voici les titres lus :

Ma présentation d’une écrivaine ou d’un écrivain pour juillet a été Gabrielle Roy.

Les citations publiées :

Je vous invite à cliquer sur le lien des différentes pages pour consulter les articles!

Par ailleurs, en juillet, j’ai créé une page sur Instagram pour Madame lit! Je vous invite bien humblement à vous abonner à ma page pour m’encourager!

https://www.instagram.com/madame_lit/?hl=fr

Aussi, j’ai modifié ma page concernant ma PAL pour vous présenter mes prochaines lectures!

Je vous souhaite de bien belles lectures en août! N’oubliez pas les droits du lecteur de Daniel Pennac tirés de Comme un roman :

droits_lecteur

  1. Le droit de ne pas lire.
  2. Le droit de sauter des pages.
  3. Le droit de ne pas finir un livre.
  4. Le droit de relire.
  5. Le droit de lire n’importe quoi.
  6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible)
  7. Le droit de lire n’importe où.
  8. Le droit de grappiller.
  9. Le droit de lire à haute voix.
  10. Le droit de nous taire.

Bien à vous,

Madame lit

Madame lit une écrivaine ou un écrivain par mois : juillet 2017 –Gabrielle Roy

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Présentation_une écrivaine ou un écrivain par mois_Gab_Roy!

Chère lectrice, Cher lecteur,

Je vous ai souvent parlé de Gabrielle Roy sur ce blogue… Pourquoi revenir à elle en juillet? Je tenais à vous dire pourquoi j’aime ses écrits… De Gabrielle Roy, ce qui soulève entre autres mon admiration, c’est son sens de l’observation… Je suis toujours charmée, étonnée par sa manière de nous transmettre sa vision des choses, des paysages, des êtres… Elle réussit à me parler du quotidien, à m’emporter ailleurs, à me décrire avec intelligence et émotion son monde. D’ailleurs, elle nous raconte dans La Détresse et l’enchantement que c’est à Paris, devant le jardin des Tuileries, qu’elle a reçu une révélation : elle possédait le don du regard. Et quel regard! À cette époque, elle n’était pas écrivaine, mais une institutrice en arrêt de travail pour aller suivre des cours d’arts dramatiques de l’autre côté de l’Atlantique.

Pourtant je ne peux oublier que c’est à Paris que je reçus la première révélation importante sur moi-même et qui ne devait jamais tout à fait s’effacer de ma mémoire. […] Ce que je ne peux oublier, c’est que ce fut très certainement le beau Jardin de Paris, illuminé comme par un soleil venu droit de mes Prairies, qui illumina en moi-même le don du regard, que je ne me connaissais pas encore véritablement, et l’infinie nostalgie de savoir un jour en faire quelque chose. (p. 283 et 286)

Je vais vous parler de mon admiration pour elle à travers les bouquins lus en abordant le thème du regard…

La détresse et l’enchantement

Je débute par le dernier écrit de Gabrielle Roy. Ce livre est structuré autour des volets suivants :

  • Le bal chez le gouverneur;
  • Un oiseau tombé du ciel.

Le lecteur suit le parcours de l’écrivaine, de son enfance au Manitoba en passant par son séjour de deux ans en Europe à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, pour se terminer à Montréal, peu avant la publication de Bonheur d’occasion. Dans cette autobiographie, Gabrielle Roy nous relate ce qui l’a menée à l’écriture…elle nous dévoile sa quête… son désir de comprendre qui elle est, d’où elle est partie pour nous amener à déchiffrer encore plus ses univers… Pour moi, cette autobiographie s’avère magnifique puisqu’elle nous fait constamment osciller entre la détresse et l’enchantement à travers le regard de cette grande écrivaine. Par exemple, elle nous révèle le sentiment l’habitant à la suite de la rencontre avec son premier amour Stephen, un espion ukrainien. C’est un regard puissant sur soi, sur ses émotions qu’elle nous transmet…

Plus tard, quand je fus à même d’analyser quelque peu ce qui nous était arrivé, j’ai pensé que nous avions été, Stephen et moi, comme ces papillons, ces phalènes, ces mille créatures de l’air que des ruses de la nature, une odeur, des ondes, mènent à leur rencontre sans qu’elles y soient pour rien. Et je me demande si la foudroyante attirance que nous avons subie, de tous les malentendus, de tous les pièges de la vie, n’est pas l’un des plus cruels. À cause de lui, après que j’en fus sortie, j’ai gardé pour longtemps, peut-être pour toujours, de l’effroi envers ce que l’on appelle l’amour. (p. 348)

Comment ne pas être interpellé devant une telle plume? Un tel talent pour nous communiquer sa perception? C’est pour cela que j’admire son écriture… Il faut lire ce bouquin et se représenter les quartiers de Londres, de Paris, et se laisser charmer par la Provence car son séjour représente pour cette dernière un temps heureux…

Je me rappelle seulement que nous buvions et mangions avec goût tout en regardant défiler sous nos yeux le jardin continu de la Côte d’Azur. J’étais enivrée par le gracieux rivage, ses anses, ses calanques, ses petits ports de pêche et surtout par la clarté du ciel que je voyais répandue comme je ne l’avais encore vue nulle part ailleurs aussi éclatante et abondante. Je sentais mon cœur de minute en minute s’éprendre d’un tel amour de cette terre qu’il envahirait toute ma vie. (p. 463)

Et il faut se rendre à la toute fin pour encore une fois se laisser subjuguer par son regard et le comprendre. Elle écoute le son des trains dans le quartier Saint-Henri à Montréal, lieu de son roman Bonheur d’occasion qui a été publié en 1945.

Toute cette atmosphère de départ et de voyage que je trouvai dès ce soir-là à Montréal était bien de nature à me retenir, car longtemps elle  constitua ma seule patrie, me consolant en quelque sorte de n’en avoir pas d’autre, me soufflant que nous ne sommes jamais que des errants et qu’il est mieux de ne rien posséder si l’on veut du moins bien voir le monde que nous traversons en passant. (p. 502-503).

Je vous recommande certainement cette lecture… vous allez faire un beau voyage au cœur d’un être qui s’est développé entre la détresse et l’enchantement… en posant un regard sur elle et sur le monde l’entourant…

Bonheur d’occasion

Ma première lecture de ce roman remonte à mes années au secondaire. Comme je n’aimais pas le livre obligatoire proposé par mon professeure de français, cette dernière m’avait suggéré de lui faire un résumé de Bonheur d’occasion. Je me souviens qu’à l’époque, le film  m’avait beaucoup marquée. J’en avais parlé avec mon père qui m’avait amenée voir le chalet de l’illustre écrivaine situé à Petite-Rivière-Saint-François, pas très loin de la maison de ma grand-mère maternelle. Nous devions être en 1985 ou quelque chose comme ça. Le film est sorti en 1983 l’année du décès de Gabrielle Roy.

Ce livre met en scène Florentine Lacasse, 19 ans, une serveuse, travaillant au Quinze-Cents, dans le quartier défavorisé de Saint-Henri à Montréal. Elle souhaite trouver le bonheur au moment où le chômage frappe de plein fouet et que la guerre devient la seule porte de sortie. Elle est amoureuse de Jean Lévesque, mais elle est aimée par Emmanuel Létourneau, un soldat. Le lecteur suit également le destin des parents de Florentine, Rose-Anna et Azarius, dont la vie est marquée par la pauvreté et le lecteur est amené à comprendre les raisons associées à leurs malchances. C’est un roman criant de réalisme, rempli de sentiments, de misère, d’attente, de rêves… Mais avant tout, c’est Saint-Henri qui vit grâce à la plume de Gabrielle Roy et qui brille grâce à son sens de l’observation.

Ainsi, il faut suivre Rose-Anna, la mère de Florentine dans le quartier pour trouver un logis pour sa famille. Ils ne sont plus capables de payer le loyer, alors ils doivent déménager comme bien d’autres familles à cette époque.

Elle arriva place Saint-Henri; elle la traversa pour une fois sans souci de trams, de la sonnerie du chemin de fer et de l’âpre fumée qui alourdissait ses paupières. Un camion la frôla, et elle leva un regard plutôt étonné qu’effrayé. […]

À pas moins sûrs, moins courageux, elle s’engagea vers les endroits les plus misérables, derrière la gare de Saint-Henri.

Bientôt, elle arriva dans la rue Workman, qui porte bien son nom. «Travaille, ouvrier, dit-elle, épuise-toi, peine, vis dans la crasse et dans la laideur».

Rose-Anna s’aventura au long des taudis de briques grises qui forment une longue muraille avec des fenêtres et des portes identiques, percées à intervalles réguliers. (p. 99-100).

Gabrielle Roy a obtenu le prix Femina en 1947 pour ce roman et le Prix du Gouverneur général.

Voici un extrait du film accompagné d’une très belle chanson de Diane Tell (cette chanson était aussi présente dans le film).

Ce bouquin fait partie de la liste de mes coups de cœur québécois!

Alexandre Chenevert

C’est sans aucun le roman de Gabrielle Roy devant lequel je suis le plus en admiration. Dans ce dernier, Gabrielle Roy nous brosse le portrait d’Alexandre Chenevert, un caissier dans une banque. Je vais vous retranscrire le résumé  du livre car il apparaît si juste…

Alexandre Chenevert est considéré par beaucoup comme le meilleur roman de Gabrielle Roy. Publié pour la première fois en 1954, traduit peu après en anglais et en allemand, c’est l’histoire dans le Montréal de la fin des années quarante, d’un petit caissier de banque qui tente passionnément d’attacher son propre salut à celui de l’humanité entière. Déchiré entre l’humilité de sa condition et l’angoisse de la solidarité universelle, rongé par la maladie, hanté par le désir d’un paradis, Alexandre, de la ville nombreuse, à la campagne solitaire, cherche désespérément le sens de sa vie, pour le trouver finalement dans une sorte de sainteté tout humaine.

Je pense souvent à cet Alexandre… car nous sommes tous affligés par le sort de l’humanité et nous tentons de comprendre, tout comme lui, le sens de la vie… C’est ce regard sur ce sens construit au fil des pages qui s’avère touchant, vrai, humble… et que j’admire…

Et c’est à prendre ses dispositions dernières, comme on dit, qu’Alexandre aperçut le bon sens, la parfaite dignité de la mort. Et dès lors, c’est la vie d’ici-bas qu’il plaignit, pauvre vie soucieuse de décorum! Il pensait avec pitié aux autres qui devraient continuer à courir après leur tram, arriver au bureau à l’heure, habiter un appartement trop chaud l’été, point assez chauffé l’hiver, acheter un frigidaire, prendre de petites vacances à leur tour et, quand c’était fini, échouer dans un salon mortuaire. […]

Cependant, ses affaires réglées, il se trouva sincèrement allégé, libre, disponible comme jamais il ne l’avait été.

Et, ainsi, le pauvre homme reprit goût à la vie. (p. 367-368)

Un roman à lire, à relire pour s’abreuver à travers le regard de Gabrielle Roy, du sens, peut-être, de l’existence…

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Cet été qui chantait

Gabrielle Roy a rédigé ce recueil de nouvelles à la suite de la mort de sa sœur Bernadette. D’ailleurs, elle dira : «J’aurais moins connu Dédette peu avant sa mort que j’en aurais eu moins de peine – pourtant c’est une peine dont pour rien au monde je ne voudrais avoir été privée.» (La Détresse et l’enchantement, p. 159).

Ce livre, je l’aime d’un amour profond car il me parle de la région de mon enfance. Il me fait voir grâce aux mots de l’écrivaine la beauté de la nature charlevoisienne; cette beauté a façonné ma personnalité, a bercé mes rêves, a illuminé mon regard…

De surcroît, ce livre nous fait comprendre la fragilité de la vie, nous ramène à l’essentiel… c’est une conversation avec la vie, avec la mort, que l’on entretient avec les personnages l’espace de quelques nouvelles.

Martine ne bougeait plus. À ses pieds se défaisait un friselis de vagues dans un tendre chuchotement. Autour d’elle dans sa jupe noire, tout  était bleu aujourd’hui; bleue l’eau jusqu’au plus lointain; bleue la ligne des collines étagées du côté des Éboulements; bleue l’ombre de l’Ile aux Coudres tout juste apparaissait au ras du fleuve. (p. 156).

Un bouquin pour se questionner, pour apprendre à chanter, pour redécouvrir comme il est mentionné sur la quatrième de couverture : «L’éblouissante révélation de toutes choses…».

N’hésitez pas à regarder la vidéo suivante réalisée par M. Robert Benoit. Vous allez voir le chalet de Gabrielle Roy à Petite-Rivière-Saint-François et la beauté du fleuve Saint-Laurent dans Charlevoix.

Ces enfants de ma vie

Par le biais de cet écrit, Gabrielle Roy nous partage le portrait d’élèves lorsqu’elle était institutrice.  Son amour pour l’enseignement et pour les enfants transperce les pages… Par ailleurs, ce sont les descriptions des enfants qui soulèvent mon admiration. Elle a observé ses élèves et elle nous transmet de bien beaux portraits d’eux…

Tout à coup, au milieu de l’allée lumineuse, sa tête noire découpée dans du soleil comme un visage d’icône dans son nimbe doré, surgit un petit garçon, à ma vue à ce point saisi qu’il demeura figé sur place. À ne pouvoir s’y méprendre, même s’il n’eût pas été vêtu d’un pull rouge, c’était un Demetrioff. Les yeux noirs et plissés, les pommettes saillantes, les oreilles décollées, il était le portrait de tous ceux que j’avais pu voir dans la cour d’école, en plus malingre encore, en plus souffreteux, en plus craintif peut-être. (p. 75)

Gabrielle Roy a obtenu son troisième prix du Gouverneur général du Canada en 1978 grâce à ce livre.

Un jardin au bout du monde

Gabrielle Roy, dans ce recueil, nous mentionne dans la préface :

De même, Un jardin au bout du monde est né de la vision que je saisis un jour, en passant d’un jardin plein de fleurs à la limite des terres défrichées, et de la femme y travaillant, sous le vent, en fichu de tête, qui leva vers moi le visage pour me suivre d’un long regard perplexe et suppliant que je n’ai cessé de revoir et qui n’a cessé, pendant des années, jusqu’à ce que j’obtempère, de me demander ce que tous nous demandons peut-être du fond de notre silence :

Raconte ma vie.

Pour cette vision qu’elle nous dévoile au fil des pages, il faut aller à la rencontre des oubliés de ce monde et les écouter, les comprendre, les bercer…

L’aspirine en tout cas la soulageait un peu. Dans ce peu de bien-être, ses pensées, comme déjà libérées, s’élevaient, s’en allaient dans le passé rejoindre un air de musique lointaine. Un air qui avait trait à l’été- toujours donc l’été, saison de la vie, saison du cœur- qui exaltait la chaleur, les cerisiers en fleurs et parlait aussi de jeunes hommes et de jeunes filles réunis pour danser sur l’herbe d’un pré autour d’un arbre isolé. Ainsi, par quelques bribes de mélodie que retrouvait son souvenir, par quelques paroles lui revenant à l’esprit, elle se sentait rejointe mystérieusement par une âme inconnue d’elle, dont la nostalgique tendresse était toute vivante encore dans ce vieux chant d’Ukraine. L’immortalité, était-ce donc vrai? (p. 168).

Donc, voici la présentation de mon écrivaine pour le mois de juillet à travers le thème du regard. J’espère vous avoir donné le goût de plonger dans un univers de Gabrielle Roy et d’observer la beauté de la vie à travers ses yeux…

N’oubliez pas! Nina du blog Le Rest’o Littéraire présente également des auteurs à chaque mois! Pour août, elle met à l’honneur le grand Paulo Coelho!  Alors, n’hésitez pas à aller visiter son blog!

Que pensez-vous de cette présentation pour le mois de juillet?

Bien à vous,

Madame lit

 

Madame lit une citation tirée de sa lecture!

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Chère lectrice, Cher lecteur,

Permettez-moi de vous présenter ce magnifique extrait tiré de ma lecture du moment… Ce livre renferme des passages pour réfléchir, pour comprendre le monde, pour s’enrichir en tant qu’être humain.

Vieux bureaucrate, mon camarade ici présent, nul jamais ne t’a fait t’évader et tu n’en es point responsable. Tu as construit ta paix à force d’aveugler de ciment, comme le font les termites, toutes les échappées vers la lumière. Tu t’es roulé en boule dans ta sécurité bourgeoise, tes routines, les rites étouffants de ta vie provinciale, tu as élevé cet humble rempart contre les vents et les marées et les étoiles. Tu ne veux point t’inquiéter des grands problèmes, tu as eu bien assez de mal à oublier ta condition d’homme. Tu n’es point l’habitant d’une planète errante, tu ne te poses point de questions sans réponse : tu es un petit bourgeois de Toulouse. Nul ne te saisi par les épaules quand il était temps encore. Maintenant, la glaise dont tu es formé a séché, et s’est durcie, et nul en toi ne saurait désormais réveiller le musicien endormi ou le poète, ou l’astronome qui peut-être t’habitait d’abord.

            Je ne me plains plus des rafales de pluie. La magie du métier m’ouvre un monde où j’affronterai avant deux heures, les dragons noirs et les crêtes couronnées d’une chevelure d’éclairs bleus, où la nuit venue, délivré, je lirai mon chemin à travers les astres.  (p. 21)

Pour savoir si vous avez lu ce sublime bouquin rempli d’humanité, vous n’avez qu’à cliquer sur Lecture du moment.

Aimez-vous comme moi cet extrait?

Bien à vous,

Madame lit